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Quand la transformation digitale rencontre la philosophie - Marketing & Innovation

Publié le 11 juin 2015 par Yann Gourvennec @ygourven

Le questionnement de l’évolution de l’espèce humaine a souvent suscité à la fois la fascination et l’angoisse. C’est cette angoisse qui a souvent été mise en avant dans notre culture, notamment dans le cinéma, exploitant les dangers inhérents de l’époque : le nucléaire dans la planète des singes de 1968, les changements climatiques dans Interstellar, l’intelligence artificielle dans la trilogie Matrix... C’est souvent d’un point de vue négatif que l’on aborde ce futur car comme toute espèce, l’homme est amené soit à disparaître, soit à évoluer. Ce sont deux hypothèses qu’aborde Pierre Calmard, CEO de iProspect France, dans son livre L’homme à venir, aux éditions Télémaque. Choisissant la seconde hypothèse (celle de l’évolution) il y décrit une mutation progressive de l’homme grâce aux évolutions technologiques. Cette mutation est-elle une réalité qui nous guette ou un fantasme de scénariste hollywoodien ? Voici le point de vue de Pierre Calmard.

Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce livre ?

C’est une réconciliation avec la philosophie. Cela fait 15 ans que je dirige des agences digitales, c’est un métier que j’adore et dans lequel j’apprends plein de choses, c’est un monde passionnant qui bouge beaucoup.

L'évolution exponentielle des technologies risque de changer le paysage que nous connaissons dans les années à venir

La technologie progresse à une vitesse exponentielle, et risque de changer le paysage que nous connaissons dans les années à venir

Je me suis toujours intéressé à la philosophie. J’étudiais la philo au départ, espérant devenir professeur, et je continue à m’y intéresser aujourd’hui. Ce qui m’intéresse dans le digital aujourd’hui, c’est que nous sommes dans un monde qui est en train de changer profondément l’être humain. J‘ai de la chance vu que les vieux philosophe ne connaissaient pas le monde digital. Par exemple, Platon et Nietzche n’avait aucune idée du monde tel qu’il est aujourd’hui, cela m’a donc paru intéressant de confronter la transformation digitale du monde, des entreprises, de l’économie mais aussi de ce qui fait l’être humain, avec la philo, et se poser de vraies questions telles que l’avenir de la liberté, du bonheur pour nous, nos enfants, et nos descendants.

Cet homme du passé, fait penser au livre de Joël de Rosnay, l’Homme Symbiotique, paru dans les années 95. Il décrivait déjà une sorte de surhomme capable d’aller au-delà de ce que sait faire un Homme. Et dans votre livre, vous allez bien au-delà de la symbiose. Vous êtes passé dans le monde du surhomme et de l’intelligence artificielle. Pouvez-vous nous décrire cet avenir radieux ?

Les technologies et la digitalisation du monde vont si vite que nous pouvons imaginer que demain, la notion d’individu évolue considérablement. D’où l’hyper individualité citée dans le livre, qui sera, demain, un être qui aura un cerveau augmenté avec une intelligence complémentaire au pauvre cerveau humain. C’est un individu qui aura un corps différent, augmenté voire même plus de corps du tout. Car nous pouvons imaginer que la totalité de la personnalité soit transférée dans des machines ou dans un réseau et ne soit que finalement une suite de 0 et de 1. C’est pour cela que nous parlons de plus en plus de potentiel d’immortalité pour les individus de demain.

Ce n’est pas pour demain, mais quand nous voyons la vitesse avec laquelle les technologies évoluent, nous pouvons l’imaginer dans un horizon de quelques siècles.

Ce sont les fameuses théories de Kurzweil, c’est un peu effrayant ce monde dans lequel vous voulez nous faire vivre.

Il y a un côté effrayant et anxiogène, mais c’est le cas de chaque espèce qui disparaît. Les grecs, les mayas, les romains, les tyrannosaures… personne n’a jamais imaginé sa propre disparition. C’est intéressant d’un point de vue humain d’imaginer sa propre disparition, qui est obligatoire et programmé, car nous allons évoluer. Ces fameuses machines pensantes ne sont pas tout d’un coup des Deus Ex Machina qui viendront pour nous éradiquer, comme dans les films de science fiction des années 50. C’est notre production, nos descendants. Les générations à venir vont les digérer, rentrer en synthèse, pour arriver à une espèce de fusion Homme-Machine qui donnera quelque chose de nouveau. Dans mon sens, il ne faut pas avoir peur, il faut en accepter l’idée. Nous sommes dans un monde où nous avons la chance de pouvoir donner les contours, la forme de cet homme à venir, qui sera très différent de nous.

Kurt Vonnegut a écrit Player Piano en 1952 : il y décrit un monde post-intelligence artificielle, où l’homme est devenu inutile. Il n’y a plus besoin de travailler car les machines le font beaucoup mieux que lui, il finit donc étranger d’une société qu’il a lui même créée. Ici, il y a plus une histoire symbiotique entre l’homme et la machine. Pourquoi l’être humain ne disparaitrait t-il pas ? Comme dit Stephen Hawking, l’avènement de l’intelligence artificielle signale-t-il la fin de l’homme ?

Il faut remettre les choses dans un contexte beaucoup plus large. Nous pouvons très bien dire que nous avons connu la fin de l’australopithèque, il est difficile d’en croiser dans le métro de nos jours.

Nous ne parlons pas d’un être sorti de nul part qui viendrait nous éradiquer en tant qu’espèce. Ce sont nos descendants, notre avenir, qui nous contemplent, dont nous commençons à percevoir les contours. C’est en cela qu’il ne faut pas avoir peur, je comprends qu’aujourd’hui nous ayons cette inquiétude vu que tout le monde sait qu’inéluctablement, nous sommes à un moment charnière où en tant que tel, nous allons disparaître. Les 2 hypothèses sont plausibles :

l’hypothèse A consiste à dire que l’humanité va disparaître dans son entièreté (provoqué par une mauvaise maitrise du climat, de l’énergie, voire une autodestruction).

l’hypothèse B, elle est de dire que nous allons simplement évoluer pour donner naissance à quelque chose d’autre. L’être humain tel qu’il est aujourd’hui n’est que l’australopithèque de l’homme à venir.

Effectivement, l‘homme peut disparaître, entraînant avec lui ses travers et les mauvais éléments qui ont malheureusement parsemés le 20ème siècle, et qui ont rivalisés d’ingéniosité pour tuer le maximum de nos compatriotes. Ceci étant, est ce qu’il ne faut pas non plus avoir une vision positive et optimiste du monde ?

J’ai une vision très optimiste car je me place dans l’hypothèse B. Je me dis qu’il y aura une descendance, et qu’il est nécessaire de faire l’effort d’aller vers elle. J’entends par là maitriser au mieux l’avènement de ce que sera demain, des êtres nouveaux. Voilà pourquoi je développe un concept de réévolution, dans le livre. Cela traduit une sorte de révolte individuelle positive pour apprendre à vivre dans ce monde, et apprendre à nos enfants à grandir dans ce monde digitalisé, afin de nous projeter dans un monde que nous allons mieux appréhender, mieux maitriser.  C’est un enjeu essentiel. Il y aura une partie de l’humanité qui disparaitra corps et bien, et l’autre partie doit essayer de se projeter vers quelque chose de positif.

Souvent, nous considérons que l’extraterrestre ou la machine pensante est là pour détruire l’espèce humaine et nous éliminer à coups de sabres laser. La réalité n’est pas forcément celle-ci.

Je suis étonné de voir que dans la science fiction, il y a assez peu d’espèces ou d’éléments extérieurs bienveillants. Pourquoi l’intelligence artificielle, celle que nous avons contribué à créer pour demain, serait forcément destructrice pour nous ? Pourquoi serait t-elle moins bienveillante ou moins empathique que nous ? Si nous sommes suffisamment intelligent, nous donnerons peut être naissance à un être bien empathique, plus bienveillant, qui nous permettra d’évoluer de façon positive.

Comment expliquer cette éminence du personnage maléfique dans la science fiction, ou la pré science fiction, comme Frankenstein, les Morlocks, l’Homme Invisible… Nous avons toujours vu l’avenir de l’homme comme un sorte D’Armageddon, pourquoi ? Quels messages pouvons-nous faire passer à nos clients dubitatifs à propos de la transformation digitale, afin de les rassurer face à l’avenir de la technologie ?

Notre inconscient collectif est peuplé de Morlocks, de descendants qui ne sont en fait qu’une régression. C’est un élément intéressant, c’est un réflexe d’espèces, qui au moment de sa disparition annoncée, se replonge dans le passé (le retour au produits bio, au terroir, vers ce que nous maitrisons). Et notamment dans notre société, car nous sommes une « société de vieux » en Europe, aujourd’hui.

Pour moi, ceci n’est qu’un feu de paille, car l’histoire ne fait jamais de retour en arrière, elle ne fait qu‘avancer.

Nous sommes aujourd’hui dans un monde où nous avons ce paradoxe, où il y a une crainte de l’avenir qui est vraiment génétique et en même temps, un optimisme sur l’avenir pour ceux qui apprennent à vivre dans un monde nouveau et qui sont ouverts à des choses novatrices.

Cependant, il ne faut pas faire d’angélisme, je crois que ce qui sont étonnants du transhumanisme, comme Kurzweil par exemple, risque de commettre une lourde erreur car la technologie a aussi ramené du négatif comme le nucléaire, qui a su démontrer avec Hiroshima ou Fukushima, qu’elle peut avoir des effets dévastateurs malgré ses nombreux effets positifs.

Nous pouvons aussi être optimiste et constater que l’histoire de l’univers n’a ramené que de plus en plus de complexité.

A quand la fin de l’espèce humaine ?

Les transhumanistes disent que la fusion homme-machine sera pour la moitié du 21e siècle. Ça sera les premières expérimentations. De mon avis, l’hyper accélération de l’histoire est incroyable. Je dirais 3 siècles, dans 300 ans nous aurons un être très hybride, et dans 700 ans nous serons passé à autre chose…

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Andy Malunda

Assistant Web Marketing chez Visionary MarketingAndy est Assistant Web Marketing chez Visionary Marketing. Il s'occupe de la redaction d'articles, mais aussi de la réalisation de vidéos pour le compte Youtube de Visionary Marketing. Andy Malunda Follow me ;)

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Quand la transformation digitale rencontre la philosophie was last modified: juin 11th, 2015 by Andy Malunda

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