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Je me shoote en écrivant des séries, par Jean-Philippe Touzeau

Publié le 10 octobre 2014 par Thibaultdelavaud @t_delavaud

Jean-Philippe Touzeau est un nom bien connu de la communauté des auteurs indépendants francophones. Il est notamment l’auteur de la série La femme sans peur qui connaît un très grand succès. Plus récemment, il a réalisé plusieurs vidéos sur le thème : « Comment réussir le marketing de ses ebooks ? » qui sont passionnantes, remplies d’optimisme, et que je vous recommande. Je suis très heureux et très fier de l’accueillir aujourd’hui sur mon blog. Il nous parle d’un sujet qu’il maîtrise très bien et qui constitue désormais un pilier de l’autoédition : la série littéraire.

[Dialogue virtuel entre Thibault Delavaud et moi-même.]

Moi : “J’écris des séries et j’adore ça.”
Thibault : “Pourquoi ?”
Moi : “Parce que c’est bon.”
Thibault : “…”
Moi : “Je répète : parce que c’est bon !”
Thibault : “Bon ?… Bon comme quoi ?”

Bon comme les rêves

Lorsque je commence à écrire une histoire, à développer des personnages, je rentre dans un monde parallèle. C’est exactement comme lorsque l’on lit un livre sauf que là, on rentre dans son propre monde, celui que l’on s’est créé.

Et forcément on s’y sent bien.

:-)

Il est composé de personnages et de lieux que l’on modèle, qui nous parlent, issus de nos expériences diverses et variées. Il prend des directions qu’on n’ose pas ou qu’on ne peut pas toujours explorer dans la vraie vie.

Ce monde, moi, je voudrais y rester le plus longtemps possible. Non pas parce que je me sens mal à l’aise dans la vraie vie, mais plutôt parce qu’il me donne une alternative imagée, qui m’apaise et m’offre une réelle évasion.

Alors, vous voudriez que j’arrête d’écrire sur ce monde au bout d’un seul livre ?

:-)

Un jour, peut-être que la police des créatifs nous obligera à renoncer à notre histoire au bout du premier tome. Pour l’instant, influencé par les mangas au long cours ou par d’excellentes séries TV américaines, je profite au maximum du monde dans lequel mon histoire se développe.

Ainsi quand j’écris, j’écris d’abord pour moi.

Et cela me fait le plus grand bien.

Alors les séries, vous imaginez, c’est l’overdose littéraire ! Je suis un accro de ma série, un junkie qui reprend sa dose à chaque nouveau volume et qui même trafique (en publiant une compilation) pour faire durer le plaisir.

Couverture La femme sans peur

Bon pour la vraie vie

Écrire une série parait monstrueux. Comment peut-on s’engager dans un si long processus ? En fait, tout le monde se trompe. Écrire une série, c’est bien plus facile que de se lancer dans un pavé de 500 pages.

Avec une série, dès le premier tome, plutôt court, on peut se faire une idée de ce que les lecteurs pensent. On peut ajuster les petites erreurs dans le deuxième volume et continuer ainsi au fil des sorties.

Publier une série, c’est comme effectuer un ballet avec son public. Le contact est constant. Par les échanges emails, les commentaires, les réseaux sociaux, on peut affiner certains traits des héros, quitter un lieu qui ennuie trop, ajouter un élément de surprise suggéré par un lecteur.

On sait où l’on va et on réduit les mauvaises surprises. Les feuilletonnistes du XIXe comme Dumas, Sue ou Flaubert en France, Dickens ou Conan Doyle en Angleterre, publiaient et corrigeaient leurs récits au fil des semaines selon le feedback qu’ils recevaient.

« Publier une série, c’est comme effectuer un ballet avec son public. »

D’un autre côté, écrire un roman ou thriller de 500 pages, c’est se lancer dans un projet pendant au moins un an sans savoir si ce que l’on crée plaira. Pour la grande majorité de ces bouquins, ce sera un échec. Faut-il s’étonner alors de l’image de l’écrivain (solitaire) qui devient dépressif ? Il y a un tel poids qui pèse sur les épaules de l’auteur après un si gros effort…

Psychologiquement, c’est dur à assumer, surtout si on subit un revers. Aigri, l’auteur souvent ne va pas plus loin, ne publie plus, alors qu’il n’est peut-être pas loin du succès. Même en réussissant, il faut beaucoup de courage pour se relancer dans une pareille aventure… pleine d’incertitudes.

Écrire une série, c’est s’ôter tous ces boulets.

Je suis d’ailleurs incapable d’écrire un gros roman. Je n’ai pas l’énergie nécessaire pour m’accrocher pendant des mois. Histoire d’aggraver mon cas, j’aime aussi faire de longues siestes et passer des heures sur wikipédia.

Maintenant, je vais vous dire un secret : écrire une série, c’est comme rédiger un long roman ou un thriller, mais en prenant son temps, en profitant du paysage tout au long de la promenade rédactionnelle.

;-)

Portrait Jean-Philippe Touzeau

Jean-Philippe Touzeau

Bon pour le porte-monnaie

Plusieurs tomes qui déploient une même histoire sont un vrai investissement. Chaque volume qui est publié fait une publicité gratuite aux précédents. À chaque sortie, les volumes précédents remontent dans les classements, retrouvant une belle visibilité. Ils sont achetés par de nouveaux lecteurs, curieux de commencer la série par le début.

Pour les auteur-e-s inconnu-e-s et autopublié-e-s comme moi, c’est la seule solution, en ce moment, pour vivre de ses écrits. Je ne crois pas me tromper en disant que tous les vrais autopubliés américains qui vivent de leurs ventes le font par le biais de séries, soit avec un héros récurrent, soit par une histoire à suites.

« Tous les vrais autopubliés américains qui vivent de leurs ventes le font par le biais de séries »

Financièrement, si la série rencontre son public, ce serait donc une garantie de rentrée d’argent à long terme, tant que l’on publie de nouveaux volumes. Ce n’est pas tout à fait vrai. Si l’histoire s’enlise ou ne tient plus la route, les fans abandonneront la série. Le créateur d’un feuilleton littéraire se doit de respecter celles et ceux qui lui font l’honneur d’investir dans son monde.

C’est un privilège.

On m’a aussi dit que je tirais trop sur la corde financière par rapport au nombre de volumes. Ma réponse est simple : personne n’est obligé de me lire et surtout pas de continuer à le faire. J’écris à ma façon, simple, sans frous-frous et il est évident que cela ne va pas plaire à tout le monde.

De plus, en publiant un volume tous les 6 mois, ce n’est pas la meilleure stratégie marketing pour une série. Une publication mensuelle, comme le fait Chris Simon, ou tous les 3 mois, est bien plus efficace.

Donc, il est sûr que je n’ai pas choisi de me lancer dans une série d’abord par appât du gain financier mais il est certain que j’en apprécie les retombées. Alors, pourquoi changerais-je ?…

Oui, écrire des séries, c’est trop bon…

Et vous, qu’est-ce que vous attendez ?

:-)


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