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Un Musset bien noir

Publié le 01 mars 2015 par Morduedetheatre @_MDT_

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Critique des Caprices de Marianne, vu au Vingtième Théâtre, le 28 février 2015 (par Complice de MDT)
Mise en scène Stéphane Peyran, avec Guillaume Bienvenu, Axel Blind, Robin Laporte, Gil Geisweiller, Robin Laporte, Stéphane Peyran, Colette Teissèdre, Margaux Van den Plas. 

Stéphane Peyran signe ici sa première mise en scène (à ma connaissance), et joue le rôle principal : celui d’Octave.

Il a choisi de mettre au jour la violence de la pièce, de l’obscénité agressive du Carnaval (un peu too much à mon goût), à la violence qu’exerce un Claudio au physique de lutteur sur sa jeune épouse. Le décor, d’inspiration gothique, est inquiétant, avec la herse qui défend la maison de Claudio, et se lève en grinçant, la scène le plus souvent peu éclairée. Les musiques de liaison entre les scènes sont à dessein fortes et stridentes. L’option est bien tenue, voire soulignée.

Les costumes, soignés, ne cherchent pas l’unité temporelle, mais la signification symbolique : la robe de Marianne est « bleu burka », Coelio est en habit noir comme un jeune romantique, sa mère en robe Renaissance signifiant le passé, Octave est vêtu de couleurs chaudes et porte sur l’épaule un manteau qui évoque l’habit d’Arlequin.

Le décor unique, sur lequel s’explique un peu confusément Stéphane Peyran dans sa déclaration d’intention, n’est pas toujours cohérent : comment Marianne pourrait-elle renverser les tables du cabaret, en pleine rue, alors qu’elle vient d’être brutalisée et menacée par son mari ?

L’accent est sans conteste mis sur le couple Coelio/Octave. Le physique des acteurs oppose ces deux personnages : Guillaume Bienvenu, longiligne et pâle, est un excellent Coelio, comme amoureux de la mort ; Stéphane Peyran avec son physique plébéien, ses bonnes joues, paraît au début être un Octave improbable, qui incline vers le truculent. L’alcoolisme du personnage est visiblement une clé de lecture pour l’acteur-metteur en scène. Pourquoi pas ? La gravité qui l’envahit face à ses responsabilités est d’autant plus surprenante, et il nous émeut réellement à la fin de la pièce.

On peut faire des réserves sur le spectacle, qui est encore un peu vert et deviendra certainement plus nerveux. Le rythme est un peu languissant : les changement d’accessoires sont longs, les entrées sur scène manquent de punch, ce qui peut donner l’impression d’assister à des scènes détachées, voire à des exercices d’école (on ne « sent » pas le hors-scène, si important dans cette pièce). La réserve principale est sur le personnage de Marianne, qui n’est pas bien dirigé : l’actrice joue en force, et crie trop. Dans le programme, Stéphane Peyran insiste à juste titre sur le caractère féministe de la pièce, avec cette Marianne qui se libère de la tutelle, exprime à la fois son besoin d’amour, de respect et d’autonomie, mais il n’a pas réussi à donner une vérité au personnage. Il est vrai que le rôle de Marianne est très difficile, car le personnage est instable, évolutif et mystérieux, mais peut-être faudrait-il un autre Octave pour que les revirements de Marianne soient plus crédibles. Stéphane Peyran a mieux réussi la relation Octave/Coelio que la relation Marianne/Octave.

Avec leurs imperfections, ces Caprices sont néanmoins un spectacle de bonne tenue, porté par une troupe solide (Axel Blind et Gil Geisweiller dessinent bien leurs personnages, Colette Teissèdre est une mère belle et digne) et qui devrait se bonifier au fil des représentations.

Stéphane Peyran nous donne accès au désespoir funèbre de Musset, et cela touche. ♥  



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