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Féminité, séduction, apparence: apprentissages et éducation

Publié le 26 février 2015 par Unechambreamoi

Féminité, séduction, apparence: apprentissages et éducation
"Devenir femme, c'est, entre autres, apprendre à jouer la femme, être consciente des regards que l'on porte sur votre corps, et faire semblant de ne pas l'être tout en montrant clairement que vous l'êtes".
"Pour une femme qui souhaite faire de l'art, le souci de son apparence est plus rédhibitoire que la maternité.
Anne Truitt se mariera et deviendra mère, puis se consacrera puissamment à son travail de sculpteur, se libérant à jamais de la "boucle"* aliénante et des robes blanches. "Sans la discipline solide conférée par le fait d'avoir un mari et des enfants, écrira-t-elle à l'approche de la soixantaine, j'aurais pu dissiper mes énergies sur les bords de mes aspirations."
La course à la beauté conduit énormément de femmes à dissiper leurs énergies (et leur temps, et leur argent) sur les bords de leurs aspirations.
L'art te sauvera, Dorrit, comme il a sauvé Anne Truitt. L'écriture te sortira du spot sous lequel tu bronzais, petite, mignonne et maligne, et te confèrera une solitude protectrice.
Elle détournera de ton apparence ta propre attention.
Grâce au mouvement hippie d'abord, au mouvement des femmes ensuite, grâce aussi à tous ceux qui soutiendront ton désir d'écrire (singulièrement le père de tes enfants), tu réussiras à t'arracher au marathon meurtrier de la Féminité.
Du coup, c'est dans tes livres et non à la surface de ton corps que tu exploreras les joies du déguisement."
Extrait de "Bad Girl", de Nancy Huston.
*"la boucle" étant cette petite bouclette que la mère de Nancy Huston s'appliquait à réaliser le matin sur le front de sa fille, pour qu'elle soit "belle". L'auteur ne comprenait pas pourquoi une fille devait apprendre dès le plus jeune âge que pour être belle et plaire à sa maman, être une bonne petite fille, il fallait modifier son apparence, la maquiller, la transformer... comme si la beauté naturelle n'existait pas et ne permettait pas de plaire.
Tout le livre de Nancy Huston m'a fascinée (lire ma critique ici), et particulièrement les pages où elle parle de l'apprentissage de la Féminité, de la séduction (les Gender Studies en prennent d'ailleurs un coup).
C'est forcément un sujet qui nous poursuit, en tant que femme. Et maintenant que je suis mère, notamment de deux filles, j'y réfléchis régulièrement.
J'aimerais pouvoir leur transmettre la capacité à s'aimer soi-même: cela passe évidemment par le fait d'être bien dans sa peau, de prendre soin de soi, de son corps, en faisant du sport, en le remuant, en mangeant correctement. Il y a forcément un lien avec l'apparence et la discipline, la maîtrise de soi... sans que cette maîtrise devienne trop importante, au risque de devenir aliénante.
J'aimerais qu'elle puissent s'accorder le plaisir: que mes filles n'aient pas honte de leur corps, l'utilisent sans étouffer sous les tabous inhibants, soient fières de leur féminité.
Et j'aimerais surtout qu'elles apprennent, tout en découvrant le rapport au regard des hommes, à ne pas (trop) tomber dans les pièges de la séduction (ne nous mentons pas, séduire est aussi quelque chose de très agréable).
A se suffire à elles-mêmes, à comprendre que ce qui fait la beauté, ce ne sont pas les marques qu'on porte où les dernières choses à la mode, ni les vêtements "déguisements", ni les peintures qu'on se met sur les cheveux, les ongles ou les yeux, ni la taille des seins ou des jambes. Mais ce sont surtout le naturel, l'aisance, l'assurance, la confiance en soi... ces choses impalpables qui ajoutent, avec l'éducation, l'esprit et l'humour, au charme...
En même temps je suis aussi consciente de mes contradictions, puisque j'ai un regard esthète un poil exigeant... je recadre et retouche chacune de mes photos, j'aime les vêtements plutôt chics et intemporels, tant qu'ils ne sont pas criards, n'éteignent pas la personnalité de celui qui les porte, et ne portent pas de logos apparents (j'ai mes petits snobismes), je fais attention aux harmonies de couleurs, et je les adapte en fonction du lieu où l'on va, notamment pour que les photos soient équilibrées visuellement (oui, bon j'ai mes petits snobismes... et mes petites obsessions ;-)... j'aime bien transmettre aux enfants qu'il faut bien s'habiller, et surtout adapter son style en fonction de l'activité ou du contexte... (leur père est comme moi). Bref, l'apparence a tout de même une importance!
Il va falloir composer avec tous ces éléments.
Comme dans l'extrait de ce livre, une des clés de la liberté pour une femme, c'est de sortir de soi, de son nombril. S'épanouir dans quelque chose qui nous éloigne de la conscience de notre image: un métier, une passion, un art, la maternité... les moyens sont multiples.
Car notre apparence, même si on y consacre toute son énergie disponible, n'est vouée qu'à une décrépitude certaine, contrairement à ce que l'on peut créer par ailleurs. Et ce qui est le plus intéressant, et ce qui rend le plus heureuse... c'est précisément ce qu'on fait, pas simplement "être jolie" et prendre une pause pour la photo.
En cela je suis d'accord avec l'auteur: tout ce qui peut nous "cadrer" en nous apportant une satisfaction extérieure nous permet de nous alléger un peu de cette course effrénée et vaine vers la séduction.
 J'aimerais tout pour elles, et j'ai bien conscience que tout ça est un peu paradoxal, qu'en rêvant pour elles d'une vie simple et agréable j'ai finalement de grandes exigences...
 Je les trouve magnifiques, je leur souhaite de se sentir belles... et en même temps je ne voudrais pas qu'elles jouent (trop) de ça, ni qu'elles s'en contentent... 
J'aimerais qu'elles ne comptent pas uniquement sur le regard des hommes pour se sentir exister. Certes, le regard des hommes nous construit et a une grande importance dans l'apprentissage de la féminité, mais j'espère réussir à leur apprendre à ne pas tomber dans les affres du narcissisme, du selfie et du "regardez-moi".
Lorsque je vois des comptes Instagram entièrement dédiés à l'apparence de leur propriétaire, ou des blogs vertigineux d'auto-satisfaction et de culte du vide, dévoués principalement à rassurer leur auteur sur son potentiel de séduction, à coups de "likes" et de clics, et de commentaires admiratifs ("quelle beauté classique!", "canon tes jambes!", "wouaouh, j'adorerais tellement être comme toi!"), je prie secrètement pour que mes filles ne tombent pas là-dedans, dans ce miroir sans fond, dans ce "marathon meurtrier de la Féminité", comme le dit Nancy Huston. Pour finir comme la méchante belle-mère de Blanche-Neige, obsédée et aliénée par le souvenir de son ancienne beauté.
C'est aussi une des raisons pour lesquelles je ne montre pas les visages de mes enfants sur les photos que je rends publiques sur ce blog. Je ne veux pas que mes enfants s'habituent à devenir un "sujet", voire un "objet", commenté, critiqué, encensé, rien que pour leurs beaux yeux. Je ne veux pas qu'ils aillent vérifier le nombre de clics et de commentaires qu'aura déclenchés une jolie photos d'eux, prennent trop vite le réflexe d'aller vérifier comment la photo les met en valeur. Pas trop tôt...
Pour l'instant, ma fille aînée ne me parait pas encore tomber dans ce piège du girly et de l'apparence. Elle est coquette et très féminine, mais on reste encore dans l'innocence de l'enfance, c'est très mignon.Quand je l'entends me dire "maman, ça ne m'intéresse pas Violetta, je trouve qu'il y a des choses plus intéressantes à faire dans la vie que d'avoir un sac à paillettes avec la photo de l'actrice comme toutes les autres", ça me fait plaisir (pourvu que ça dure...)
Je crois que l'exemple que je leur donnerai sera fondateur... même si je ne peux rien maîtriser non-plus: peut-être grandiront-elles en opposition totale au modèle que je leur proposerai, peut-être pas... Je ne sais pas vraiment dans quelle mesure l'éducation que je m'évertue à leur donner aura de l'importance dans tout ça. Même si l'image de la féminité se construit beaucoup à partir de celle de sa propre mère.
Je me planterai certainement sur des choses que je n'aurai pas prévues ni envisagées, ou pas... et puis je n'ai aucune idée de ce que seront les réseaux sociaux dans quelques années.
En tout cas, je compte bien y réfléchir.
Let's see! et croisons les doigts!
Féminité, séduction, apparence: apprentissages et éducation
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à lire aussi sur ce sujet qui m'est cher:
un ancien billet, "Ce corps".

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