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Carnet de voyage i

Par Apolline Mariotte @ApollineAM

LE LONG DE L’ADRIATIQUE

II

Virpazar

Nous nous réveillons après une longue nuit de sommeil, frais et disposés à démarrer notre aventure, la vraie. Dans la salle à manger, Ivana nous sert deux tasses de thé monténégrin. Au fond de l’eau, des feuilles de thé à la menthe moulues se sont déposées, en fine poudre. Nous avalons quelques bouchées de fromage frais, curieux de découvrir les spécialités culinaires du pays.

La voiture chargée, notre facture réglée, nous montons à bord de Polo et sortons de l’agglomération. La veille, nous avions organisé ce qui allait nous servir de maison pendant notre périple : sur la banquette arrière, les petits sacs avec les vêtements du lendemain et les indispensables crème solaire, imperméable, chapeau… et nos victuailles pour la journée ; dans le coffre, la réserve de linge et de nourriture. À l’avant, les cartes, l’eau et les fruits secs. La circulation se raréfie. Les quelques voitures que nous croisons roulent vite, mais nous notons une maîtrise qui nous rassure. Nous allumons la radio ; sur Crne Gore, 96.8, la musique aux accents slaves et orientaux nous plonge rapidement dans l’atmosphère de la région. Les automobilistes allaient aussi rapidement nous plonger dans l’atmosphère de la région, s’illustrant par une manie singulière : le jet de peaux de banane par la fenêtre. On a fini par s’y habituer.

Nous longeons le lac Skadar. Sur l’eau, les pontons carrelets nous offrent un tableau magnifique. Ces cabanes de pêcheur sur pilotis, construites comme des passerelles entre la terre et la mer, les pieds plantés dans l’eau, le filet carré suspendu au-dessus des flots, sont des trésors d’astuce et de finesse. Leurs courbes et leurs lignes se reflètent en miroir dans l’eau et dessinent un tableau impressionniste.

Nous arrivons dans le petit village de pêcheurs construit sur une avancée du lac. À cet endroit, l’eau est un marécage d’où s’élève la clameur assourdissante des crapauds. Les longues herbes jaunes nous empêchent de distinguer les batraciens. Des arbres poussent au milieu de l’eau sur laquelle glissent des bateaux effilés, sortes de pirogues à petits toits. On peine à s’entendre. Les maisons blanches aux toits ocre s’organisent d’un côté et de l’autre du pont de pierre. Au fond, des sommets se découpent sur le ciel.

Des chats et des chiens errants fouillent les poubelles. Un chien nous suit. Il est de taille moyenne et arbore de longs poils noirs ; nous le baptisons Sherlock. Il nous suivra toute la journée, tantôt nous montrant une direction, comme s’il avait un trésor à nous montrer, tantôt s’allongeant sur le dos, comme s’il s’ennuyait de notre lente balade.

Nous n’attendons pas la fin de la journée pour nous mettre en quête d’un logement. Nous nous présentons devant chez Jovanovic. Un homme travaille sur le toit. Une vieille femme, la logeuse, assise devant sa maison, croque dans des oignons nouveaux.

Ils nous montrent l’apartment, nous donnent leur prix. Cela nous semble un peu cher ; nous leur faisons comprendre que nous voulons faire un tour dans le village. Un rapide aller et retour infructueux à une autre adresse et un souvenir éclair de notre échec de la veille nous invitent à retourner chez Jovanovic. Cette fois, ils nous présentent un autre apartment, moins cher. Les lieux sont propres, un peu sombres mais il y a tout ce qu’il faut : un réfrigérateur, une plaque électrique, une salle de bain, deux grands lits, une fenêtre. L’affaire est conclue. Contents d’avoir trouvé un joli nid, nous y déposons nos affaires et repartons, à la recherche d’un magasin d’alimentation.

Nous trouvons notre bonheur de l’autre côté du pont. Dans la supérette, nous découvrons un étalage de viandes fumées. Nous nous laissons aussi tenter par une bouteille de Cabernet monténégrin.

Tranquillement, avec nos emplettes, nous reprenons le chemin de notre apartment.

Je ne peux apprécier la première gorgée de Cabernet sans une bonne douche préalable. Je chausse mes tongs, attrape ma serviette et file dans la salle de bain.

En ouvrant la porte vitrée de la cabine de douche, je pose le pied sur le petit trou d’évacuation pratiqué dans le carrelage du sol. La plaque métallique, mal fixée, se soulève.

Un mille-pattes doré sort à toute vitesse, aussi promptement que ses innombrables membres le lui permettent. Dans un cri, le voyant se diriger vers la chambre, je l’écrase, dégoutée par le craquement de sa carapace sous la fine mousse de ma tong.

Chouette, c’est enfin l’aventure.

À suivre.


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