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Souvenir périssable

Publié le 24 septembre 2014 par Auroretaupin
 
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Dans le Prix des Lectrices de ELLE, il y a des bonnes surprises et des moins bonnes. Au sein de la pré-sélection de janvier, 3 livres ne m'ont donc pas laissé un souvenir impérissable. Je m'acquitte donc ici de mon  devoir de critique inhérent aux jurées plus que je ne recommande.
Le violoniste de Mechtild Borrman
Je fondais beaucoup d'espoir dans ce roman, qui avait l'air de mêler l'historique au policier - qui plus est dans une époque souvent passionnante, la Russie de Staline. Mais dès les dix premières pages, on comprend que le suspense va être réduit à peau de chagrin. En effet, l'auteur ne s'embarrasse pas de longues pages pour poser le contexte - ce qui aurait pu être une bonne idée, un début dynamique et incisif, mais là ça a surtout l'air trop facile de faire démarrer le livre presque immédiatement par un assassinat qui va mettre le héros sur la piste.
L'histoire en quelques mots : 2008 - un type un peu louche se voit appeler par sa soeur perdue de vue depuis son adoption en foyer d'accueil 15 ans plus tôt.; malheureusement elle se fait assassiner sous ses yeux quand il s'apprête à la retrouver. Le voilà donc traqué par la police qui le soupçonne de meurtre, et lui même à la recherche des meurtriers. En parallèle, on suit l'histoire de ses grands-parents, artistes sous l'ère stalinienne juste après la guerre et bientôt prisonniers politiques envoyés en déportation.
Certaines phrases laissent trop voir la construction du livre qu'a voulue l'auteur. J'illustre mon propose. Par exemple, quand arrive la phrase "Ce violon est la clé de tout, se dit-il" : cela permet juste à l'auteur de justifier que le personnage principal s'oriente dans cette (bonne) direction alors qu'objectivement rien ne permet (et surtout pas au lecteur) de laisser penser qu'il fallait suivre cette piste plutôt qu'une autre.
L'ensemble du livre est donc assez téléscopé et sans grande finesse. "Au moment de partir, elle se ravisa et retourna chercher son manteau d'hiver dans la penderie, geste qui se révèla d'inspiration divine"  - alors même que la femme en question avait déjà eu la bonne idée de coudre toute la nuit dans sa doublure de jupe ses sous et ses bijoux. "Un ange gardien avait du la guider, se disait-elle". Ou plutôt un auteur sans trop d'imagination.
La fille derrière le rideau de douche de Robert Graysmith
Cette fois, le sujet ne m'avait d'emblée pas du tout intéressée : l'histoire du meurtre de la doublure de Janet Leigh dans Psychose, Marli Renfro - qui fut assassinée d'une façon similaire à la fameuse scène de la douche qu'elle jouait dans le film.
Le document m'a semblé très très très bavard, rentrant dans un niveau de détail totalement inutile, se complaisant dans des informations sordides. Au tout début, l'histoire du tournage de la scène culte, qui s'étira sur une dizaine de jours, avec les moyens de l'époque (peu d'effets spéciaux, spectre de la censure à chaque petit bout de peau dévoilé, caméras lourdes et peu maniables ...) révèle quand même quelques passages intéressants. Mais très vite, le livre se recentre sur le parcours de la doublure qui, à part quelques anecdotes rigolotes sur les débuts de Playboy et des playmates d'Hugh Heffner, n'offre que peu d'intérêt. Et celle du tueur que l'on suit en parallèle encore moins ...
Molière à la campagne, d'Emmanuelle Delacomptée
Celui-ci est peut-être le plus réussi des trois mais il faut dire que le sujet fait partie de mes thèmes de prédilection, l'éducation et le monde des enseignants. Emmanuelle Delacomptée livre ici son expérience de 1ère année en tant que professeur de français dans le collège des 7 grains d'Or en Normandie, juste avant sa titularisation.
Le document relate donc les inquiétudes, les difficultés, les petites joies du quotidien de la jeune enseignante, avec force dialogues entre ses élèves et elle. Ils s'appellent tous Jason, Dylan, Jordan, sont en retard de plusieurs années sur le programme, et la laissent souvent découragée.
Toutes les parties où elles relatent la vie de la classe, ses cours, ses interactions avec les élèves m'ont semblée vues, revues et rerevues, et surtout sans aucune subtilité : elle semble avoir rapporté uniquement les moments les plus caricaturaux alors qu'il est évident grâce à certaines informations distillées ça et là, que le quotidien était en fait moins terrible qu'elle ne le décrit (certains élèves ont obtenu les félicitations, un autre professeur en qualifie un de très doué, elle publie un petit mot qu'elle a reçu d'une élève en fin d'année ...).
En revanche, même si elles tombent un peu dans le même travers (exagération, portrait à gros trait), les descriptions des séances de formation auxquelles elle assiste avec les autres aspirants professeurs sont assez édifiantes :  jargon éducatif incompréhensible, inadaptatation totale du contenu des formations aux attentes des enseignants, écoute inexistante ...
"Voyons, voyons, on n'utilise plus l'expression "discours indirect" depuis longtemps, vous allez susciter des confusions ! On dit "paroles rapportées indirectement" ou à la rigueur "énoncé coupé", par opposition à "énoncé ancré"..."
Le livre pêche un peu par sensationnalisme et surtout ne tient pas la comparaison face à d'autres illustres document(aire)s sur ce sujet : Entre les murs, Etre ou Avoir, la Journée de la jupe ...
 

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