Magazine Culture

[anthologie permanente] Jean-Jacques Viton

Par Florence Trocmé

L’oubli rend le temps ineffaçable 
 
mes morts  les miens  ne repoussent nulle part 
mon père me manque beaucoup comment dire 
autrement   une simple photo de son visage  le 
transporte en entier à travers toute ma vie c’est 
émouvant   fantastique   important  et  navrant 
les lieux de ses apparitions sont divers  hasard 
soldat sur quai de gare   allée de buis et de pins  
chambre en été fenêtres ouvertes  cérémonial de 
bonne nuit   défilé de grenadiers à Londres   fin   
de journée à Ealing en bordure d’un beau parc  
 
 
brève visite hôpital Marseille dans un hall qui 
empeste l’urine  sur une plage de Bandol  dans   
périssoire bleue  à Brest dans une chaloupe où  
il est venu me chercher  un soir dans un taxi il 
compte de l’argent étalé sur la banquette  ces   
moments devenus souvenirs sans le prévoir ont 
emporté avec eux des fuites des flashs de visages  
sans voix qui forment l’alliage tenant des sauts  
de vie isolés et préservés ressentis entre émotion  
et regrets cela fait penser à des temps d’absence  
 
 
reprendre l’avancée   abandonner la bordure 
retrouver l’étendue dégagée du champ de blé 
fixée dans un gris total sans ombre ni remous 
un arbre rond tient ce qui est la fin du champ 
branches basses  surveillent les lignes de fuite 
grand terrain pelage peigné dans le gris ouaté 
rien de blotti tout étendu  large plein complet  
manière de désert  tout brossé  neuf  net  nu 
terrain libre ou table dressée aux répétitions 
c’est une place neuve qu’il fallait   la voilà 
 
Jean-Jacques Viton, 3 dizains inédits extraits de "ça recommence", à paraître ultérieurement .  
 
Jean-Jacques Viton dans Poezibao :


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Florence Trocmé 18683 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Dossier Paperblog

Magazines