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La Loi du Marché (L'armée de réserve du capitalisme)

Publié le 12 juin 2015 par Olivier Walmacq

la loi du marché

genre: drame
année: 2015
durée: 1h24

l'histoire : À 51 ans, après 20 mois de chômage, Thierry commence un nouveau travail qui le met bientôt face à un dilemme moral. Pour garder son emploi, peut-il tout accepter ? 

La critique :

Superbe Vincent Lindon. Depuis plus de vingt ans maintenant, l'acteur a varié ses rôles au cinéma, mais s'est surtout spécialié dans les films sociaux et engagés. On se souvient notamment de lui dans La Crise (1992), Ma petite entreprise (1999), Chaos (2001), ou encore Welcome (2009). Comme une évidence... 23 ans après La Crise intérieure proposée par Coline Serreau (sans doute le meilleur film de la réalisatrice...), Vincent Lindon se retrouve à nouveau dans une situation de précarité, à la fois sociale et morale.
Bienvenue dans La Loi du Marché, actuellement dans les salles de cinéma, et réalisé par Stéphane Brizé ! Présenté en sélection officielle du dernier festival de Cannes, La Loi du Marché fait désormais partie des grandes fiertés du cinéma français.

En effet, pour son rôle, Vincent Lindon a remporté le prix d'interprétation masculine. Quant à Stéphane Brizé, le réalisateur n'est pas spécialement connu du grand public. Pourtant, la carrière du cinéaste commence en 1993 avec un court-métrage, Bleu Dommage. La Loi du Marché lui permet d'asseoir sa notoriété. Désormais, Stéphane Brizé est convié dans la grande cour cannoise parmi la haute bourgeoisie triomphante. Plus qu'un paradoxe, un oxymore. Celui qui prône un cinéma social et "indépendant" se retrouve dans la lumière, les paillettes, et l'opulence grandiloquente...
Mais le festival cannois apprécie les films revendicatifs, corrosifs et à caractère social. En outre, La Loi du Marché n'est pas sans rappeler les films des frères Dardenne.

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Attention, SPOILERS ! Thierry (Vincent Lindon), 51 ans, une femme au revenu modeste et un grand garçon handicapé mental à la maison, est viré de son entreprise pour cause de licenciement économique. Au bout de vingt mois de chômage et de vaine recherche d’emploi, il prend la décision d’accepter un poste de vigile dans une grande surface. Le film s'ouvre sur une séquence chez Pole Emploi.
A partir de là, le long-métrage examine au plus près le parcours de Thierry qui ressemble à un véritable chemin de croix. Stéphane Brizé ne relâche jamais son personnage principal, un quinquagénaire qui tente de rester digne et coi, dans une économie exsangue, de plus en plus folle, perverse et mercantile.

Quant à la caméra de Stéphane Brizé, elle filme Thierry de profil ou de dos comme pour marquer tout le poids et tout le fardeau qui pèsent sur ce père de famille : un fils lourdement handicapé, le chômage depuis presque vingt mois, des factures et des crédits à payer, des comptes à rendre à la banque... Ainsi, La Loi du Marché décrit un système anomique, totalement déshumanisé et pervers, qui prend à la gorge le citoyen ordinaire, le type lambda, bref le prolétaire.
Ce n'est pas un hasard si la présidente du Medef, Laurence Parisot, a accusé le film de plagiat. Comme une évidence... Qu'on le veuille ou non, La Loi du Marché dérange et interroge sur un modèle économique français, non seulement en crise, mais qui plonge à la fois les chômeurs et les travailleurs dans le marasme, la solitude et la décrépitude. 

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Pour tenter de subsister, Thierry accepte des formations inadaptées et qui n'aboutissent nulle part. Il effectue également un stage de requalification durant lequel il est morigéné, jugé, humilié, bafoué, vitupéré... La tête basse, sans voix, mais digne et d'une placidité exemplaire, Thierry encaisse tous les coups portés par le système. C'est le parcours comme un autre d'un homme touché dans son coeur et dans sa chair. Noyé dans une boucle incoercible et inexpugnable, Thierry accepte un poste de vigile dans un supermarché, un travail comme un autre... Tout du moins, en apparence...
La Loi du Marché décrit alors un univers clientéliste et consumériste. Il ne s'agit pas seulement de faire des bénéfices, mais aussi de dégager un maximum de profits, toujours dans un esprit de lucre.

Encore une fois, Thierry subit tout le poids d'un système qui marche complètement sur la tête. Il va même à l'encontre de ses convictions les plus profondes. Ainsi, le film aborde des thèmes hélas de plus en plus d'actualité dans le monde professionnel : le burn-out, la surveillance, le suicide sur le milieu de travail... A l'instar de ces caissières qui ont elles aussi leur propre fardeau, leur propre "crise" (comme le disait Coline Serreau dans son film homonyme...), Thierry fait partie de l'armée de réserve du capitalisme, de ces nouveaux pauvres annihilés par le système.
Quant à Stéphane Brizé, le réalisateur ne sombre jamais dans le romanesque. Le cinéaste opte pour un film presque documentaire qui soit le plus réaliste possible. Sur ce dernier point, il faut évidemment saluer l'immense performance de Vincent Lindon, aussi digne que son personnage, au visage émoussé mais incroyablement stoïque, à l'image de tous ces citoyens plongés dans cette perversité quotidienne... Phrase prémonitoire de Karl Marx : "Le capitalisme vaincra..."

Note: 17/20

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 Alice In Oliver


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