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L’Europe un mythe nocif

Publié le 05 avril 2014 par Jlhuss

336612_le-symbole-de-l-euro-devant-le-siege-de-la-banque-centrale-europeenne-bce-a-francfort-en-2011Après le bac, je suis entré dans une classe préparatoire aux grandes écoles scientifiques et ai été reçu au concours de l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud.

J’ai complété ma formation en soutenant un doctorat de 3ème cycle en mathématiques à l’Université de Paris IX-Dauphine en 1985, puis un doctorat d’économie à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) en 1990. Du coup, j’ai commencé à travailler à l´âge, pour l’époque un peu tardif, de 31 ans.

J’ai débuté comme « trader » dans une grande banque de la place parisienne, spécialisé dans de complexes produits de taux d’intérêt à haute teneur en mathématiques, puis je suis passé par un marché à terme aujourd’hui disparu, le MATIF (Marché à terme des instruments financiers). Et j’ai rejoint, en 1998, ce qui allait devenir la Banque Centrale Européenne, à Francfort.

Pourquoi ce choix professionnel ? Au moins pour deux raisons.

D’une part, parce que, lorsque je décidai d’aller travailler à la BCE, à l’âge de 37 ans, j’étais un « Européen convaincu ». J’avais voté Oui au référendum de 1992 sur le traité de Maastricht. Je pensais que la « construction européenne » était un choix absolument nécessaire, et de toute façon inéluctable. Germanophone et amateur de la culture allemande, je suis donc parti m’installer en Allemagne avec beaucoup d’enthousiasme, en imaginant que la monnaie européenne préfigurait une véritable fusion de, entre autres pays, l’Allemagne et de la France, perspective grandiose qui me paraissait éminemment désirable.

D’autre part, parce que le travail d’économiste qui m’était proposé à la BCE était non seulement bien rémunéré, mais surtout me semblait professionnellement et historiquement passionnant. Le parcours que j’avais suivi jusqu’alors m’avait familiarisé avec le domaine de la finance le plus proche des préoccupations des banques centrales, celui des taux d’intérêts. En outre, l’union monétaire commençait juste, c’était neuf, c’était excitant, c’était conforme à mes convictions d’alors : cela paraissait un choix parfait.

C’est donc à la BCE que j’ai effectué l’essentiel de ma carrière. J’y suis en effet resté plus de quinze ans, depuis septembre 1998 jusqu’à ce que je décide d’en partir, ce qui a pris effet au 1er janvier 2014.

Si je n’ai jamais occupé de poste décisionnaire dans l’institution, j’ai néanmoins été fort bien informé des processus en cours. Durant la seconde moitié de mon temps à la BCE, j’ai été affecté à son département le plus prestigieux et le plus stratégique, celui qui s’occupe de la politique monétaire, et qui est considéré en interne comme le cœur même du système.

Nous n’y étions que deux Français.

Je me suis, de ce fait, trouvé aux premières loges pour observer la naissance et le développement de la crise, ainsi que les nombreuses questions qu’elle a fait naître en ce qui concerne les marchés monétaires, l’euro, le fonctionnement de l’euro, la pérennité de l’euro.

Pour la petite histoire, j’ai été celui qui, à la Direction économique, a été le premier à attirer l’attention sur le désormais célèbre problème des déséquilibres « Target ». J’ai aussi été l’un des premiers à signaler, en 2009, la manipulation des indices Libor/Euribor dans une publication (hors BCE) qui, sur le moment, passa inaperçue.

Quinze ans à Francfort m’ont fait découvrir l’effrayante impasse de la « construction européenne »

Alors que j’étais européiste depuis le début, je fus surpris de constater, en 2005, que le résultat négatif du référendum français sur la Constitution européenne me faisait plutôt plaisir. Cette joie maligne – « Schadenfreude » en allemand –, que j’éprouvai presque à mon corps défendant, ne cadrait évidemment pas avec mes convictions affichées.

Cela devait m’amener à réaliser que les années que j’avais déjà passées en Allemagne et à la BCE avaient sourdement miné toutes mes naïvetés « d’Européen convaincu ».

Ce fut donc le début d’une remise en question fondamentale qui devait s’étaler sur plusieurs autres années. Plusieurs années au cours desquelles je réalisai chaque mois davantage l’effrayante impasse technique, sociologique et politique dans laquelle nous entraînaient l’euro et la « construction européenne ». Je vivais de plus en plus mal la contradiction entre ce que je pensais et les décisions prises par l’institution dont j’étais le salarié, et dont j’estimais que non seulement elles conduisaient l’Europe à la ruine, mais encore qu’elles menaient mon pays, insidieusement mais inéluctablement, à sa disparition en tant qu’État-nation.

Vers 2010, j’avais à peu près complètement tourné casaque, et j’étais prêt à rencontrer l’UPR. Ce qui se fit, comme pour beaucoup d’entre nous, au détour d’une page Internet.

L’Europe est un mythe extrêmement nocif et il y a urgence immédiate à en sortir

De cette longue expérience européenne et allemande – un peu trop longue, sans doute – je retiens plusieurs choses.

Premièrement, l’Europe est un mythe.

Plus j’ai connu les Allemands notamment, mais aussi toutes les nationalités qui cohabitent à la BCE, et plus j’ai compris qu’il n’existe pas, et qu’il ne peut pas exister de « peuple européen ». Les différences de tempéraments collectifs et de visions du monde ne sont pas seulement abyssales dans tous les domaines ; elles sont rédhibitoires.

Vue de l’intérieur, la BCE ressemble d’ailleurs beaucoup plus à une institution internationale qu’à quelque chose de spécifiquement européen : les différentes communautés nationales y vivent juxtaposées, n’ayant dans l’immense majorité des cas ni connaissance ni désir de connaissance les unes des autres, et n’ayant en commun que des références, des idées ou des productions culturelles anglo-saxonnes – ce qui produit un effet étrange, étant donné que ni l’Angleterre ni l’Amérique ne font partie de la zone euro.

Deuxièmement, l’Europe est un mythe nocif.

On peut rêver à ce que la France serait devenue si elle ne s’était pas, depuis des décennies, embarquée dans l’extravagante aventure de la « construction européenne ».

On peut surtout regretter les dégâts : appauvrissement de l’État, démantèlement de l’État, perte de la souveraineté législative, baisse perceptible des niveaux de vie et de protection sociale pour le plus grand nombre, inféodation militaire à une puissance étrangère – qui n’est pas même européenne… Tout ce qui a pu, à une époque ou à une autre, faire la fierté des Français est lentement raboté, réduit, supprimé, corrompu, altéré.

Troisièmement, l’indépendance et la souveraineté de la France sont en danger pressant.

Même pendant les années sombres de l’Occupation, le risque d’une disparition immédiate de la France en tant qu’État-nation n’a pas été aussi aigu. Si personne ne fait rien, il est tout à fait possible que l’histoire de notre pays s’achève là.

C’est, je crois, la conscience de ce danger qui rassemble à l’UPR des gens provenant d’horizons et de sensibilités extrêmement variés. La tâche prioritaire est de restaurer l’indépendance politique et la souveraineté du pays.

Cela passe, non pas par une « autre Europe », mais par une sortie pure et simple de l’UE, non pas par un retrait du commandement intégré de l’OTAN, mais par une sortie pure et simple de l’OTAN, non pas par une réforme de l’euro, mais par la restauration pure et simple d’une monnaie nationale. Et cela passe aussi par un nettoyage approfondi de notre législation qui a accumulé, au fil des décennies, pléthore de textes d’origine bruxelloise qui n’auraient jamais été voulus, souhaités ou approuvés par le peuple français.

Cette urgence absolue doit appeler tous les Français de bonne volonté à se rassembler et à cesser de se mentir. Il n’est sans doute pas trop tard, mais nous n’avons plus de marge. C’est maintenant qu’il faut agir.

Vincent BROUSSEAU

[Commentaire paru sur la note "A chacun son Rocard"]


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