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Déboutonner la mode

Publié le 24 mars 2015 par Pralinerie @Pralinerie
Mes sorties entre copines, j'aime les faire au musée des Arts Décoratifs. S'il n'y a pas d'expos, les collections permanentes sont d'une telle richesse que nous nous épuisons avant elles. S'il y a des expos, l'une d'elles est généralement susceptible de nous intéresser.

C'est avec curiosité que nous avons découvert "Déboutonner la mode". Nous avions peur de nous retrouver face à face avec les milliers de boutons de Loïc Allio, sans dessus-dessous, un puzzle ou un memory de la boutonnière. Heureusement, il n'en fut rien ! 

Déboutonner la mode

Boutons révolutionnaires

L'expo suit un déroulement chronologique, du XVIIIe siècle à nos jours. Attention, vous ne trouverez pas les petits boutons en forme de coccinelle ou d'éléphant de votre enfance mais plutôt des boutons de la Haute couture. 

Coquillage Camée in Déboutonner la mode

Un coquillage façon camée


Tout commence de façon très pédagogique avec une présentation des matériaux qui peuvent composer le bouton. Chaque matériau ou technique est représenté par un objet qui le caractérise : un plat pour la céramique, un jouet pour le plastique, des bijoux pour le jais... et un incroyable coquillage pour le camée. L'occasion également de découvrir une technique oubliée, le compigné. Elle tire son nom de Thomas Compigné, tabletier du XVIIIe siècle, qui réalisait de charmantes et précieuses miniatures sur étain. Un travail de précision ! Puis l'on rentre dans l'histoire du bouton avec les habits du XVIIIe siècle. Exclusivement réservé à l'homme, le bouton est signe de distinction sociale. Il n'est pas toujours utile (boutonnières factices) et se cache dans le dos, dans la poche, sur les manches. Le nombre standard au XVIIIe siècle ? 18 boutons. Réalisé en matières plus ou moins précieuses, par des corps de métiers bien spécifiques selon qu'il est d'or, d'ivoire, d'émail, etc., le bouton est un objet de luxe, à tel point que des lois somptuaires tendent à limiter son usage. On découvre alors avec délices des boutons bien particuliers : les boutons à rébus, messagers d'amour et de libertinage, ou des boutons à message politique (pendant la Révolution) voire utilisés comme herbiers : boutons à la Buffon. Avec un tel ancrage dans l'actualité, ils ne peuvent que se démoder rapidement ! 

Boutons à la Buffon in Déboutonner la mode

Gilet de satin et velours avec ses boutons révolutionnaires à la Buffon, contenant de minuscules vivariums 

   Et le bouton sur le vêtement féminin ? C'est plutôt vers le milieu du XIXe siècle qu'il s'y fraye une place. Mais il est bientôt partout. Les bottines, les gants, les corsets, les jupes, les manteaux... Même s'il reste plus discret que le bouton masculin. Et semble perdre son côté prestigieux à la fin du XIXe siècle avec une production industrielle en plein essor. Bien entendu, le bouton de luxe existe toujours, il suffit de jeter un œil aux petites merveilles que sont les boutons Art Nouveau. 

Manteau Chanel in Déboutonner la mode

Manteau Chanel, hiver 1969

La seconde partie du parcours s'intéresse au bouton dans la Haute couture depuis le début du XXe siècle. Cette partie m'a semblé moins dingue. Les créations de certains paruriers pour les couturiers tiennent parfois de l'oeuvre d'art mais c'est plutôt l'usage et le placement des boutons qui m'a intéressé ici. Et il est assez rarement novateur. Je retiendrai toutefois un manteau Chanel couvert de boutons et un usage très précieux du bouton par Lagarfeld. Car n'est il pas vrai, comme le dit Yves Saint Laurent, que le "bouton est comme le bijou du vêtement" ? 
L'ensemble se clôt sur la création de boutons par des artistes contemporains... Une salle que j'ai moins appréciée car les boutons y sont décorrélés des vêtements et présentés, non pas comme des objets d'usage, mais uniquement comme des œuvres d'art. 

Lagerfeld in Déboutonner la mode

Lagerfeld pour Chanel, 1991-92


Pour en savoir plus sur cette expo, une chouette émission sur France Culture

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