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femme endormie

Par Zorglub

femme endormieje me suis assis dans le lit au milieu de la nuit et t’écoute
ronfler
je t’ai rencontrée à la gare routière
et maintenant je m’émerveille devant ton dos
d’un blanc maladif et couvert de taches
de rousseur de l’enfance
tandis que la lampe dépouille l’insoluble
tristesse du monde
sur ton sommeil.

je ne vois pas tes pieds
mais je devine qu’il n’existe pas
de pieds plus charmants.

à qui appartiens-tu ?
es-tu réelle ?
je pense à des fleurs, des animaux, des oiseaux
ils semblent tous si bons
et si manifestement
réels.

tu ne peux pourtant pas t’empêcher d’être une
femme. nous sommes tous choisis pour être
quelque chose. l’araignée, le cuisinier.
l’éléphant. c’est comme si chacun de nous était
une peinture accrochée sur le
mur d’une galerie.

- et voilà que la peinture se retourne
sur le dos, et au-dessus du coude plié
je peux voir une 1/2 bouche, un oeil et
presque un nez.
le reste de toi est caché
à la vue
mais je sais que tu es une
oeuvre contemporaine, d’une modernité
vivante
peut-être pas immortelle
mais nous avons
aimé.

s’il te plaît continue à
ronfler.

Charles Bukowski, Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines (The Days Run Away Like Wild Horses Over the Hills, 1969) ©Editions du Rocher pour la traduction française, 2008.


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