Magazine Cinéma

Invincible

Par Onrembobine @OnRembobinefr

[Critique] INVINCIBLE

Titre original : Unbroken

Note:

★
★
★
★
☆

Origine : États-Unis
Réalisatrice : Angelina Jolie
Distribution : Jack O’Connell, Domhnall Gleeson, Garrett Hedlund, Miyavi, Finn Wittrock, Jai Courtney, Maddalena Ischiale, Vincenzo Amato, John Magaro…
Genre : Biopic/Drame/Guerre/Adaptation
Date de sortie : 7 janvier 2015

Le Pitch :
Fils d’un couple d’immigrés italiens, Louis Zamperini est un enfant turbulent. Le jour où son frère lui fait découvrir la course à pied, le garçon trouve sa voie, au point d’intégrer l’équipe olympique américaine plusieurs années plus tard. Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, Louis se retrouve à bord d’un bombardier qui finit par s’abîmer en plein océan, laissant le jeune homme et deux de ses camarades à la dérive sur un canot de sauvetage, sur lequel ils resteront 47 jours, avant d’être capturés par l’armée japonaise. Ils sont alors envoyés dans un camp de prisonniers. Le calvaire de Zamperini ne fait que commencer…

La Critique :
Il y a des vies comme celles de Louis Zamperini… La sienne aurait presque pu justifier trois films. Le premier aurait pu raconter l’ascension d’un gamin italo-américain, plutôt turbulent et sans avenir, qui, à force de volonté et de force, arriva à courir dans l’équipe américaine aux Jeux Olympiques de Berlin de 1936. Le second aurait pu narrer son aventure dans l’armée de cette même Amérique qui fit de lui un naufragé, suite à un crash aérien au dessus du Pacifique. Lui qui dériva en compagnie de deux autres survivants, pendant 47 jours, luttant contre la faim, la soif, le soleil et les requins. Le troisième enfin, se serait attardé sur sa détention dans un camp de prisonniers au Japon et sur sa lutte, encore une fois, pour la survie, face à un tortionnaire particulièrement sadique…
Tant qu’on est y, pourquoi ne pas également envisager un quatrième long-métrage, qui débuterait après la guerre. On y découvrirait la chute dans l’alcoolisme d’un homme détruit, qui remonta la pente pour pardonner à ses geôliers pour finir, bien des années plus tard, par porter la flamme olympique… au Japon.
Angelina Jolie, qui signe-là son deuxième long-métrage, s’est donc attelée à une tâche plutôt ardue, en devant synthétiser une trajectoire de vie absolument incroyable, et devant, par là même, trouver le parfait équilibre pour rendre à la fois justice à Zampereni, et livrer le grand film que ce récit appelait de sa puissante évocation.

Invincible-OConnell

Au final, Invincible entérine le désir d’une actrice de devenir une réalisatrice solide. Angelina Jolie, autrefois populaire pour ses frasques rock and roll et aujourd’hui reconnue comme une personnalité intègre, notamment grâce à ses engagements humanitaires et à ses choix plus pertinents que jadis (au point de parfois faire oublier ses films les moins glorieux comme Tomb Raider 2), affirme avec Invincible, vouloir jouer dans la cour des grands et à l’arrivée, y parvient. Car non seulement son film est porté par une récit épique digne des plus grandes épopées, mais il démontre aussi d’un savoir-faire technique et d’une ambition manifeste. Pour autant, Invincible ne se démarque peut-être pas autant qu’il aurait pu le faire entre des mains plus expérimentées. Loin de vouloir dénigrer le travail exemplaire d’Angelina Jolie, celui-ci révèle plutôt une application studieuse de codes largement utilisés depuis la nuit des temps à Hollywood et partout ailleurs, quand il s’agit d’offrir une illustration à de grands événements ou à de grands destins. À de multiples reprises, Invincible évoque le cinéma des géants, de par son classicisme formel. Mais la cinéaste maîtrise ce classicisme ! Épaulée par de solides techniciens (Roger Deakins à la photo, Alexandre Desplat à la musique) et par les frères Coen qui ont rédigé la dernière mouture du scénario, elle réussit à livrer une évocation de la vie de Zamperini toujours très sincère, car portée par une émotion qu’elle parvient à transmettre au-delà de l’écran, sans lâcher prise, de la première à la dernière minute.
Loin de ployer l’échine devant l’ampleur de la tâche, Angelina Jolie préfère opter pour une approche académique, proche de la démarche de réalisateurs comme Clint Eastwood, sous la direction duquel elle tourna L’Échange il y a quelques années. Elle n’est certes pas encore une grande cinéaste, mais Invincible possède toutes les qualités qui indiquent que ça ne saurait tarder, à tel point il est dénué de cynisme et brille par un désir de traduire en permanence une vraie authenticité, quitte à y sacrifier une audace que d’autres auraient certainement réussi à injecter.

Si ce biopic fait aussi bonne figure, c’est également grâce à ses acteurs. Garrett Hedlund, Domhnall Gleeson et surtout Jack O’Connell, dans le rôle titre, portent Invincible, soutenus par des seconds rôles solides. O’Connell justement, s’affirme une nouvelle fois comme l’une des grandes révélations de ces dernières années, dans un rôle casse-gueule, qu’il embrasse avec la dévotion des plus grands. Avec son engagement physique (une quinzaine de kilos en moins sur la balance) et son charisme en forme de clins d’œil aux Paul Newman et autres Steve McQueen, le jeune britannique de 24 ans n’en fait jamais trop. Découvert dans la série Skins dans un rôle borderline, puis consacré au fil de longs-métrages méchamment abrasifs (71′, Les Poings contre les Murs, Eden Lake…), il rajoute ici une corde à son arc et confirme un talent exceptionnel, constamment à fleur de peau, sur la brèche, à l’instar des légendes du septième-art. D’un regard, il capte l’attention et contribue à faire d’Invincible une œuvre magnétique et passionnante. Car malgré un caractère balisé, le nouveau film d’Angelina Jolie est surtout prenant. Il délivre tout le package d’émotions que l’on attend de lui, au risque de s’attirer les foudres de ceux qui ne verront là qu’un énième biopic hollywoodien. Mais après tout, c’est aussi ce qu’il est : un long-métrage américain dont les gênes s’inscrivent dans une grande tradition artistique. De cette incroyable séquence d’ouverture, dans les airs, à ce générique de fin émouvant, en forme d’ultime hommage à son héros, Invincible raconte une histoire simplement et le fait très bien. Jusqu’à preuve du contraire, cela n’a jamais été un défaut.

@ Gilles Rolland

Invincible
Crédits photos : Universal Pictures International France


Retour à La Une de Logo Paperblog