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La French

Publié le 09 décembre 2014 par Cinephileamateur
La French De : Cédric Jimenez.
Avec : Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Céline Sallette, Mélanie Doutey, Benoit Magimel, Guillaume Gouix, Moussa Maaskri, Cyril Lecomte, Bernard Blancan, Gérard Meylan, Eric Fraticelli, Féodor Atkine, Pauline Burlet, Bruno Todeschini...
Genre : Drame - Policier.
Origine : France.
Durée : 2 heures 15.
Date de sortie : 3 décembre 2014.
Synopsis : Marseille. 1975. Pierre Michel, jeune magistrat venu de Metz avec femme et enfants, est nommé juge du grand banditisme. Il décide de s’attaquer à la French Connection, organisation mafieuse qui exporte l’héroïne dans le monde entier. N’écoutant aucune mise en garde, le juge Michel part seul en croisade contre Gaëtan Zampa, figure emblématique du milieu et parrain intouchable. Mais il va rapidement comprendre que, pour obtenir des résultats, il doit changer ses méthodes.
Bande annonce française
"- T'as du cran. Mais vaut mieux qu'on ne se recroise pas tout les deux.
- Vaut mieux pour qui ? Pour moi ou pour vous ?"

4.5
La French
Bien qu'il fut imparfait, j'avais énormément aimé "Aux yeux de tous", le précédent film de Cédric Jimenez. Pour son deuxième long métrage de fiction, j'étais donc assez curieux de voir si le réalisateur réussirait à m'embarquer avec lui mais c'est avec la présence au casting de Jean Dujardin et Gilles Lellouche que je me suis dirigé vers ma salle les yeux fermés pour découvrir "La French".
Et pour être embarqué, j'ai été embarqué. Du début jusqu'à son final que je connaissais pourtant pour avoir lu divers article sur le juge Pierre Michel, j'ai été captivé de bout en bout par ce scénario écrit par Cédric Jimenez et Audrey Diwan. Avec moins de facilités que dans son précédent film, j'ai eu le droit à un vrai film de gangsters comme le cinéma sait nous en offrir. Durant le visionnage, on pense à des films comme "Heat" ou à l'univers de Martin Scorcese avec beaucoup de plaisir et même si ce genre de confrontations n'est en soit pas vraiment novateur, j'ai bien aimé le fait qu'on suive cette intrigue principalement par rapport au Juge.
Sans pouvoir le comparé à l’œuvre de William Friedkin "French connection" que je n'ai malheureusement toujours pas vu (même si le blu-ray traîne dans un coin et que son visionnage finira par arriver ;-) ), j'ai en tout cas été fasciné par ce sujet hautement cinématographique. Alors bien sûr, on pourra reprocher une nouvelle fois au cinéma de rendre un peu glamour le gangster, de lui donner l'image de quelqu'un à la fois terrifiant et très classe mais c'est aussi pour ça que le cinéma peut nous faire rêver car il s'agit d'un exutoire qui nous permet quelques largesses d'esprit.
Pour autant, tout n'est pas tout blanc ou tout noir ici. De cette confrontation librement inspiré d'un fait divers réel donc, le film va nous entraîner avec lui dans un face à face tendu où pouvoir, corruption et justice vont jouer à un jeu de poker menteur. On nous livre ici une version des faits, chacun est libre de creusé le sujet ensuite mais quoiqu'il en soit, le scénario demeure très intéressant. C'est aussi parce que malgré son aspect "déjà vu", il possède un caractère assez humain surtout grâce au fait de suivre ce récit à travers les yeux de Pierre Michel.
Fervent défenseur de la justice qui n'hésitera pas à se mettre au service de celle-ci quitte à délaisser sa famille et lui-même, j'ai beaucoup aimé cette façon de traiter d'une nouvelle forme de dépendance. Il y a un côté très humain chez lui avec ses qualités comme ses défauts qui rende ce personnage fort intéressant, peut-être même bien plus que celui du gangster Gaëtan "Tany" Zampa. Ce dernier est pour autant bien exploité aussi et c'est aussi pour cela que le duel fonctionne le tout avec parfois quelques pointes d'humour fort plaisante.
Côté casting, j'avais un peu peur que l'on tombe dans la caricature, qu'on cherche un peu trop à "hollywoodiser" le jeu des comédiens (je ne sais pas si je suis très clair). Si dans l'ensemble, j'ai trouvé qu'il y avait un léger surjeu, la direction artistique n'en reste pas moins excellente. A tel point que même si parfois j'ai ressenti un peu de surenchère dans les différentes interprétations (surtout Jean Dujardin et Gilles Lellouche et encore plus Benoit Magimel), ça ne m'a en tout cas jamais vraiment choqué où fait sortir de ce long métrage.
Sans revenir sur cette légère surenchère (principalement dans le ton), Jean Dujardin reste vraiment très bon en juge Pierre Michel. L'acteur nous montre une nouvelle fois une nouvelle facette de son jeu et prouve qu'il répond présent lors des grands rendez-vous. Crédible, on a tout de suite de la sympathie pour ce héros des temps modernes et même si il n'est pas exempt de défauts, Jean Dujardin incarne bien le côté humain de son personnage. C'est d'ailleurs pour ça que sa dernière scène, bien que connue à l'avance, nous marque quand même en tant que spectateur (par certains aspects, et même si ça n'a rien à voir, cette scène m'a aussi fait pensé à la scène finale de "Mesrine : L'ennemi public n°1").
Habitué à donner la réplique à son fidèle ami, Gilles Lellouche est lui aussi très bon en Gaëtan "Tany" Zampa. Le comédien fait le jeu et même si je l'affectionne surtout dans le registre de la comédie, il m'a convaincu dans sa façon de jouer ce gangster. Il joue avec des images que j'ai l'impression d'avoir vu plusieurs fois au cinéma mais ça fonctionne. C'est assez drôle de voir d'ailleurs les deux amis acteurs ici ennemis à l'écran tout en étant crédible. Lors de leur premier face à face, on pense fortement là encore au premier face à face Robert De Niro - Al Pacino dans "Heat" mais ça reste là encore très fort (bien qu'un peu gros peut être), preuve que ce duo s'est totalement investi dans ce film.
Pour les épauler, j'ai bien aimé aussi le casting féminin à commencer par une Céline Sallette en Jacqueline Michel que j'ai trouvé assez émouvante. L'actrice joue bien sur la fragilité de son personnage tout en lui donnant en même temps un côté fort avec pas mal de caractère. Elle est en tout cas bien exploité, mieux que Mélanie Doutey en Christiane Zampa qui s'en sort bien mais dont je regrette l'image un peu lisse voir transparente qu'on lui donne à l'écran. C'est peut être inspiré de la vérité mais je trouve que le film aurait pu travailler un peu plus sur ce duel féminin qui au final subit un peu cette guerre entre ce juge et ce gangster.
Du côté des policiers, celui qui tire son épingle du jeu à mes yeux, c'est Bernard Blancan en Lucien Aymé Blanc. J'ai vraiment adoré ce personnage, son évolution ainsi que l'amitié qui va naître petit à petit avec Pierre Michel ainsi que le respect qu'il va y avoir. Guillaume Gouix en José Alvarez est lui aussi bon, c'est juste dommage que ce soit vers la fin que son personnage gagne en consistance et que le jeu de l'acteur s'amplifie. J'ai moins accroché à Gérard Meylan en Ange Mariette ainsi que Éric Fraticelli en Bianchi sans pour autant que cela me dérange également.
Du côté des gangsters, celui pour qui j'ai eu le plus "d'affection", c'est Moussa Maaskri en Franky Manzoni. C'est un acteur que j'apprécie et même si ici, il n'apporte rien de bien nouveau à son jeu, j'ai aimé son interprétation et sa présence à l'écran. Il m'a en tout cas plus convaincu que Benoit Magimel en Le Fou, pas détestable mais trop caricatural pour que j'accroche. A chaque fois que je le voyais, j'avais plus un sourire (même quand c'est pas le but recherché) et je sais que je n'étais pas seul dans ma salle à avoir cette réaction. A côté, même si l'une de ses dernières scènes avec sa copine m'a fait beaucoup sourire également, j'ai bien aimé malgré tout Cyril Lecomte en Marco Da Costa. Il y a chez lui une sorte d'insouciance qui colle bien avec son rôle et qui m'a amusé sans me dérangé.
Dans le reste de la distribution, je retiens Bruno Todeschini, très bon dans la peau du banquier. Pauline Burlet en Lily est elle aussi très intéressante surtout son personnage qui nous dépeint ainsi bien la motivation du juge Pierre Michel à vouloir combattre la drogue et le banditisme dans les rues de Marseille. C'est aussi une joie de voir, même si ce n'est que le temps de quelques apparitions, Féodor Atkine excellent en Gaston Deferre. Son personnage montre le parti pris du cinéaste sur cette histoire mais ça marche bien.
La réalisation de Cédric Jimenez est sinon brillante. Après l'originalité de son précédent film qui possédait quand même quelques facilités visuelles, le metteur en scène nous livre un très bon travail. Avec ce long métrage, il confirme qu'il fait partie des cinéastes que j'ai envie de suivre et j'espère que sa carrière suivra une belle évolution. C'est très soigné, très propre et ça démontre (chose qu'on n'avait pas besoin de me prouver d'ailleurs) que le cinéma français est toujours capable de très belles choses quand il s'en donne les moyens.
On a le droit à de magnifiques plans séquences, des travellings des plus efficaces, des cadres bien pensés et des plans qui semblent maitrisé de bout en bout. Malgré sa durée de plus de deux heures, je n'ai pas vu le temps passé grâce à un très bon montage et aucune scène ne m'a paru vraiment inutile (sauf peut-être celle où on voit Céline Sallette en sous-vêtements que je trouve mal amené). Le réalisateur a su m’emportai avec lui dans son aventure.
J'ai fait un très bon voyage dans le temps avec des années 70 qui sont très bien retranscrit à l'écran que ce soit dans ses décors qui me plaisent beaucoup, ses costumes d'un kitsch charmant mais qui nous font jamais sortir de leur époque où encore ses voitures d'une classe terrible (ce n’est pas le sujet mais les voitures de l'époque avait quand même une gueule que j'aime bien). Chaque accessoires semble avoir été bien pensé et bien exploité et l'ensemble réunis font que j'ai vraiment eu l'impression de suivre ce fait divers, d'être à l'intérieur et de ne pas le suivre qu'en tant que simple spectateur.
Visuellement, c'est vraiment très réussi. J'ai beaucoup aimé la photographie aussi avec ce grain à l'image et cette lumière chaleureuse qui nous plonge bien dans le sud de la France avec ses beaux paysages côtiers. Si lors de quelques scènes je n'ai pas apprécié plus que ça les quelques scènes filmé caméra à l'épaule avec l'image tremblotante qui va avec, c'est pourtant justifié ici, c'est juste que c'est moi qui ne suit pas un grand fan du procédé. Quant à la bande originale composée par Guillaume Roussel, elle contribue également à ce voyage dans le passé avec des musiques qui accompagne bien cette histoire et des choix de chansons que j'ai aimé et qui m'ont même fait sourire parfois (c'est pas tous les jours que dans un même film, Blondie côtoie du Mike Brant ^^ ).
Pour résumer, "La French" est un excellent film de gangsters comme j'aime les voir au cinéma. Il joue bien sûr avec quelques clichés qui lui donnent une sensation de "déjà-vu" mais le film de Cédric jimenez (que je vais continuer de suivre) reste maitrisé de bout en bout. Quand il se donne les moyens de son ambition, le cinéma français est capable de nous fournir de très bons longs métrages et celui-ci fera sans nul doute parti de ceux que je reverrais avec grand plaisir. Dommage qu'il y ait parfois une légère surenchère dans le jeu (qui ne m'as pas fait sortir du film cependant) car sinon "La French" à tout pour lui. Un bon grand film de gangster dont on ne cautionnera bien sûr pas tous les actes mais qui contribue à mes yeux à faire du cinéma un exutoire pour moi. A côté de l’œuvre cinématographique, on retiendra le combat du Juge Pierre Michel qui se sera investi corps et âme pour combattre une cause qu'il trouvait juste. Un film à voir.
La French
La French


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