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Birdman, l’envers du décor déploie ses ailes

Par Rémy Boeringer @eltcherillo

Birdman, l’envers du décor déploie ses ailes

Le dernier film du réalisateur mexicain Alejandro González Iñárritu, Birdman, ne manque pas de faire parler de lui, depuis la Cérémonie des Oscars du 22 février 2015, où il fût récompensé, à quatre reprises, des convoitées Academy Awards, dont l’Oscar du Meilleur film et du Meilleur réalisateur. Autant dire que l’élite hollywoodienne a salué le film, en toute ironie et en dépit d’avoir été l’objet des principales critiques exposées dans cet œuvre. Iñárritu s’adonne à une vision particulièrement contestataire de l’industrie du cinéma et des multiples séquelles sur la vie des acteurs la servant.

Michael Keaton (ancien Batman de Tim Burton) endosse, à la perfection, le rôle sur-mesure de Riggan Thomas, un ancien acteur d’une trilogie écervelée de super-héros volant qui souhaite retrouver sa gloire d’antan en montant une pièce de théâtre (de Carver, Parlez-moi d’amour) à Broadway, mais c’est sans compter sur les différentes mésaventures dont il sera victime…

Birdman, l’envers du décor déploie ses ailes

Mike Shiner (Edward Norton) et Riggan Thomas (Michael Keaton)

A peine commencé, on comprend, très vite, que le film sera un plan-séquence unique de deux heures. Cette prouesse technique, jamais encore réalisée, amène le spectateur à se plonger en totale immersion dans l’univers déchu des acteurs et de leurs déboires existentiels. Prises en tous genres de couloirs interminables, d’escaliers en colimaçon … le surréalisme est bien présent, de telle sorte que le spectateur a tendance à appréhender le film comme une pièce de théâtre où le jeu spectaculaire des acteurs en serait le substrat. Iñárritu qui n’a pas lésé l’importance du choix du casting, nous offres un cortège d’acteur tous plus brillantissimes les uns que les autres… avec un Norton (vu dans The Grand Budapest Hotel) époustouflant dans le rôle de Mike Shiner, un acteur infatué et accro à l’adrénaline de la scène qui ne semble plus pouvoir exister et ressentir la moindre émotion dès le retour en coulisses. La charmante Emma Stone (coup de cœur dans Magic In The Moonlight et que l’on a vu également dans The Amazing Spider-Man : Le destin d’un héros), quant à elle, joue le rôle de la fille/assistante de Riggan Thomas, une post-adolescente en mal de vivre sortant tout juste de cure de désintoxication et qui n’hésite pas à « plumer » l’ego déjà bien abîmé de son père dans un discours psychédélique des plus vérace.

Birdman, l’envers du décor déploie ses ailes

Sam Riggan (Emma Stone)

Le spectateur, guidé par le bon vouloir d’une caméra quasi-omnisciente, découvre un Riggan Thomas enclin à une démoralisation chronique, essayant à la fois de faire ses preuves dans un milieu qui ne veut plus de lui et de se délivrer de son ancien rôle de Birdman qui le hante littéralement ! Seul témoin de scènes surnaturelles dont il est sujet, il lutte sans cesse contre ses super-pouvoirs qui ne l’aident en rien à briller dans le monde cruel de Broadway. Délires schizophréniques ou réels pouvoirs ? Là n’est pas la question. Le film n’est pas un blockbuster hollywoodien et c’est d’ailleurs sa marque de fabrique, il se veut intellectuel et profond… Intellectuel ? Oui il l’est, le film est ponctué de dialogues percutants entre les personnages où tous les sujets y passent : le pourquoi suis-je devenu acteur, la recherche constante d’identité, la difficulté de maintenir une vie sentimentale et familiale, les enjeux financiers des productions, les critiques pètes-sec et les journalistes intrusifs, etc.

Birdman, l’envers du décor déploie ses ailes

Lesley (Naomi Watts)

Quant à la profondeur du film ? Elle se fait plus discrète… Oui on a un peu pitié de cet acteur sexagénaire qui essaie tant bien que mal de se dénouer de ses nombreux tourments, mais l’émotion fait cruellement défaut à ce film. Peut être, est-ce parce que le spectateur ne se sent pas concerné par des problèmes appartenant à la seule caste très élitiste des célébrités. Néanmoins, certaines tribulations du personnage principal sont des plus loufoques, aux plaisirs de nos zygomatiques. Ce qui est sûr c’est qu’ Iñárritu a voulu explorer les motivations profondes des acteurs de monter sur scène… La réponse ultime est donnée dans le dernier quart d’heure du film où la scène finale de la pièce de théâtre (montrée de nouveau au spectateur pour la troisième fois) prend tout son sens… avec ce cri du cœur exprimé par Michael Keaton « j’ai besoin que l’on m’aime ! », à savoir, la recherche perpétuelle et inassouvie d’amour. Enfin, ce n’est qu’à la dernière séquence que vous découvrirez si le film porte ou non improprement son nom…

Riffault Caroline

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