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Alan Moore – Miracleman, Un rêve éthéré

Par Yvantilleuil

Alan Moore - Miracleman, Un rêve éthéréLe journaliste Michael Moran est poursuivi par ce rêve récurrent dans lequel il aperçoit un mot dont il ne parvient pas à se rappeler. En se rendant à une manifestation concernant une centrale atomique, il se retrouve au centre d’une prise d’otage. Pris de malaise, le mystérieux mot lui apparaît alors très clairement : Kimota ! En le prononçant, il se transforme instantanément en super-héros et se souvient de cette ancienne vie où il protégeait le monde en compagnie de Kid Miracleman et Young Miracleman… jusqu’au jour où toute la famille Miracleman disparut, balayée par l’explosion d’une bombe en essayant d’empêcher la destruction de la Terre…

La vie éditoriale de ce super-héros oublié est loin d’être un long fleuve tranquille. Créé par Mick Anglo en 1954, celui qui se fait alors encore appeler Marvelman, a, d’un point de vue juridique, le gros désavantage de ressembler d’un peu trop près au Captain Marvel de Fawcett Comics, qui a dû lui-même se faire tout petit à cause d’une parenté trop prononcée avec le Superman du géant DC Comics. Malgré des similitudes qui ont de quoi faire pâlir le principe de la propriété intellectuelle, le personnage vit tout de même de nombreuses aventures avant de disparaître une première fois de la scène en 1963.

En 1982, de jeunes auteurs britanniques ont l’idée de justifier l’absence du héros en se servant d’un prétexte : Michael Moran avait soi-disant oublié le mot magique lui permettant de redevenir son avatar super-héroïque. Ils décident alors de le ressusciter dans les pages du magazine anglais Warrior. En 1985, la série est rachetée par Eclypse Comics, un éditeur américain, qui renomme le héros Miracleman de peur de subir un procès de la part de Marvel. Lorsque Eclypse fait faillite en 1994, le carrousel des droits d’auteur se met à tourner à plein régime, jusqu’en 2009, où Marvel récupère officiellement le héros après une bataille acharnée devant les tribunaux. Totalement dégoûté par cette interminable guerre juridique, Alan Moore refuse cependant que son nom apparaisse au générique de cette version restaurée des récits datant des années 80.

Cette reprise par Alan Moore, Garry Leach et Alan Davies débute par un voyage dans le passé qui un retour à la période Golden Age du personnage. Ce premier épisode, très rétro, est ponctué d’un bond temporel de vingt-cinq ans et place immédiatement notre héros amnésique dans un univers beaucoup plus moderne et réaliste. Retrouvant la mémoire et ce mot qui se veut très atomique lorsqu’il est lu à l’envers, l’homme, tel Shazam, redevient un demi-dieu. Moore ne dépeint cependant pas un surhomme heureux de (re)découvrir ses pouvoirs, mais quelqu’un de fragile, ballotté entre ce looser qui a du mal à payer son loyer et cet alter ego auquel il a du mal à s’identifier. Cette dualité est parfaitement exploitée par l’auteur et illustre déjà son envie de vouloir désacraliser le mythe du super-héros, mais sans bien entendu égaler le niveau et la noirceur de son cultissime Watchmen. Si les nombreux textes en voix-off permettent de saisir tous les doutes du protagoniste principal, cette narration trop bavarde et typique de l’époque a également tendance à alourdir inutilement le récit. Afin d’atténuer l’aspect vieillot de ces aventures, l’éditeur a cependant eu la bonne idée de recoloriser les superbes planches de Garry Leach et d’Alan Davis.

Œuvre fondatrice de l’ère sombre des super-héros que tout amateur de comics se doit de lire ou œuvre de jeunesse d’un auteur culte dont l’intérêt doit être relativisé ? Quoi qu’il en soit, cette série mérite amplement de sortir des oubliettes…

Alan Moore – Miracleman, Un rêve éthéré
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