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Le lundi perdu…

Publié le 10 juin 2015 par Jacquesmercier @JacquesMercier

Chose promise… voici un deuxième extrait du roman original « La Francisque de Tournai » (Editions Luc Pire). Ce texte n’a pu prendre place dans les 144 pages obligées de la collection « Roman de Gare ». Ce passage évoque une fête traditionnelle de la ville de Tournai : le lundi perdu. Ce lundi suit le 6 janvier, par exemple l’an prochain ce sera le 11 janvier 2016. Une tradition qui remonte au 13e siècle ! Et le héros de mon roman policier, Daniel, y assiste avec des amis. Cela se passe rue de l’Ecorcherie, rue choisie car c’est dans cette rue que mon ami Salvatore Adamo encore étudiant en journalisme, comme moi, louait une chambre. (Il me la prêtait parfois le WE quand je n’avais plus de transport en commun pour rentrer à Mouscron, et que j’avais traîné avec ma « fiancée »…)

(Je vous rappelle la promenade du dernier dimanche d’août – voir dans le texte précédent!)

Bonne lecture…

L’étrange « Lundi perdu » – « perdu » parce que jour où on ne travaille pas -, qu’il a vécu chez des inconnus, lui revient une nouvelle fois à l’esprit.

Il suit le quai des Saline sur le plan qu’il a griffonné et frappe le heurtoir de cette maison ancienne de la rue de l’Ēcorcherie. Ce nom est lié dans son esprit à la peau du lapin. Il boira plus que de raison, mais il est vrai qu’il tire au sort le rôle de « verseur » ! Étant le plus jeune et le dernier arrivant, il n’a plus le choix. Avant lui, les fêtards ont déjà commencé à tirer au sort les billets, des vignettes gravées sur le bois, et qui attribuent les rôles. Le Roi de la fête est un immense gaillard barbu, un Musicien lance les chants, une Cuisinière prépare le plat traditionnel, un lapin à la moutarde, aux pruneaux et aux raisins. Il est accueilli par le Portier, son copain, et un Valet annonce à tout bout de champ « Le Roi boit » invitant toute l’assemblée à faire de même. Ils sont une vingtaine à chanter et à boire : « J’vous assur’ qu’in ville, / L’lundi parjuré, / Ch’est dins chaqu’famille / Ein jour bin d’siré ! » Certains sont en couple, d’autres sans doute pas encore. Sa voisine se présente et l’embrasse d’emblée trois fois sur les joues.

– Tu remplis mon verre, le Verseur ? Daniel, c’est ça ? Le petit Daniel ?

Il se sent rougir, mais acquiesce. Son copain a déjà parlé de lui.

– Appelle-moi Minouche, dit-elle. Je suis l’Écuyère.

Elle porte une jolie tresse de cheveux châtains clairs. Sous sa robe légère, il devine la forme de sa poitrine. Il se laisse griser par l’ambiance.

– Je te donnerai le morceau que tu désires ? La cuisse ? dit-elle avec un sourire enjôleur. C’est mon travail aujourd’hui, découper le lapin !

Alors, il verse le vin et fait le tour de la table avant de revenir près de Minouche. Elle a un long cou pâle et nu de tout collier. L’image de sa tête posée sur un billot lui traverse l’esprit ainsi que la hache qu’il choisirait dans sa collection : un fendoir ! Un grand haaaaa ! salue le plat de saucisses et le grand compotier qu’on dépose au centre de la table.

– J’ai faim, pas toi ? dit Minouche sans attendre sa réponse. Je te sers ? Donne ton assiette !

Il se sent bien finalement. Il va ouvrir une nouvelle bouteille de vin dans la cuisine, où le désordre est total.

– On va jurer d’oublier tous nos soucis, oui ?

Il entend le Roi faire allusion au terme « lundi parjuré », synonyme du lundi perdu. Lorsqu’il revient dans la salle à manger, le Musicien lance « Chevaliers de la Table ronde, goûtons voir si le vin est bon ! » Tout le monde chante à sa suite : « Goûtons voir, oui, oui, oui ! Goûtons voir non, non, non ! Goûtons voir si le vin est bon… S’il est bon, s’il est agréable, j’en boirai jusqu’à mon plaisir ». Minouche lui caresse le dos de la main. Il frissonne. Le reste de la fête est flou dans sa mémoire. Oui, le lapin et les cris : « C’est pas un cat, pas un chat ! » Il croit n’avoir pas même mangé de la galette et ne semble pas avoir poursuivi le flirt avec Minouche. Il y a une bagarre à propos du Suisse, un rougeaud qui doit vider les verres des autres. Comment est-il rentré ? Mystère !

(Photo chez Decallonne sur la Grand-Place de Tournai, avec son aimable patron à gauche, pour le lancement du roman et discussion avec Rudy Demotte, bourgmestre relax de Tournai et par ailleurs Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles)

decalonne rudy 1 nov 14



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