Magazine Journal intime

Queenstown souffle le froid et le show

Par Simplybrice

Fais pas ci, fais pas ça.
Lève-toi donc de bonne heure, ça te fera pas d'mal.
Mange équilibré et puis brosse toi les dents.
Mets une petite laine, tu vas attraper froid.
Remets-toi à l'écriture, espèce de gros feignant.
Bon, d'accord... Essayons. A reculons mais essayons.
J'arrive à Queenstown. C'est en théorie ma dernière base avancée dans le sud reculé. Sur la carte, au sud de la ville, les autres options tiennent plus de repères à moutons que de lieux d'habitation humaine. Tenons-nous en à ça.
La ville, car c'en est une, est renommée mondialement. Ici, tout est possible ou presque pour peu qu'on veuille s'envoyer en l'air. Le saut à l'élastique autrement que sous la forme d'un rituel papou où on s'accroche une liane aux chevilles a été inventé ici. Ca vous plante le décor. Certains l'appellent un paradis pour touristes, moi j'hésite encore. Chaque enseigne ou presque y est dédiée; on ne compte plus les agences de voyages, les restaurants en passant par les magasins de souvenirs. La ville manque singulièrement d'authenticité malgré le décor dantesque au milieu duquel elle est plantée, en bordure d'un lac magnifiquement ourlé de montagnes dont les sommets sont encore tapissés de blanc neigeux. Le problème aussi, pour peu que c'en soit un, est qu'une échoppe sur deux est un tripot ou une enseigne vendant exclusivement des bouteilles d'alcool, que l'énorme majorité des passants en sac à dos a une vingtaine d'année ou moins, que c'est une beuverie à ciel ouvert où chacun hurle à qui veut l'entendre ses effusions d'adrénaline du jour. En gros, c'est la foire et rare sont les recoins où on peut échapper à la vague de foutre et d'hormones dans laquelle je peux me fondre à l'occasion mais qui ici tient plus du pugilat pour adolescents décérébrés que des après-midi "thé dansant" de Jacques Martin.
Par exemple, le second soir sur place, je me pose tranquillement à une table posée entre la cuisine de la GH et les baies vitrées donnant sur le lac, mon ordinateur devant les yeux prêt à te pondre une symphonie de lettres. Cinq minutes plus tard, un groupe de sept personnes arrive avec des pacs de bières, des bouteilles de vodka et autres, de quoi se substenter si la fin du monde est pour demain, avec encore la possibilité d'inviter toute une caserne tant le stock respire les grands espaces. De mon côté, je me fais tout petit et attends l'apaisement ne pouvant décemment pas être à ce que je fais dans cette ambiance de corrida. Puis, comme l'apaisement n'est d'évidence pas dans le vocabulaire local qui décline le mot "brailler" et l'expression "à tue-tête" à l'infini, je boucle mes petites affaires pour installer mes neurones littéraires ailleurs. Seulement, en tentant de quitter la place, je me fais remarquer des sonneurs qui m'invitent aussi sec à m'imbibiber à leur compte. Comment veux-tu que je me recentre sur mon Ying pendant que mon Yang danse la valska, la valse de la vodka? D'autant que je ne suis pas de là, les verres se déversent comme les seaux dans l'Apprenti Sorcier, l'heure tourne et dès le tout petit, minuscule matin, j'entame ma phase active si tant est que boire des coups à la dure avec des vikings australiens équivaut à se la couler douce.
En effet, au matin de mon troisième jour, je me lance dans une opération "quatre fers en l'air", à la découverte du deltaplane. Le rendez-vous est à 8h, je fais partie et j'en ai fais le choix de la première escadrille. Voilà pourquoi je ne suis pas mécontent quand, alors que je suis encore atablé avec l'équipe des gosiers en chaleur, le veilleur de nuit intervient suite à la plainte de tous ceux qui dorment dans un rayon de 2km. On se fait virer purement et simplement. Plus besoin d'avoir à s'excuser de quitter son verre, le bon sens veut qu'on ne discute pas avec un maori de plus de 100kg. L'écriture est donc passée au second plan, momentanément recalé à l'autel de la soif sans soif.
Durement touché par la bouteille et un coucher qui tangue, je suis le dernier à rejoindre le minivan conduisant les voltigeurs sur les contreforts d'une montagne dominant Queenstown; le deltaplane c'est comme le parapente, si tu décolles du niveau de la mer, tu n'as que peu de chances d'en découdre avec les aigles.
En plus de ma petite personne, une famille de coréens attend d'en découdre avec Eole. Ils sont quatre, les parents plus deux filles d'une quinzaine d'années. Parmi eux, tous trépignent sauf le père qui, sauf retournement de situation, joue le role du photographe sans envol.
Le minibus arrêté, tout le monde descend. Les touristes profitent de la vue, les moniteurs montent les voiles.
Puis, un ordre de passage s'instaure. Les filles décollent en premier. Ce sera ensuite au tour de la mère et moi, sur deux deltaplanes différents, il va sans dire... J'ai donc tout le temps de profiter de l'endroit ainsi que du breefing auquel ont droit les futures hirondelles. Celui-ci fini, elles décollent l'une après l'autre, se lançant gaiement dans une pente dans laquelle il ne ferait pas bon se prendre les pieds dans le tapis à l'heure du grand voyage. D'ailleurs, au moment où c'est à moi qu'on fait le discours introductif, je pose la question :
- Qu'est ce qui se passe si la phase de décollage ne se déroule pas comme il faut et qu'on ait besoin de remonter?
Réponse laconique :
- Il faut qu'on décolle, il n'y a pas de plan B.
Soit.
On m'équipe alors d'une combinaison spatiale ou presque, d'un casque et mon guide m'appelle. C'est l'heure. Lui et moi sommes alors tous deux attachés aux montants portant la voile, le vol est en tandem, sécurité avant tout!!
Portant l'ensemble, on se dirige alors vers la pente. Dernières recommandations d'usage avant l'ultime compte à rebours. 3, 2, 1, chargez!!!!!
En moins de cinq pas, le plancher des moutons n'est plus qu'un lointain souvenir pour la plante des pieds et celui-ci s'éloigne à vitesse grand V à mesure que l'on s'éloigne pour rejoindre la vallée.

Mon premier sentiment, comment peut-il en être autrement, est WHAOUUUUU!!!! Le corps complètement à l'horizontale, je vole!! De temps à autre le pilote effectue quelques virages, l'horizon penche, je gazouille.
Puis, comme si on était à la terrasse d'un café, on entame une conversation où il m'explique les rudiments de son art, la principale différence avec une conversation typique à un comptoir est que je suis tenu de m'accorcher à lui en permanence afin de ne rien faire qui risquerait d'être stupide à cent mètres au dessus du sol comme de laisser tomber mon appareil photo en tournant une vidéo par exemple.
La vallée défile, le terrain d'atterrissage se rapproche. Dix minutes qu'on est parti. Vient alors le contre-coup.
J'ai beau avoir rêvé ce moment depuis de longues années, c'est con à dire et je m'en excuse presque, je m'ennuie. Et oui... C'est que le vol en lui même est plutôt monocorde. La sensation de danger est imperceptible, autant que les sensations. Passé le moment où on s'extirpe de la gravité, c'est le calme plat et rien ne vient le troubler. En comparaison, la montée d'adrénaline est bien plus forte lorsque on se tient debout le long d'une falaise abrupte du haut de laquelle tout coup de vent inopportun équivaudrait à une l'organisation d'une cérémonie où tous les invités seraient vêtus de noir, des chrysantèmes pleins les mains. Or, arnaché sous ma voile, j'en suis presque à compter les moutons, si j'ose dire. Rien ne peut nous arriver. Le pilote n'a aucune volonté de nous faire faire des loopings synonymes à ce point d'en avoir pour son argent. Moi, j'en manque. De loopings of course
Même à l'atterrissage, c'est comme si on se posait sur de la soie. Pas de secousses, pas de "attention!!! Ca va se jouer à un fil!!!". Comme dans un airbus, à l'arrêt complet de l'appareil, vous pouvez détacher votre ceinture et profiter du temps qui vous reste pour aller au boutiques en duty free. Même pas décoiffé, je rejoints alors les petites coréennes qui elles ont l'impression légitime d'avoir vécu une telle aventure qu'elle arrive finalement à convaincre leur père réticent de la vivre aussi.
On passe alors une grosse heure à attendre que ce dernier finisse de mouiller ses sous-vêtements. Quand il en termine, chacun d'entre eux achète le DVD exclusif de son vol. Pour ma part, il en faudrait plus, bien plus, à suivre...
Toujours désireux d'en faire le plus possible, dès le retour en centre-ville, je repasse par le centre d'informations touristiques depuis lequel on peut réserver toute la liste des activités disponibles dans les environs. J'égraine alors tout l'éventail porté par l'envie chronique d'expérimenter l'inconnu.
Mon choix se porte alors sur une fusée aquatique qui porte le doux nom de jetboat. C'est une embarcation dans laquelle on peut entasser jusqu'à une quinzaine de personnes et qui file à des vitesses supersoniques sur une eau qui peut ne pas excéder trois centimètres de profondeur. Mais ce n'est pas tout. Le Jetboat c'est bien, mais si on peut y rajouter un forfait sur une journée complète qui inclut aussi deux à trois heures en kayak gonflable dans un parc national, c'est évidemment mieux. Je réserve.
De retour dans mon dortoir, il n'est encore que 11h30 du matin et mes colocataires dorment encore... Pour un peu, je pourrais dire les veinards mais comme moi, en ce jour de plein soleil, j'ai déjà volé de mes presques propres ailes, je m'en garde bien! C'est qui le veinard ici finalement??
Quand j'ouvre la porte, ça les réveille. Comme j'ai beau avoir volé mais n'ai rien encore avalé, on partage un petit dèj' qui pour ma part faite de feignantise n'est constitué que de tartines au Nutella et c'est déjà bien! Puis, les vitamines se répendant allègrements dans nos physiques de conquistadores, on part se faire une gentille promenade autour du lac. Pas tout le tour puisque ça équivaudrait à plusieurs dizaines de kilomètres mais le coeur y est, c'est déjà ca! A la place, dès qu'on a trouvé un joli carré de gazon fraichement coupé au bord de l'eau, les autres ont voulu s'y arrêter, et comme on était alors toujours qu'en centre-ville, il ne s'est pas passé longtemps avant que l'un d'entre eux se propose de s'occuper du réassort du stock de bière. Allons bon!
C'est comme ça que toute l'après-midi, on a finalement marché environ 500 mètres avant de ne se bouger les fesses que pour passer à l'ombre quand le soleil tapait trop fort, et inversement quand celui-ci venait à nous manquer.
Quand je vous disais que Queenstown était une destination thermale sans eau...
Revenons-en alors à l'essentiel : la découverte d'autre chose que la descente en bouteille autrement qu'en plongée sous marine.
Le calendrier affiche lundi, ou bien jeudi, c'est le jour du jetboat!
Comme d'habitude, c'est en couple avec le soleil que j'émerge. A l'extérieur, les oiseaux chantent, c'est bon signe. Comme la veille, je rejoins un point de rendez-vous au centre-ville avant qu'une navette nous convoit, moi et la vingtaine d'autres aspirants à avoir du vent dans les cheveux à s'en faire s'envoler les permanentes, jusqu'à un petit village d'où le périple commence.
Là encore, on nous affuble de l'équipement règlementaire, à savoir entre autre un gilet de sauvetage et un casque, une première pour une "croisière" en bateau qui va de paire avec la recommandation : ne pas laisser traîner les bras à l'extérieur au risque de le perdre!
Le contact est enclenché. L'impression de puissance est immédiate. On développe autant qu'un moteur ferry monté sur un zodiac! Les fans de tuning (sic) apprécieront. Vient le moment de la première accélération. J'ai le dos littéralement plaqué à mon siège comme au décollage d'un avion. On a beau remonter la rivière, ses rives défilent comme sur une autoroute, à la différence près que nous sommes au milieu de la nature intacte et protégée, sur un cours d'eau dont la pureté est cristaline entouré de montagnes remarcables. A chaque moment, on peut apprécier la profondeur et se rendre compte qu'en de nombreux endroits, on aurait de l'eau pas plus haut qu'aux chevilles. C'est grisant et certainement un brin effrayant d'avoir à anticiper une pierre qui nous enverrait valser dans le décor mais comme elle ne vient pas...
Parfois, on tutoie les rochers sur le bord, mais pas plus, d'où l'importance de garder ses bras entre ses épaules!
Autrement, le grand truc du pilote, c'est de faire des 360° lancé à pleine vitesse. La première fois, ça surprend en plus du fait que ça mouille, puis ça enivre à tel point qu'à chaque fois qu'on repart pour un tour, tous les passagers lèvent les bras et poussent de grands "Ooohhh" comme dans des montagnes russes.
Après une heure de ce manège, je ne suis toutefois pas mécontent quand le moteur s'arrête. Le silence est d'or, le paysage de platine, la banane de moi sachant qu'on ne s'arrête pas en si bon chemin. La Nouvelle-Zélande faisant admirablement bien les choses, des kayaks ont été convoyés jusqu'à l'endroit où la ballade sprintée s'achève. On peut alors troquer nos casques contre des pagaies.
Nos nouvelles embarcations d'un brillant rouge "camouflage" se manoeuvrant par deux, des couples se forment. Etant tout seul, je fais équipe avec une des accompagnatrices : Caroline (prononcez Carola-ï-ne). Elle est la joie de vivre sur pattes et, à nous deux, on forme vite un tandem de première catégorie. Pendant toute la descente (NDLR : T'as quand même pas cru qu'on allait ramer à contre-courant?!?), nos rires couvrent les ralements de toutes les autres embarcations de néophytes, jusqu'au moment où, on l'avait vu venir, un couple de canadiens se retourne et goute aux joies de la baignade dans les eaux glaciales issues de la fonte des glaces quelques kilomètres en amont. Ils se débattent, crient, s'engueulent presque au grand jeu du "à gauche, je t'avais dit de te pencher à gauche" ou encore "même ta mère aurait fait mieux". Délicieux...
En tout cas, une fois les pieds nickelés remontés à bord, c'est de plus belle qu'on repart dans des fous-rires. Merci les baleines d'eau douce!! On rame de plus belle. Et comme ces maigres efforts ont le don de creuser l'appétit, c'est sur une petite crique qu'un déjeuner s'organise dont la liste des mets est richement dotée à tel point qu'un plateau de fromage de chèvre est avancé. J'ai l'impression d'halluciner. A 20.000km de la France, du fromage de chèvre!!! Avec de la baguette!!! Ils sont trop forts ces kiwis!!! C'est donc à une orgie de bouffe à laquelle on a droit avant de boucler la boucle pendant suffisamment longtemps quand même pour que des anglais du groupe aient le temps de choper, et c'est véridique, des coups de soleil à la limite de la friture sur peau.
Au retour au minivan, tout le monde est à juste titre claqué de cette journée comme on devrait tous en avoir de temps en temps. Pas tous les jours quand même, ce serait du vice! C'est qu'en plus d'avoir vécu au moins deux vies de plus en cette seule journée, mon appétit s'est également retrouvé rassasié en apprenant sur le chemin du retour que de nombreuses scènes du Ô combien magique Lord of the Rings furent tournées sur place. Et c'est vrai, en y repensant, Je n'ai pas vu Saroumane même si Isengard, entre autres, était bien là!!!
De retour en ville, comme un miroir de mon retour de la veille, je retourne au centre d'informations. Seulement, cette fois-ci, plus rien d'autre n'a d'importance que de m'en mettre plein la tête au niveau des frissons. Queenstown est la "capitale" des sports extrèmes et pour l'instant, malgré mes tentatives, ça reste encore à prouver. Mais, j'ai encore l'embarras du choix, et peux encore sauver l'honneur.
Je pourrais bien me lancer dans un ou plusieurs sauts à l'élastique, spécialité locale, mais tout porte à croire que rien en sera aussi grand qu'au Népal (Je vous renvoie à l'article sur le Lost Resort).
Je pourrais également me jeter d'un avion avec, en plus d'un moniteur dans le dos, un parachute pour quelques secondes de chute libre. Mais non. Déjà fait et en solo (Je vous renvoie à l'article sur l'an 2000).
Il me faut dénicher quelque chose qui conjugue le spectaculaire et l'inédit, le flamboyant et l'insolite, le mouillage de sous-vêtement et la nausée.
C'est alors qu'au milieu des brochures, j'identifie la perle rare. De la voltige aérienne, ça s'appelle Jag Air et en gros caractères il est écrit "TEST YOURS LIMITS"!!!!
Quelqu'un connait-il un autre endroit dans le monde où il (n')est (pas) donné de grimper à bord d'un biplan dans le simple mais hasardeux but de s'en mettre plein la tête, et je pèse mes mots? Moi, je n'en connais pas, alors je me lance. Plusieurs alternatives s'offrent alors. Pas question de sélectionner le vol en mode pépère, mon option choisie s'appelle "adrenalyne +" qui garantit un vol de 20 minutes à faire la toupie. Plus, ce n'est pas pas possible!!
Le temps de faire chauffer la carte bleue, je rentre à ma GH alors que la nuit est sur le point de griller la priorité au jour, ravi des dernières douzes heures mais également existé comme un diable de Tasmanie dans l'attente du lendemain.
Dans la chambrée, c'est le tripot. Alors qu'on ne dispose que de quatre lits, ils sont huit à l'intérieur à avoir déjà entamé les hostilités nocturnes!! Demain, c'est décidé, je change d'adresse, mais en attendant, je vais moi aussi acheter quelques canettes afin de me mêler aux débauchés dans la joie et dans la bonne humeur et ce, jusqu'à 1h passée quand le cracoucasse-couille personnifié, le veilleur de nuit, vient mettre un terme une bonne fois pour toute à cette folle barbarie communicative.
Quand je ressucite le lendemain matin, c'est comme si l'hymne de la League des champions résonnait sur la planète. Je n'ai pas eu un trac comme ça depuis bien longtemps et il faut que je me force pour avaler mes deux tartines au Nutella quotidienne, histoire d'avoir quelque chose dans le bide. Comme je l'avais prévu la veille, j'ai bien fait de ne pas initier les hostilités au petit matin mais à 11h, ce qui n 'est pas pour me déplaire...
Comme une douce routine, je rallie une nouvelle fois le centre-ville, toujours pas trop vaillant, comme lorsqu'on se présente à un examen, le trac carillonnant de plus belle. Le chauffeur qui se trouve être aussi le pilote m'attend déjà acompagné d'une jeune américaine qui est, elle aussi, candidate au renvoi.
Je suis d'abord surpris par l'age du bonhomme. A première vue, il attend encore que la barbe ne lui pousse, ce qui n'est pas pour me rassurer. Cela dit, quelques minutes plus tard, il finit de nous exposer son parcours d'apprentissage et professionnel qui l'ont conduits à envoyer les gens en l'air depuis plusieurs années déjà et ce, jusqu'à huit fois par jour en haute saison!!! Pour un peu, et pour ceux qui connaissent, ça donne un peu l'impression de se faire opérer du coeur par Docteur Doogie!
En arrivant à l'aérodrome, on passe illico dans le bureau où on nous demande, à l'américaine et à moi, de signer une décharge. Ambiance...
Puis, un ordre de passage s'établit. La p'tite ricaine ayant opté pour la formule adrénalyne sans le "+" correspondant à un vol de dix minutes se voit assigner la pole position. Qu'elle la prenne!!! Ca me laisse au moins le temps d'enchaîner deux clopes comme deux dernières volontés!!!
Elle part avec le pilote, je les regarde décoller et patiente. En effet, impossible d'en voir plus, le terrain de jeu n'est malheureusement pas au dessus de la piste!
Après un quart d'heure, le fier aéroplane à hélice touche de nouveau terre, on m'enjoins d'aller le regagner. C'est mon heure.
Au moment où je le rejoins, la bulle s'ouvre et le pilote s'extirpe. Il est frais comme un gardon.
L'américaine devrait alors faire de même mais la pauvre est toute palote et ne comprend pas trop ce qui vient de lui tomber dessus. Elle ne sais plus distinguer le nord du sud, le haut du bas, comme si on lui avait mis littéralement la tête dans le derrière! Cinq minutes qu'il lui faut pour enfin pouvoir se lever! Et encore, ses premiers pas tiennent plus des premiers pas de bébé que du gymnaste olympique au sol. La pauvre titube comme un néo-zélandais moyen un samedi soir tard avant de prendre ma place sur la terrasse qui surplombe la piste. Voilà de quoi me mettre dans les meilleures dispositions!
Ca y est! Je suis seul avec Tanguy ou Laverdure. Le briefing est minimaliste. La seule chose dont je doives me souvenir est : comment réagir en vol?
En effet, je suis parti pour 20 minutes de shaker dont on m'annonce d'amblée qu'elles se sont muées en 25 minutes. 5 minutes de rab? Ah bon? Chouette ou bien?
Durant ces maintenant 25 minutes, le pilote (appelons le Paulo) va étaler tout le panel de ce qu'il est physiquement capable de faire subir à l'avion.
Si j'en veux encore et encore, il faut que je montre mes deux pouces levés.
Si ça va bien comme ça et qu'un ralentissement serait le bienvenu, il faut que je mettes mes mains à l'horizontal.
Si là vraiment c'est trop, que rien ne va plus, qu'il faut s'arrêter sur une aire de repos, alors, je lui indique mon éventuelle condition précaire par mes deux pouces baissés comme dans les mises à mort aux jeux du cirque.
Dans chaque cas de figure, Paulo voit ce que je lui signale et adapte la marche à suivre en fonction des circonstances. Car lui est en position de me voir. En effet, l'avion ne possède que deux sièges, l'un derrière l'autre, que je suis en première ligne avec Paulo dans le dos. Rien d'autre dans le champ de vision que le moteur vrombissant, vive la vue de folie sachant qu'en plus, la bulle qui nous entoure est en plexiglass, n'entravant en rien la visibilité. Comme dans la chanson ou presque, il y a le ciel, le soleil et la terre. Et pas de parachute!!!
Ca peut sembler con comme ça mais je passe de longues secondes à le chercher des mains sous mon siège jusqu'à ce que Paulo me fasse assimiler qu'on en est pas pourvu. Tant pis, ça valait le coup de se poser la question. La décharge à signer prend tout son sens...
Ne reste plus qu'à bien m'attacher avec des sangles qui m'enserrent dans tous les sens afin d'éviter que j'embrasse des dents d'une façon ou d'une autre la bulle qui me domine ou les cadrans que j'ai en face de moi. Mon casque pourvu d'un micro avec lequel je peux dialoguer avec Paulo est aussi en place. L'hélice entame son ballet centrifugé, le zinc se met en mouvement. Dans les oreilles, j'entends la tour de contrôle qui nous donne le feu vert. Dans la minute, on ne touche plus terre, dans la famille quintescence, je voudrais...
Le vol débute calmement, tout en contemplation. Durant toute la phase de montée, on longe les Remarcables, la barrière montagneuse qui fait face à Queenstown. Le cap est mis sur le lac Wakatipu, sans doute plus un terrain plus sûr pour les riverains si un problème majeur venait à survenir mais pas plus sûr pour nous sachant qu'on dispose d'autant de parachutes que de gilets de sauvetage!
Une fois au dessus de l'eau, on a pris suffisamment d'altitude pour dominer les montagnes et tout le reste même mon appréhension, la vue est à couper le souffle sauf que de petites trappes de part et d'autre m'apportent des bouffées d'air frais bienvenues, Paulo me demande s'il a le feu vert, je lève les pouces au dessus de ma tête, il me tarde de voir le monde à l'envers, le ballet commence. A 300km/h.
Une vrille puis une autre. Les pouces se dressent. C'est le plus incroyable des grands huits! J'exulte!!!
Vient alors le premier looping, la force centrifuge m'écrase entièrement. Je suis tassé sur mon siège comme si j'avais 100kg sur le dos. Dans mon casque, Paulo m'avise gentiment qu'on est lui et moi en train de prendre en cinq et six G. Si tu n'es pas familié avec le terme, tu seras content d'apprendre que dans la manoeuvre, mon poids mouche passe de 62kg à plus de 300!!!! D'ailleurs, j'essaye de lui montrer mes pouces dressés mais il faut que je me reprennes à deux fois pour réussir à soulever le poids de mes bras fluets. Tout arrive!!!
Dans mon champ de vision, la terre s'efface, je ne fais qu'un avec le ciel azur, jusqu'à ce que la terre refasse son apparition par le haut et qu'on se jète la tête la première dans un piqué diabolique. Puis, on retrouve l'horizontale le temps de brèves secondes, le temps que j'hurle à Paulo qu'il a carte blanche!!!! Encore!! Encore!!!!!! Rhaaa Lovely!!!!!
Les figures s'enchainent. Parfois, ça file tellement vite et tellement n'importe comment que je n'arrive même pas à m'expliquer ce qu'il advient de moi. Ca pivote, ça tourne, ça enchaine avec une fluidité et une précision incroyable.
Je ne m'en lasse pas. J'ai beau sentir que je commence à transpirer comme une vache et à transformer mon T-shirt en éponge, je ne m'en lasse pas. J'ai beau avoir de plus en plus de mal à sentir des jambes et le bout de mes doigts, je ne m'en lasse pas. J'ai beau avoir parfois et durant quelques secondes un vol noir devant les yeux, je ne m'en lasse pas. Après chaque acrobatie, mes pouces s'aligne de chaque côté de ma tête qui est balafrée d'un immense sourire ponctué d'onomatopée à base de voyelles. Toutes y passent, du Aaaaahhhhhh au Ooooohhhhh en passant par le Uuuuhhhhh!!!!
Ce n'est qu'au bout d'une vingtaine de minutes que je commence à avoir le souffle court. L'air frais a beau venir en prise directe depuis les étoiles, je me prends à une reprise de mettre mes mains à l'horizontale, ce qui me permet également d'essuyer mes lunettes de soleil qui se couvrent de buée, signifiant bien que je suis une énorme marmitte bien échaudée!
Puis, quand même, comme le temps presse, Paulo me demande si on est parti pour un nouvel enchainement. Allons bon!!! Lache les chevaux mon Paulo!!!! C'est pas tous les jours que je suis un feu d'artifice à moi tout seul!!!!! Le Pitts Special donne alors tout ce qu'il a dans le ventre, je ne vais pas tarder à l'imiter.
C'est l'heure de rentrer à la base. Les 25 minutes touchent à leur fin. Le vol reprend alors une trajectoire parfaitement rectiligne pas exactement en adéquation avec les trajectoires sinusoïdales auxquelles mes tartines de nutella ont été contraintes. J'en fais part à Paulo qui en rigolant m'indique la présence d'un petit sac prévu à cet effet juste à côté de mes jambes. Dans la seconde, je m'en saisis. Dans la seconde, je le remplis. Complètement à bout de souffle, poussé dans mes derniers retranchements, je m'acquitte de ma petite galette qui, une fois livrée, a au moins le mérite de me faire aller mieux.
Au moment de retrouver la terre ferme, j'arose les oreilles de Paulo de tous les superlatifs qui me passent par la tête.
Malgré mon état un poil branlant, je tiens une forme de tous les diables. Si c'était à refaire, j'attendrais quelques secondes afin de me remettre, mais les yeux fermées je la signe le décharge, et on repart!!!
A notre emplacement final, j'ai moi aussi besoin de quelques temps avant de pouvoir m'extirper du cockpit. Une fois fait, je saute dans tous les sens en criant ma joie faîte ce beau matin de démesure. WHAOUUUUUUU!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Puis vient le moment de dire au revoir à la machine encore brulante. Je retrouve l'américaine qui a repris des couleurs dans le bureau du début pour le débriefing. Elle comme moi n'en pouvons plus mais pour d'excellentes raisons. Paulo me félicite d'avoir tenu le rythme tout le long du vol ce qui, à ses dires, n'est pas si fréquent. Puis il dévoile le pot aux roses (poteau rose??), à savoir qu'il y avait une micro caméra braquée sur nous tout le temps du vol et qu'un DVD est disponible.
J'ai toujours rechigné à me porter acquéreur de ce genre de bonus mais cette fois-ci l'occasion est trop belle. Il ne s'agit pas d'un saut à l'élastique de 5 secondes, d'une chute libre de 30, ou d'un vol monocorde en deltaplane de 10 minutes. Cette fois-ci, c'est du lourd et la bande son a beau être agrémentée d'un morceau de Bon Jovi, c'est même pas grave; c'est dire!!
La ricaine comme moi, on repart avec notre souvenir dans la musette.
Au retour en ville, au moment de saluer Paulo une dernière fois, je m'agenouille platement en déclamant des "on est pas digne, on est pas digne". Le gars est un as et partager sa passion un privilège.
Cette fois-ci, Queenstown a tenu toutes ses promesses. Je ne repasse pas par le centre d'informations. De toutes façons, je suis rincé au point de ne même plus vouloir changer d'hotel. Les retrouvailles avec mon lit se font durables et se scèlent dans une sieste qui durera toute la journée, toute la soirée à l'exception d'un dîner sur le pouce, toute la nuit.
24 heures pour m'en remettre, quand je pense que Paulo peut faire ça jusqu'à huit fois par jour!!
Mon temps en Nouvelle-Zélande touche presque à sa fin.
Au matin du jour nouveau, mauvaise nouvelle, les nuages ont de nouveau remplacé l'azur. Pour bien faire les choses, il faut encore que j'aille me faire une petite excursion dans les Sounds qui ne sont rien de moins que des fjords du sud-ouest du pays. Cela dit, avec le temps qui me reste, tant que je ne verrais pas une étoile, je resterais à Queenstown en attente.
D'abord, changer d'hotel et le reste suivra.
Carpe Diem.
PS : Il s'en est fallu du temps, de la sueur et des larmes de mon côté et de la patience du tien avant que je viennes à bout de ce bref (?!?) article. Mais ta patience n'est pas vaine, tu trouveras en bonus toutes les photos de cette épisode de légende ainsi que toutes celles que je n'avais pas pû mettre en ligne jusque là, ce qui comprend notamment Franz Joseph Glacier dont tu me dira des nouvelles quand tu l'auras vu!!
(Pour bien faire, je peux même te dire que les nouvelles photos sont visibles à partir de la page 10 de l'album Nouvelle-Zélande)
Elle est pas belle la vie?
Si, en tout cas une fois la rédaction terminée (surtout à 4h52 du matin), elle l'est!!!
Enormes bises


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