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Macbeth au Théâtre du Soleil

Publié le 25 février 2015 par Marie-Laure Barbaud

     

                                                        (c) Michèle Laurent

  • LM Beaucoup Macbeth mis en scène par Ariane Mnouchkine

Pour les cinquante ans du Théâtre du Soleil, Ariane Mnouchkine a choisi de revenir à Shakespeare et de monter Macbeth, l'une des pièces les plus sombres du dramaturge anglais. Si le regard posé sur la pièce se veut "vierge" de tout a priori, lorsque le spectateur entre dans le hall du théâtre, il est frappé par la décoration intérieure du lieu qui met à l'honneur, à la fois, "le Shakespeare-monde", (magnifique fresque imaginée par Didier Martin), et un "Macbeth dans tous ses états", à travers des affiches de mises en scènes passées ou de représentations picturales, comme s'il s'agissait de s'en affranchir, tout en leur rendant hommage.

À chaque nouvelle création de la troupe, le lieu se réinvente, accueil et plateau sont repensés.

                                    

Macbeth est une tragédie du cauchemar, celle d'un homme qui, après le premier meurtre, celui du roi, Duncan, croit qu'il n'y aura plus de crime et que la mort résoudra tout. Pourtant, le sang appelle le sang et l'homme ne peut maîtriser son destin. Macbeth en fait le terrible constat à l'acte V. Il a tué pour être roi, il a massacré femmes et enfants, il a cru aux prophéties des sorcières mais seule l'illusion règne. La vie est une ombre qui passe, un conte amer "narré par un idiot, plein de son, de furie, ne signifiant rien". " It is a tale/ Told by an idiot, full of sound and fury,/ Signifying nothing."

Ariane Mnouchkine fait le choix de la modernité, celle d'une Écosse contemporaine, où Macbeth, guerrier victorieux, atterrit sur un héliport sous les flashs des photographes et les caméras des journalistes. Les scènes et les tableaux s'enchaînent durant quatre heures avec virtuosité. Tous sont inventifs, surprenants, certains magnifiques ( la roseraie de Lady Macbeth, le dernier échange avec Banquo dans la cour du château). Macbeth est sous le signe d'Hécate, la déesse de la nuit. Les effets scéniques et visuels subliment les instants crépusculaires et troublés.

Quarante comédiens sur scène assurent la fluidité des tableaux. Le spectateur ne peut qu'admirer la chorégraphie des changements de décor à vue. La course inexorable des événements en paraît accentuer. Cependant, il est dommage que l'interprétation appauvrisse l'ensemble. Trop souvent le texte se perd par une élocution défaillante. La figure de Lady Macbeth manque ainsi cruellement de charisme et d'ampleur. Seuls quelques acteurs parviennent à tenir leur rôle. Citons, Serge Nicolaï dont l'interprétation de Macbeth sait gagner en puissance, Vincent Mangano qui campe un Banquo émouvant, Maurice Durozier en Duncan plein de justesse et Eve Doe-Bruce qui dompte seule le plateau pour offrir un épisode hautement burlesque en jouant un portier mémorable.

Néanmoins, il ne faut pas se priver de courir aux dernières représentations du Macbeth d’Ariane Mnouchkine, spectacle d'une éblouissante richesse visuelle!

http://www.theatre-du-soleil.fr/thsol/index.php


Dernières représentations de Macbeth de Shakespeare, jusqu’au 1er mars 2015.



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