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Eric Reinhardt, Prix France Télévisions

Par Pmalgachie @pmalgachie
Eric Reinhardt, Prix France Télévisions Je vous parlais dès le 12 août de L'amour et les forêts, d'Eric Reinhardt - le roman n'était pas encore sorti. J'y suis revenu plusieurs fois, pour dire le bien que j'en pensais, en même temps que mon étonnement de le voir écarté successivement de toutes les sélections pour les grands prix littéraires d'automne. Le Renaudot des Lycéens lui avait donné un prix de consolation. En voici un autre avec le Prix France Télévisions, qui lui a été attribué tout à l'heure. Mais la plus belle des consolations lui vient sans doute de se situer très haut dans les meilleures ventes de l'automne, aux environs de 60.000 exemplaires jusqu'à présent selon L'Express. Quant à la nôtre, de consolation, elle consistera à avoir lu un livre formidable. Les écrivains reçoivent parfois des lettres de lecteurs. Ou de lectrices. C’est le cas pour Eric Reinhardt, comme d’autres. C’est le cas aussi pour le narrateur de son nouveau roman L’amour et les forêts. Il s’appelle Eric Reinhardt. Il a publié en 2007 le livre dont il est le plus fier, puis en 2011 un roman dont il a « la vague et désagréable impression qu’il n’est pas parvenu à se hisser au niveau du précédent ». Eric Reinhardt personnage a tout d’Eric Reinhardt auteur de L’amour et les forêts, grâce à des coïncidences avec sa bibliographie : Cendrillon en 2007, Le système Victoria en 2011. Ceci dit, on se moque bien de savoir si une femme qui s’appelait, ou non, Bénédicte Ombredanne lui a écrit après avoir lu Cendrillon. Il suffit que, dans L’amour et les forêts, elle lui envoie une lettre en 2007, après avoir lu le livre qu’il vient de publier. Le narrateur la rencontre une première fois, une deuxième, plus tard, une correspondance s’engage, puis le silence. Soudain. Définitif. On comprendra, au fil du récit, pourquoi il ne pouvait en être autrement. Bénédicte Ombredanne est une femme fine et intelligente, la qualité de sa première lettre a convaincu l’écrivain d’accepter une rencontre. Il est vrai qu’elle y disait aussi sa colère d’avoir été écartée d’un jury littéraire dans lequel elle espérait orienter les débats en faveur du roman qu’elle venait de lire, de quoi chatouiller l’orgueil de son auteur : enfin quelqu’un qui me comprend ! Au-delà de l’excellente impression laissée par ce premier contact, Eric trouve en Bénédicte une personne complexe. Sa situation ne l’est pas moins. Mariée à un homme qui, sous couvert de manque de confiance en lui, s’est révélé un véritable tyran domestique, elle est prisonnière de son couple. Et cherche à s’en évader, ce qui lui arrivera au moins une fois pour une journée de pur bonheur grâce à une rencontre miraculeuse comme les sites spécialisés sur Internet n’en provoquent guère. Bénédicte est une femme blessée qui ne cicatrise pas. Parce que son mari ne cesse de retourner le couteau dans la plaie, la harcelant pour tout savoir de ce qu’elle aurait voulu taire, lui interdisant les contacts les plus innocents – avec Eric, par exemple. Le portrait de ce personnage empli de douleur broie le cœur, tant il fait ressentir, au plus profond, le déchirement de son impuissance à être celle qu’elle aurait voulu devenir. Madame Bovary, a-t-on déjà beaucoup dit. La comparaison se justifie, à condition d’envisager une Madame Bovary d’aujourd’hui, soumise à des contraintes nouvelles. Mais tout aussi malheureuse. Et prête à tout pour vivre intensément, ne serait-ce qu’une fois, la belle aventure romantique du tir à l’arc dans la forêt.

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