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La bete humaine - 7/10

Par Aelezig

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Un film de Jean Renoir (1938 - France) avec Jean Gabin, Simone Simon, Fernand Ledoux, Julien Carette

Moins bien que le roman !

L'histoire : Fin des années 30. Jacques Lantier est conducteur de locomotive. C'est un homme solitaire, apprécié par ses camarades, complètement passionné par son métier. On ne lui connaît pas de petite amie. Il dit ne pas vouloir s'embarraser d'une épouse ; son boulot lui suffit. Alors qu'il est bloqué à la gare du Havre, pendant qu'on fait des réparations sur son engin, il en profite pour aller voir sa marraine. Dans le train, il remarque l'étrange manège d'un couple... et comprend que ce sont eux qui ont assassiné l'homme qu'on retrouve poignardé lors de l'arrivée en gare. Mais sous le charme de la jeune femme, qui l'a supplié par un regard de faire comme s'il ne les avait pas vus dans ce wagon, il ne dit rien à la police qui l'interroge. Mais tombe éperdument amoureux...

Mon avis : La bête humaine est un des plus magnifiques romans de Zola et cette adaptation au cinéma m'a beaucoup plu. A force de voir des navets creux et insipides contemporains, j'aime de plus en plus me plonger dans le ciné d'autrefois et Arte nous y emmène souvent. C'était le cas hier soir.

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J'ai été accrochée de bout en bout. C'est une histoire follement romanesque, tragique, avec le parallèle constant entre le héros et sa machine : même puissance sauvage incontrôlée, même douceur quand elle est maniée avec délicatesse. Jean Gabin est formidable, quelle classe ! Et la jolie Simone, que je ne connaissais pas du tout, est vraiment adorable : un mélange entre Marion Cotillard et Rihanna. Quel charme ravageur !

Mais j'ai trouvé le film moins intéressant que le roman, qui est foisonnant et qui explique beaucoup mieux la psychologie des personnages. Dans le film, on ne comprend pas très bien les "crises" qui prennent - par deux fois seulement - Lantier ; l'historique et le vécu sont très survolés, et les rôles de sa marraine et de Flore presque effacés. Idem pour le couple chef de gare / Séverine, bien plus attachant dans le livre ; il est fou amoureux de sa femme, elle est désoeuvrée, un peu frivole, très "terrienne" ; et ils n'ont pas cette différence d'âge. Idem pour la romance entre Lantier et Séverine, que je ne trouve pas si crédible que ça...

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Tout ça manque de passion, et d'historique, de "fond", pour les diverses manifestations qu'elle prend. Peut-être que le fait d'avoir transposé l'histoire aux années 30 modifie la donne... Les femmes ne réagissaient plus tout à fait de la même façon, elles ont vécu plusieurs guerres, plusieurs soubresauts et révolutions, et ont commencé à s'émanciper ; ce n'est pas le cas dans les romans de Zola. Je n'ai pas bien reconnu Séverine, par exemple, trop "moderne", moins fatale, moins manipulatrice, moins "enfantine" aussi... car les femmes d'autrefois jouaient les soumises et les enfants pour arriver à leurs fins, n'ayant guère d'autres moyens à leur disposition.

Le titre de Zola est évocateur : la bête humaine, c'est d'abord la locomotive, en métaphore ; mais on s'aperçoit au cours de l'histoire que si la machine est si perfectionnée qu'elle en devient humaine, l'inverse est vrai : l'homme peut devenir sauvage. Lantier, Roubaud, et Séverine en sont des exemples et Zola va loin dans la peinture des caractères. C'est ce qui fait défaut au film, je trouve.

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Mais c'est quand même vachement bien, et je vais illico presto ressortir La bête humaine de ma bibliothèque pour le relire ! Et j'invite ceux qui ne sont pas réfractaires à la littérature du XIXe de faire de même ; c'est un de mes livres préférés. Jacques Lantier est un des personnages de la grande saga des Rougon Macquart, qui compte 20 romans ; il est le fils de Gervaise, et le frère d'Etienne, dans Germinal.


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