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Anarchy in the US

Par Suzybishop @DLACDI

Pixies - Where is my Mind (Fight Club Soundtrack) HQ

" Quoi, t'as un blog de ciné et tu te dis cinéphile et t'as jamais vu Fight Club (+ Matrix + Titanic + tout ce que vous voulez) ? " Phrase éternelle qui rythme ma vie au quotidien dès qu'on parle cinoche. Oui j'ai un blog de ciné, mais je n'ai rien vu et je n'y connais rien. Oui, j'ai jamais vu Star Wars, oui j'ai un Hitchcock chez moi qui traîne et que je n'ai toujours pas vu, oui c'est mal et vous voulez m'étrangler quand vous lisez ces lignes. Mais je m'en fiche, je suis cinéphile. Phile, c'est aimer, en grec. Donc oui, j'aime le cinéma. Et s'il faut connaître pour aimer, elle doit être bien triste la vie. Et parce que j'aime, j'apprends tous les jours. Ca serait trop facile si on savait tout dès le début. 

Oui, j'ai enfin vu Fight Club de David Fincher, et ma vie est changée, c'est vrai. Je vais pas vous essayer de vous convaincre que ce film est génial, parce que vous le savez depuis 16 ans maintenant ( oui, j'ai pas vu ce film à mes 3 ans, ça craindrait un peu sinon )  et vous êtes sûrement mieux placés pour pouvoir le dire. Mais je vais vous en parler quand même, parce que j'ai a-do-ré, voilà. Et parce que je vais vous introduire ma passion n°2 après le voyage : la folie. On a tous des passions louches, voilà la mienne. Parce que " je est un autre " comme dirait ce vieux Rimbaud. 

Anarchy in the US

Mais quand même, ça parle de quoi ? 

Le narrateur, sans identité précise, vit seul, travaille seul, dort seul, mange seul ses plateaux-repas pour une personne comme beaucoup d'autres personnes seules qui connaissent la misère humaine, morale et sexuelle. C'est pourquoi il va devenir membre du Fight club, un lieu clandestin ou il va pouvoir retrouver sa virilité, l'échange et la communication. Ce club est dirigé par Tyler Durden, une sorte d'anarchiste entre gourou et philosophe qui prêche l'amour de son prochain.

Complètement dingue ce film. Avec sa couleur jaune-verte qui nous tire déjà dans son monde glauque, sale et bizarre. Y'a presqu'un moment où on aimerait redonner de la couleur et  nettoyer toute la crasse. Ca respire la sueur, le sang, la poussière. Curieux paradoxe pour un film où les protagonistes font du savon. Même le savon est sale. 

Anarchy in the US

La personnage principal, quand on le rencontre n'a pas de nom. Il est seul, il vit une vie paisible, et pénible. Métro-boulot-insomnie. Il est tout seul, et il semble coincé dans sa solitude. La seule manière pour lui de s'en sortir, c'est de devenir un " ikea boy " : la marque devient un adjectif pour décrire un homme. L'homme devient alors une marque, et vit à travers ses meubles designs que tout le monde a et qui semblent bizarrement être ses seuls amis, les seules choses qui valent quelque choses à ses yeux. La seule manière de pouvoir échapper à son horrible solitude, c'est d'aller voir des gens souffrir physiquement. Aller dans les clubs qui réunissent des mourants qui se confient presque pour la dernière fois. La seule manière pour lui de vivre avec les autres, c'est par la souffrance. Voir les autres souffrir, la meilleure manière pour lui de vivre en communauté. 

Jusqu'à ce qu'il rencontre Tyler Durden, drôle de type avec la même valise que notre personnage. Projectionniste dans un cinéma, qui s'éclate à passer des images subliminales porno dans les cinéma tout public. Un type cool, avec des lunettes et des chemises sympas à tendance anarchiste qui va embarquer notre personnage dans une nouvelle quête spirituelle. Qui va lui montrer que la société de consommation, c'est l'enfer. Va lui montrer que notre "ikea boy " est d'abord un boy, que ses meubles sont des cendres. Tyler, c'est l'anarchiste anti-capitalisme, libéralisme et tout ce qui finit en isme qui cherche à montrer au monde entier qu'il se cache derrière la consommation. Alors tous les deux décident de créer un Fight Club, qui veut bien dire ce qu'il veut dire : les boys deviennent des mâles virils qui transpirent et qui saignent. C'est le retour à l'état sauvage, à l'animal. Mais des animaux sociaux, car le club a des règles à respecter. Car quand ces hommes se réunissent, ils enlèvent leur costume, leur chemise, ce qui faisait d'eux des travailleurs. Maintenant, ils sont animaux. Vivre, c'est le ressentir au coeur de la chair. C'est saigner, se prendre des bleus, perdre une dent, se casser le dos. C'est sentir qu'on est de la chair, qu'elle vit. Que les meubles eux, doivent brûler. Que l'argent doit exploser. Que les voitures doivent être cassées. Mort au capitalisme. 

Anarchy in the US

Même l'homme est recyclable. Les femmes enlèvent leur graisse pour rentrer dans le moule. C'est donc naturellement qu'on moule cette graisse pour en faire du savon réutilisé par ces mêmes femmes. Et en plus, paraît que c'est super efficace. Mais Marla. Marla, c'est cette créature bizarre enveloppée dans un cercle de fumée. Obligée de s'intoxiquer pour vivre. Elle se sent vivre quand elle se perd dans la mort. Tyler, notre personnage et elle forme un étrange triangle amoureux. Tous les trois, figures désenchantées d'un monde dans lequel ils ne parviennent à trouver leur place naturelle. Jusqu'à ce que tout se confonde. Les images subliminales nous annoncent déjà quelque chose. Quelqu'un nous manipule. Et le manipule. 

Je est un autre, car celui qui se croit unique trouve sa singularité dans un égo alternatif. Une sorte de gourou manipulateur, qui nous demande, au même titre qu'une image subliminale, si tout n'est pas que pure hallucination. Celui que l'on croyait seul se dédouble soudainement et se perd. Qui rêve d'un autre moi meilleur, plus fort, capable d'affronter ce monde pourri matérialiste. Ce qui est génial et effrayant en même temps, c'est que cette schizophrénie n'est rien d'autre qu'un symptôme d'une société malade où tout s'achète, même la vie, même le corps. Pour y remédier, il faut tout foutre en l'air, tout fait brûler, tout exploser. Mais la société malade nous entraîne dans un autre vice : l'excès. Cet excès du tout devient alors vite incontrôlable. A force d'avoir voulu consommer encore encore encore et encore, le moi alternatif veut détruire, détruire et détruire. Logique. Jusqu'à vouloir s'en débarasser, car tout devient trop dangereux. Que l'autre moi est ailleurs et qu'il faut le retrouver, car c'est le plus important, car le plus vrai, et le plus vivant. 

Anarchy in the US

C'est crade, c'est sale, ça saigne de partout, mais c'est génial. C'est notre monde et ses symptômes désastreux. Tout est dit, et c'est déjà trop. Paradoxal de parler de quelque chose d'interdit. Mais qu'il faut voir parce que c'est vraiment génial. Et ultra méga culte. 


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