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Un amour de très courte durée !

Publié le 06 avril 2014 par Dubruel

VOYAGE DE NOCE (d'après Maupassant)

Personnages : Mme Rivoil, cinquante ans

Mme Bevelin, soixante ans.

Un salon.

Sur la table : un livre de Mme Juliette Lambert.

Mme RIVOIL :

Ce livre m’a fait

Un singulier effet.

Je me sens réellement

L’héroïne de ces pages.

À l’époque, mon âge

Avoisinait les vingt ans

Ah ! Comme je pleure ce passé suranné

Si court mais hélas bien terminé.

Mme BEVELIN :  

Pourquoi regrettez-vous tant

Cette vie disparue depuis longtemps ?

Mme RIVOIL :

Oh ! Je ne regrette qu’une chose :

Mon voyage de noce.

Voilà pourquoi ce livre, ce bijou,

La Chanson des nouveaux époux

M’a tant bouleversé, chagriné.

Imaginez :

Je partais seule avec Lui,

Partout, toujours, mêlée à Lui.

L’enivrement était tel que tout chavirait.

Mon réveil n’eut lieu qu’un mois après.

Souvent, nous ne L’aimons pas vraiment, Lui.

Qu’importe, c’est l’amour qu’on aime,

L’amour lui-même.

Oui !

Il est toutes nos attentes parachevées.

Il est l’espoir saisi.

Il est Celui

À qui nous nous sommes données,

À qui nous allons nous dévouer,

Et que nous allons façonner.

Durant le premier mois, tout cela s’est accompli

Mais il n’y a que ce mois-là dans la vie.

Pas un autre.

Aucun autre !

Ce voyage d’amour chanté par Mme Lambert,

Je l’ai fait, mon amie.

En lisant son récit, mon cœur a frémi.

J’ai retrouvé ces moments si chers,

En redécouvrant trente ans après

Les mots doux qu’Il me susurrait.

J’ai cru recommencer

Ce tendre passé.

Sa voix, je l’entendais.

Ses yeux, je les admirais.

Oh, comme il m’a fait souffrir depuis !

Imaginez :

Toute ma joie a été emprisonnée

Dans mon seul voyage de noce. Oui !

Ce voyage fut un rêve.

Sur la route, si, par instants,

Je regardais le paysage,

Ce sont Ses lèvres

Que je voyais délicatement

S’approcher de mon visage.

Puis je me sentis sur un bateau

Qui voguait, parait-il, vers Bonifacio.

J’aperçus au loin les côtes de Provence.

Soudain, la brise s’est levée.

La fraîcheur n’était pas une apparence :

Je tremblais.

Il m’a prêté son veston

Et nous avons dormi sur le pont.

Un matelot nous réveilla :

-« Respirez ! C’est la Corse

Qui sent comme ça. »

Au retour de Corse,

Une tristesse m’envahit :

J’avais fait le tour du bonheur de ma vie.


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