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Gotham Central, la vie sans Batman

Publié le 05 mai 2014 par Wtfru @romain_wtfru

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Une fois n’est pas coutume, on vous présente cette semaine un bel ouvrage sorti il y a quelques jours à peine. Vous qui regardiez la Ligue des Justiciers le dimanche matin en slibard pendant que les parents ronflaient, ou vous, les autres, qui adorez en silence les nombreux nanars estampillés Batman, l’œuvre que l’on s’en va vous faire découvrir risque de répondre à une question souvent posée, que l’on pourrait formuler de cette manière là :
« Bordel de m*****, que fait donc la police de Gotham si Batman doit se taper tout le boulot ?! »
Accrochez vos ceintures, pas de bat-gadgets aujourd’hui ni de capes qui planent (même trouées). En route pour le vrai Gotham, celui des citoyens.

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Ed Brubaker, auteur de comics apprécié (à juste titre) et plusieurs fois primé pour ses travaux sur Captain America, Batman et bien d’autres, lance en 2003 Gotham Central. Écrit en collaboration avec Greg Rucka (un autre grand nom des auteurs de comics) et dessiné par Michael Lark, un artiste américain, la série est produite par DC.
Présentations protocolaires faites, passons aux choses sérieuses. Gotham Central, c’est d’abord l’envie de deux hommes reconnus par leurs pairs de travailler le terrain de jeu du chevalier noir sous un autre angle. Celui de la Gotham City Police Department (GCPD). Dans la plupart des histoires de Batman, outre le commissaire Gordon, les membres de cette police départementale sont souvent réduits au rang de losers, victimes, et défenseurs de la paix inutiles. Seulement, et au-delà du fait que Gotham City est probablement la pire ville pour faire ce métier ingrat de flic, il est irréaliste de penser que tous les crimes et délits se terminent par une intervention de la chauve-souris. Les braquages de commerces, les enlèvements de personnes lambda, les meurtres passionnels, etc… Tous ces crimes passent bien au-dessus de la tête de notre jeune milliardaire. Et c’est là que la police entre en jeu. Pourquoi ne pas raconter leur vie, développer les relations entre eux, comme dans toute bonne série policière qui se respecte, mais aussi explorer leur relation au Batman, qui, quoiqu’on en dise, brise les lois toutes les nuits et vole le mérite à ces valeureux flics de tous les jours (mais qui sauve la peau de nombre d’entre eux).

Le traitement est estampillé « American Label » dans toute sa splendeur. Enquêtes à la NCIS, ambiance sombre et cliffhangers de malades mentaux, la série à tout pour ravir les fans de séries U.S. Et là où la série est innovante, c’est qu’elle montre un nouveau visage de Gotham. Un visage ordinaire, dans une ville tout sauf ordinaire. Ce qui permet aux non-initiés de savourer toute la partie « policière » classique sans être largués par l’immensité du Batverse, mais qui permet également aux aficionados de redécouvrir leur univers favori, avec des références et des personnages connus un peu partout.
Batman intervient de temps à autre, mais il est quasiment anecdotique, en tout cas dans son activité. Dans le traitement des personnages, on sent qu’il représente une pression pour les flics, et que son ombre plane sur toute la ville, même si, comme dit plus haut, son aide est salvatrice lorsque les situations sont trop dangereuses pour eux. Car oui, les épisodes alternent entre des affaires impliquant divers citoyens, et d’autres où les super-vilains entrent en jeu. Les histoires se croisent souvent, et les enquêtent sont bien menées.
Pour la partie artistique, le dessin de Lark est assez old-school. Les détails ne sont pas la marque de fabrique de ce dessinateur, mais le script fourni par les deux auteurs permet à l’artiste de conserver une cohérence certaine, et on n’a aucun mal à identifier les personnages et à s’y attacher, tant et si bien qu’au bout des quelques épisodes introductifs, on s’approprie le style et le dessin colle parfaitement à l’ambiance et aux dialogues.

Bien que la série se soit mal vendue durant toute sa publication, elle a reçue de très bonnes critiques, et est unanimement reconnue comme une des meilleures séries produites par DC depuis le début des années 2000. Elle s’arrêtera en 2006, au bout de 40 numéros.
En France, la publication vient de démarrer ce mois-ci avec un premier tome regroupant les épisodes 1 à 10, le tout pour environ 20€. Vous pourrez le trouver un peu partout puisque c’est Urban Comics qui s’en occupe. Si vous êtes trop impatients pour attendre les trois autres tomes, vous pouvez toujours tenter l’aventure en V.O. (préférez Amazon pour les comics U.S. puisqu’ils sont les seuls à faire la conversion).

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Gotham Central est une très bonne série. Elle se lit sans difficulté, et l’écriture de Brubaker est toujours un régal. Avec des personnages attach(i)ants, des intrigues bien foutues et un casting de super-vilains pléthorique, il est fortement conseillé pour tous les lecteurs, fans de Batman ou non.

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