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Suite Française, d'Irène Némirovsky

Publié le 13 mars 2015 par Clarabel

Suite française

« Suite française » réunit les deux premiers romans d’une série qu’Irène Némirovsky souhaitait écrire sur la guerre : Tempête en juin et Dolce. Arrêtée en juillet 1942, elle trouvera la mort à Auschwitz et laissera une œuvre inachevée. C'est seulement dans les années 2000 que le public aura connaissance du destin tragique et du talent de cette romancière grâce à la réédition de ses livres (pour info, elle obtiendra le Prix Renaudot à titre posthume pour Suite Française).
L'histoire s'ouvre sur l'exode de milliers de français, en juin 40, avec Paris menacé par les bombes et l'invasion allemande. On suit une famille bourgeoise, les Péricand, un écrivain bouffi d'orgueil, Gabriel Corte, et Florence, sa maîtresse, deux employés de banque, les Michaud, et leur directeur, M. Corbin, un vieux radin amoureux de ses porcelaines, Charles Langelet ... Tous vont se jeter sur les routes, empaquetant leurs richesses, oubliant les aïeuls, volant des paniers en osier ou de l'essence pour poursuivre leur fuite en avant.
Puis, l'histoire bascule dans un autre climat : nous sommes dans la petite ville de Bussy, occupée par les allemands. La vieille Mme Angellier et sa bru, Lucile, voient un officier prendre ses quartiers dans leur maison. Cet homme, calme et silencieux, ne cache pas sa fascination pour la jeune femme, elle-même troublée par les manières polies et érudites de cet inconnu, mais consciente de son uniforme vert, elle s'interdit toute proximité. C'est d'ailleurs de cette partie du livre que le film réalisé par Saul Dibb s'est librement inspiré  (cf. la bande-annonce).
Il y a une grande part de frustration à l'idée de commencer cette saga dont on ne saura jamais la fin, mais ce serait dommage de se priver d'un tel plaisir. Après, libre d'imaginer de folles hypothèses sur la tournure qu'aurait pu prendre le récit... Toujours est-il que Suite Française a révélé un auteur de haute volée, possédant une écriture stylée et n'hésitant pas afficher son sens de l'ironie et un humour caustique dans la peinture de son époque, qu'on aperçoit dans Tempête en juin, et sa mise à nu de la face sombre des français.
Dolce a surenchéri, brossant les mœurs d'une petite ville, alors que sa population doit cohabiter avec les occupants. Même si les personnages de la 1ère partie m'ont beaucoup manqué, j'ai fini par m'attacher aux nouveaux visages et à l'histoire d'amour interdit entre l'allemand et la jolie châtelaine. De plus, le destin tragique d'I. Némirovsky contribue insidieusement à considérer cette lecture à part et à en apprécier la valeur au-delà du jugement littéraire. Le livre n'en demeure pas moins une fresque romanesque passionnante, un drame romantique qui fait chavirer le cœur. 

C'est beau et poignant, avec un charme vintage et raffiné, tout comme j'aime. J'ai eu parfois du mal à me familiariser avec la voix de Dominique Reymond, très solennelle, au point de rendre une lecture hyper guindée et rigoureuse, mais elle sonne impeccable dès qu'on appréhende davantage le climat du livre et son sort funeste.

Audiolib, février 2015 ♦ texte intégral lu par Dominique Reymond (durée : 13h 50)

              ► Au cinéma le 1er avril 

Suite française FILM


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