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Dandy (R. Krawiek)

Publié le 04 juin 2014 par Despasperdus

« Toi t'es le connard qui vient tous les mardis, qui tête sa bière pendant trois heures et qui laisse pas un rond. Tu restes planté là avec la langue qui frotte le sol. Ici c'est un bar, bon Dieu, pas un hôtel. Y en a qui doivent bosser. »

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Les deux principaux personnages sont dans une misère presque noire, pas loin de la cloche, autant sociale que sentimentale. Artie, ancien taulard, vivote de petits braquages. Il compte sur un miracle ou sur une escroquerie minable, genre draguer une femme, profiter du logis, vivre sur le dos de sa victime avant de se tirer en douce, en emportant si possible quelques objets qui lui rapporteront un peu d'oseille.

« Elle avait décidé que s'il n'avait pas besoin d'elle, elle n'avait pas non plus besoin de lui. Elle était allée à l'assistance sociale, on lui avait donné des bons alimentaires et trouvé un endroit où dormir. Elle se l'était promis, à partir de cet instant, les choses allaient changer. Elle avait presque 18 ans. Ça faisait d'elle une adulte. Il était temps d'agir en tant que telle. Pour commencer, c'en était fini de ces situation dans lesquelles elle ne savait pas comment elle s'était fourrée, et d'autres fois -, des situations où elle n'était qui que ce soit. »

Après un spectacle de lutte féminine qui a permis aux spectateurs de siroter leurs bières en matant des femmes qui arrachaient les vêtements de leur adversaire, Artie drague l'une d'entre elles, Jolene, célibataire, un enfant, qui elle aussi vivote d'expédients. Les deux s'entendent plutôt bien. Artie tombe plus ou moins amoureux, et elle est charmée par son attention...

« Je possède peut-être des choses, des choses plus importantes qu'une voiture. Des œuvres d'art. Des bijoux. Des disques rares. Je peux très bien avoir de l'argent. Il a aucun droit de me juger. Je peux très bien être un homme très riche.»

Ce sera le début de l'histoire commune de ces deux naufragés. Pour autant, ces deux-là demeurent murés dans leur propre passé - passif affectif, bien trop lourd pour espérer une quelconque amélioration . Il y a aussi Dandy, le bébé, dont Jolene et Artie assument très mal la responsabilité. Et fait, cet enfant handicapé est une métaphore de la vie de ces deux adultes marginaux.

« Ce qui lui parvenait ne semblait pas vouloir dire grand-chose. Une histoire de "droits". Elle ne pigeait pas bien. Il y avait beaucoup de mots de type politique : domination, structures, égalité. La femme parlait de problèmes et de solutions, mais il n'y avait aucun exemple. Elle ne semblait parler de choses réelles qui se présentaient dans la vie de Jolene. Ce n'étaient que des mots, des problèmes avec des mots. »

Dandy est un roman prenant qui m'a rappelé certains récits d'Erskine Caldwell pour ces personnages livrés à eux-mêmes, enlisés dans leurs obsessions, leurs illusions leurs passés qui s'enfoncent irrémédiablement dans la misère à coup de vaines tentatives. Dandy dévoile le versant social le plus sombre des États-Unis d'aujourd'hui.

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