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Tiens, voilà la Faustin!

Publié le 11 juin 2015 par Frontere
Tiens, voilà la Faustin!(Edmond de Goncourt par Nadar)

Le monde du théâtre, ses rites et ses mœurs, tel est l'argument de La Faustin, une œuvre d'Edmond de Goncourt parue en 1882 mais où s'annonce déjà, à bien des égards, l'esprit fin-de-siècle.

Juliette, dite la Faustin, est une tragédienne saisie par l'auteur au moment où elle s'apprête à jouer Phèdre de Racine, un rôle de sept cents vers. Comme souvent dans ce milieu, elle a un protecteur, Blancheron - il assure les fins de mois et le train de vie de l'actrice-, et une sœur qui répond au sobriquet de Bonne-Ame, une petite grisette. Chez la Faustin, c'est le défilé permanent, il nous vaut des croquis pris sur le vif : obligés, admirateurs, gazetiers, raseurs... Car l'œuvre n'est pas vraiment un roman, genre en crise à la fin du XIX e siècle, l'intrigue ici reste mince.

Autrefois amoureuse, Juliette voit revenir son ancien amant anglais qui vient d'être anobli. Ils vont s'évader très vite du maelstrom de la vie parisienne pour s'enfuir près des douceurs du lac de Constance. Là, la tragédienne comprend qu'elle risque de n'avoir guère le choix, elle devra abandonner le théâtre ; le mariage que Lord William lui a proposé ne saurait être compatible avec la poursuite d'une carrière sur les planches. C'est la femme qu'il aime, pas l'actrice. Elle doit se décider rapidement, une rivale pourrait surgir, et le lord est bel homme : " Il a la tête d'un de ces jolis professeurs de langues étrangères, qui troublent le sommeil des pensionnats de demoiselles ". Le théâtre ou l'hôtel de ville, un vrai dilemme !

D'autant qu'Edmond de Goncourt a pris soin de nous montrer dans un premier temps la passion de la Faustin pour son métier, elle s'exprime par la diction et le jeu de l'actrice, mais aussi par sa gestuelle qui rejoint : " Un besoin de libertinage faisant en quelque sorte partie de son génie ". La Faustin est prisonnière de ses sens qu'elle ne maîtrise pas, quand le corps est tordu par les spasmes du désir, d'où l'épisode de sa visite à un maître d'armes à qui elle a la tentation de s'offrir sans détour. Edmond de Goncourt souligne également le souci qu'elle a de s'inscrire dans une tradition, la continuité d'une litanie d'actrices renommées : la Lecouvreur, Mademoiselle Mars, Rachel, un vrai défi à relever pour Juliette. Mais pour son créateur, le modèle n'est rien de moins que Sarah Bernhard, à l'époque de la publication du livre elle attire encore les foules, à l'orée de la quarantaine on pressent qu'elle aura bientôt la flamboyance des automnes d'Amérique du nord.

Le tout est raconté avec brio, et parfois enflure. Conformément à l'esthétique des frères Goncourt contenue dans l'affirmation d'une écriture artiste, Edmond recherche le raffinement : chez lui les compliments sont melliflues, la face d'un personnage jordanesque, le brouillard matutineux. Deux ans plus tard à peine sera publié de J-K. Huysmans, le portrait d'un dandy décadent, un archétype. On se plaît alors à imaginer ce personnage sophistiqué d'allure et d'esprit, des Esseintes, croisant près du Théâtre français la belle actrice et s'écrier sur un ton de fausset : " Tiens, voilà la Faustin ! ".

Edmond de Goncourt, La Faustin, Babel, 7 € 70

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Tiens, voilà la Faustin!

À propos de mfrontere

Auteur " Ce que le passé nous réserve ", éditions Portaparole, Rome, mars 2015, 14 €

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