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[Critique] NAPOLEON DYNAMITE

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] NAPOLEON DYNAMITE

Titre original : Napoleon Dynamite

Note:

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Origine : États-Unis
Réalisateur : Jared Hess
Distribution : Jon Heder, Efren Ramirez, Jon Gries, Aaron Ruell, Diedrich Bader, Tina Majorino, Sandy Martin, Haylie Duff…
Genre : Comédie
Date de sortie : inédit en France/11 juin 2004 aux États-Unis

Le Pitch :
Napoleon Dynamite n’est pas un lycéen comme les autres. Solitaire, parfois carrément asocial et passionné par des choses qui d’ordinaire, laissent les gens de son âge indifférents, il vit avec sa grand-mère et Kip, son grand frère. Coulant des jours plus ou moins tranquilles et plus ou moins heureux, Napoleon fait un jour la connaissance de Pedro, un nouvel étudiant, avec lequel il se lie d’amitié, au point de lui offrir son soutien indéfectible dans la course électorale à la présidence des élèves. Tout ceci sans oublier l’oncle Rico et ses idées foireuses, dont le principal talent et d’exaspérer au plus au point Napoleon, et la douce Deb et son talent inné pour la photographie glamour et la confection de scoubidous…

La Critique :
Napoleon Dynamite n’est un pas film comme les autres. À l’heure actuelle, le film reste scandaleusement inédit dans nos contrées, du moins en ce qui concerne une quelconque édition DVD ou Blu-ray. Il est passé à la télévision, mais c’est tout. Scandaleusement car on parle tout de même de l’une des meilleures comédies jamais réalisées. On cause d’un film tellement original et déconnecté de tout ce qui peut se faire en la matière, qu’il n’est pas envisageable que personne n’est osé investir un minimum de pesos chez nous pour lui offrir un support physique digne de ce nom.
Heureusement, nous vivons à une époque où les frontières ne sont plus ce qu’elles étaient et il est donc aisé de rameuter Napoleon à domicile par la magie de l’importation. De profiter de ses bons mots et de son charisme hors normes afin de saisir l’importance du phénomène. De comprendre pourquoi le personnage méritait bel et bien une statue, comme on a récemment pu le voir à l’occasion des 10 ans du long-métrage. Il s’agit ici de culte. Du vrai. De celui qui dure et qui, à chaque vision, appose sa marque au fer rouge dans la conscience des gourmets de la gaudriole non conventionnelle…

Comme toute une flopée de films en apparence destinés aux étudiants, Napoleon Dynamite raconte la vie d’un lycéen. Pas un beau gosse populaire, mais plutôt un geek atypique au physique « atypique ». Cela dit, ce postulat de départ ne fait non plus de l’œuvre de Jared Hess une énième comédie où un type dont tout le monde se fout devenir la star du bahut avant de rafler tous les suffrages auprès de la chef des pom-pom girls avec qui il pourra partager la scène durant l’élection du roi et de la reine du bal, à la fin de l’année scolaire.
Napoleon se moque comme de sa première chemise de toutes ses considérations futiles. Lui il dessine des ligres (mi-lion, mi-tigre), prétend détenir des dons particulier à l’archer et tente de survivre dans une jungle dont à peu près tous les éléments lui sont hostiles.
Très vite le film s’impose comme une ode à la différence. Sans niaiserie, il impose sa tonalité en même temps que Napoleon impose la sienne. Le jeune homme au regard vague, à la moue boudeuse et aux cheveux frisé ne répond pas au brimades par un désir de se conformer, mais s’en nourrit pour progresser encore un peu plus à contre-courant. Napoleon Dynamite est une œuvre punk. Un pamphlet percutant glorifiant un gars resistant à l’oppression de l’uniformisation et à la progression d’une bêtise consommée par la fange des étudiants ultra populaire. Oh yeah, Napoleon, tel son homonyme de petite taille, est un conquérant. Lui ne le sait pas, mais ses action vont dans ce sens. Il agit selon ses propres envies sans se conformer.
En parallèle, Jared Hess qui signe ici son premier long-métrage y va gaiement lui aussi. Attaché à ceux qui sont souvent étiqueté loosers, il taille un costard sur-mesure à des personnages lunaires, rythmant leurs échanges d’un humour basé sur un furieux décalage auquel il est impossible de résister bien longtemps. L’écriture est fine, vive, et subtile. La forme de la prose du couple Hess (Jared a écrit le script avec son épouse Jerusha) peut en cela se rapprocher de celle d’un Harvey Pekar (American Splendor, le film sur Pekar et Napoleon Dynamite partagent d’ailleurs quelques points communs primordiaux) ou d’un Terry Zwigoff (idem pour Ghost World, dont la tonalité savamment mélancolique, apparient à la même famille que celle que Hess établit avec brio dans son long-métrage). Napoleon est un héros de l’Amérique d’en bas. Même chose pour Pedro, Kip et les autres personnages qui lui tournent autour. Ce sont des marginaux d’un nouveau genre. De ceux qui existent suivant leur propre code de conduite.

Se refusant à tout maniérisme ou maniérisme tendance, le film organise la rencontre exceptionnel d’une somme de facteurs, avec une pertinence, un bon goût et une habilité rares. L’écriture donc, stimulante, quasiment dénuée de références ce qui lui confère une universalité incroyable, la réalisation, au diapason du caractère des protagonistes, la musique, discrète, mais à propos et les acteurs, tous géniaux, font de Napoleon Dynamite un sommet dans sa catégorie. Depuis 2004 et la sortie du film chez l’Oncle Sam, personne n’a fait mieux dans le genre. Tel Judd Apatow ou les Frères Farrelly, Jared Hess a créé un genre à part de comédie. La différence est que ce style en particulier ne souffre d’aucune approximation. Il s’agit d’un exercice d’équilibriste on ne peut plus tendu et risqué. Même Hess n’a pour le moment jamais réussit à égaler son exploit napoléonien (même si son Super Nacho avec Jack Black reste excellent). Ce qui fait probablement de cette pure pépite sa Bataille d’Austerlitz…

Coup de génie fulgurant, Napoleon Dynamite est également aussi brillant grace à ses comédiens. Eux non plus n’ont pas vraiment pas de vagues depuis, tels des étoiles filantes n’ayant jamais vraiment retrouvé la force, l’inspiration, ou tout simplement les conditions favorables pour s’élever avec autant de puissance. À commencer par Jon Heder, méconnaissable dans le rôle tire, hilarant à plus d’un titre et pour le coup, absolument sensationnel. Ou plutôt sensas comme aime à le dire Napoleon lui-même. Efren Ramirez, alias Pedro, est fabuleux également. C’est la deuxième moitié d’un duo exceptionnel car en contradiction totale avec les conventions les plus populaires de l’humour cinématographique. Les autres, les Jon Gries, Aaron Ruell, Diedrich Bader, ou encore Tina Majorino méritent tout autant de louanges. Ils jouent tous sur la même tonalité, sans fausses notes. Autant de vecteurs parfaitement inspirés aux nombreuses répliques cultes, dont chacune ou presque mériterait d’atterir sur un t-shirt tant elles traduisent l’inspiration miraculeuse de leurs auteurs.

Coup d’éclat injustement boudé dans plusieurs pays, célébré comme il doit par une tranche de fans indéfectible qui se repassent les exploit du nerd flamboyant en boucle, Napoleon Dynamite fait un bien fou. Certes, son humour, certes terriblement efficace, parfois étrange et son ambiance décalée ne peuvent pas plaire à tout le monde, mais c’est le jeu. Ainsi sont les plus grandes oeuvres : parfois excluantes et donc profondément intègres.

@ Gilles Rolland

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