Magazine Culture

Tu n'as pas tellement changé, Marc Lambron

Par Laurielit @bloglaurielit

tu n'as pas tellement changé"Perdre son frère, c'est perdre un amour donné."

Je ne connaissais pas cet auteur mais le titre m'a parlé...je ne sais expliquer pourquoi mais j'ai eu envie de plonger dans cette histoire, celle de deux frères, de cet amour qui les unit et de cette maladie, mortelle, qui va les faire se séparer bien trop tôt dans la vie. Marc Lambron signe là un roman autobiographique plein de tendresse, d'émotions, de recul sur la vie et surtout d'amour pour son jeune frère.

Son frère Philippe apprend avant 30 ans qu'il est porteur du virus du sida. On se parle des années 80, où les campagnes de protection débutaient à peine, où la tri thérapie n'existait pas encore, où le sida, on en mourrait. Alors pendant de longues années, il va falloir vivre avec, prendre chaque instant que la vie offre pour l'inscrire dans son passé "ça au moins je l'aurais fait". Profiter et limiter le cercle de gens qui sont informés de sa maladie pour ne pas subir leur chagrin, leur crainte.

"Avec nos parents, ce ne fut qu'un long mensonge. Philippe restait sur sa position de silence. Je n'avais aucune raison pour la rompre, et n'en pris jamais l'initiative. Je pense qu'il redoutait doublement l'aveu : par la détresse qu'il leur infligerait, par le poids de chagrin qu'il devrait ensuite endurer. En les protégeant, il se protégeait."

Regarder la vie à travers la maladie de son frère, c'est aussi prendre en compte de certains non-sens de la société. Entre l'entreprise qui inflige une double peine...

"Etant apprécié, on lui offrit une promotion recherchée; mais celle-ci supposait de passer plusieurs jours par mois en province. Or Philippe était déjà assujetti à une médicalisation régulière en hôpital de jour. Des voyages fréquents, qui de surcroît l'auraient fatigué, n'étaient guère possibles. Il déclina donc la proposition sans indiquer le motif de son refus. la chose fut très mal prise. Un refus de course aux postes dans une grande banque, cela ne se pardonne pas. Pour lui apprendre la vie et l'inciter à revenir sur cette inexplicable attitude, la hiérarchie lui infligea une nomination vexatoire dans une agence de quartier. Philippe était triplement victime : de son brio qui l'avait mis en porte-à-faux, de sa situation de santé qui le contraignait au silence, du poste sous dimensionné où il dut travailler plusieurs mois. Quand il aurait mérité d'être ménagé, on l'accablait".

...et les gens qui ne savent même plus de quoi se plaindre mais qui se plaignent.

"Ce n'est pas faire injure à la vraie misère que de souligner le caractère luxueux de bien des états d'âme (...)Il y a un psychologisme contemporain, rechigneur et dégoûté, féminin et déprimé, qui est le propre des peuples ayant oublié la faim".

Marc raconte la lutte de son frère, le soutien que sa femme et lui, lui ont apporté. Il raconte aussi comment le deuil d'un être si proche joue sur la perception de la vie.

"Je me demande ce que je ferais si j'apprenais que je vais mourir dans trois mois, s'interrogeait le premier. - Mais tu vas mourir dans trois mois", lui répliqua l'autre. Il voulait dire que trois mois ou trente ans, c'est affaire de détail au regard du temps. Cela, le destin de mon frère, arrêté sans recours, me l'a fait sentir presque chaque jour pendant huit ans. Devant cette échéance qui le talonnait, et qui aurait pu être la mienne, j'ai été contraint d'apprendre le prix de l'instant, d'aller les yeux ouverts vers la beauté du monde. La mort d'un proche recale les hiérarchies."

Un très beau livre, qui m'a beaucoup touché sur l'amour de deux frères, le deuil, la vie. On ressent de la douleur, de l'amour, le poids de l'absence, l'injustice. Un magnifique texte, un appel à son frère, un cri d'amour qui fait beaucoup réfléchir et qui procure beaucoup d'émotions. Un texte que je recommande fortement, merci Marc Lambron.

"Je vieillirai sans mon frère. Depuis cinq mois, je suis orphelin de sa voix, de sa présence. Nous avions partagé plus de trente années. On peut ruser quelque temps, faire comme s'il était en voyage. il ne reviendra pas. Je ressens sa mort comme un arrachement inguérissable. Quand mes parents auront disparu, il ne restera plus rien de l'amour qui venait du passé."

 


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Laurielit 3519 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Dossier Paperblog

Magazines