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Expressionnisme abstrait

Publié le 21 septembre 2015 par Aelezig

L'expressionnisme abstrait est un mouvement artistique qui s'est développé peu après la Seconde Guerre mondiale aux Etats-Unis. C'est aussi un élément central de l'Ecole de New York qui a rassemblé les artistes (poètes, peintres, musiciens...) d'avant-garde actifs à New York et aux États-Unis avant et après la Seconde Guerre mondiale. On parle d'expressionnisme abstrait pour un certain type de peinture, de sculpture et de photographie.

Le mouvement est né dans les années 1940. Plusieurs dénominations sont apparues pour évoquer certains aspects de l'expressionnisme abstrait américain : l'action painting, la colorfield painting, ou la post-painterly abstraction (de Sam Francis). Mais la peinture de Willem de Kooning, pour ne citer que cet artiste majeur du mouvement expressionniste abstrait, ne relève d'aucune de ces catégories.

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Jackson Pollock

Les origines de l'expressionnisme abstrait font l'objet de controverses : s'agit-il d'un art spécifiquement américain ou doit-il beaucoup aux avant-gardes européennes ?

À partir de 1933, les États-Unis accueillent des artistes ayant fui l'Allemagne nazie : Hans Hofmann enseigne l'art moderne à l’université de Californie (Berkeley) et à l’Art Student League de New York ; Lee Krasner, Clement Greenberg, Mark Rothko sont de ses élèves.

Hofmann a eu une certaine influence sur le développement de l'expressionnisme abstrait, bien qu'il se soit appuyé sur le formalisme cubiste. Il introduit la troisième dimension dans ses tableaux en les transformant en champs de forces dynamiques, très structurés. Hofmann pense que l'acte de peindre comporte des significations psychologiques. Il se distingue de la peinture « pessimiste » des peintres expressionnistes de son époque par l'expression de sa joie de vivre. Il est à l'origine de la technique du "push and pull", synthèse des théories de la couleur des avant-gardes parisienne et européennes.

Josef Albers enseigne au Bauhaus de 1923 à 1933, il est membre fondateur du Salon des Réalités Nouvelles à Paris avant d'émigrer aux États-Unis. Il est considéré comme un des initiateurs de l'art optique (ou Op art). Entre 1939 et 1942, Marc Chagall, Max Ernst, Fernand Léger, Piet Mondrian, Yves Tanguy, Roberto Matta et André Breton émigrent à leur tour.

En réalité, si l'on met de côté Matta, les artistes européens eurent peu de contact avec leurs homologues américains. Dès 1948, ces derniers fondent les bases d'une voie propre aux États-Unis. En 1949, c'est au cours des discussions passionnées qui agitent le Club, au 39 de la 8e rue Est, à New York, que sort la notion d'« expressionnisme abstrait ». Le Club, fondé par de Kooning, Franz Kline et quelques autres attire rapidement des personnalités aussi diverses que Ad Reinhardt et Jackson Pollock, dans un climat fortement hostile à Clement Greenberg et au formalisme. Dans cette après-guerre qui entraîne le boom économique aux États-Unis, New York devient la capitale mondiale de l'avant-garde et, plus généralement, de l'art moderne. Et l'expressionnisme abstrait y est au centre des débats.

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Mark  Rothko

Les expressionnistes abstraits puisent leur inspiration et leur technique dans plusieurs sources. Ils sont marqués par les influences du surréalisme (subconscient, écriture automatique, dripping), ainsi que par l’abstraction de Wassily Kandinsky et d'Arshile Gorky ou par les oeuvres de Hans Hofman.

Après la Seconde Guerre mondiale, les conditions économiques, politiques et artistiques suscitent une nouvelle manière de peindre, de voir et de donner à voir aux États-Unis. Après des années de crise, l'économie américaine repart. Avec le début de la guerre froide, la peinture américaine représente pour le gouvernement une arme culturelle exportable.

L'expressionnisme abstrait apparaît en 1948, au cours d'une exposition à New York, financée par des fonds publics. Cet art qui se voulait avant-gardiste, cosmopolite et apolitique fait se déplacer le cœur de l'art moderne de Paris à New York. Cependant, l'expressionnisme abstrait suscite des débats au sein de la classe politique américaine. Les Républicains attaquent violemment ce courant et l'accusent d'être communiste. Au Congrès, ils dénoncent en outre les financements fédéraux qui sont attribués aux peintres expressionnistes. Le début des années 1950 voit le renforcement de cette opposition à cause du maccarthisme, les artistes soupçonnés de sympathies communistes deviennent l'objet d'enquêtes. Pourtant, la période est aussi marquée par le soutien du MoMA de New York, lui-même financé par la fondation Rockefeller. En 1952, le musée organise même un programme international de diffusion mondiale de l'expressionnisme abstrait. 

L'expressionnisme abstrait s’impose avec une nouvelle génération d’artistes vivant à New York d'où le nom d'« école de New York ». Il se caractérise par des toiles immenses, parfois entièrement peintes all-over (où les éléments picturaux sont disposés de manière égale sur toute la surface disponible). Procédé qui conduit à une répartition plus ou moins uniforme des éléments picturaux sur la totalité de la surface du tableau qui semble se prolonger au-delà des bords. Il met en valeur la matière et la couleur utilisée comme matière. Certains artistes qualifiés d'expressionnistes abstraits ont été « regroupés » en deux courants, pour simplifier : l'action painting et la colorfield painting.

Les peintres de l'action painting (au sens strict, seul Jackson Pollock l'a pratiqué) produisent apparemment de façon violente, avec des gestes rapides voire manifestement spontanés. C'est en effet la pratique de Jackson Pollock, à partir de sa série de 1946 « The Sounds in the Grass » et de la mise au point, en 1947, de la technique du dripping, initiée dès 1943, De Kooning à partir de 1952 ou Franz Kline. Les peintres s’attachent à la texture et à la consistance de la peinture ainsi qu’aux gestes de l’artiste. L'expression action painting est créée en 1952 par le critique d’art américain Harold Rosenberg. Ce dernier écrit, dans un article du magazine Art News : « (...) l’un après l’autre, les peintres américains commencèrent à considérer la toile comme une arène dans laquelle agir, plutôt que comme un espace où reproduire, redessiner, analyser ou exprimer un objet, réel ou imaginaire. Ce qui naissait sur la toile n'était plus une image mais un événement ».

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Willem De Kooning

Le colorfield painting qualifie la peinture de Mark Rothko depuis 1946 avec ses peintures Multiform, celles de Clyfford Still vers 1946 ou de Barnett Newman à partir de 1948. 

Pendant de nombreuses années, des rumeurs ont circulé selon lesquelles les artistes de ce mouvements étaient financés par le gouvernement des États-Unis via leur police secrète, la CIA, afin de promouvoir l'idéologie du bloc occidental dans le contexte de la guerre froide. Cette idéologie visait en particulier à faire pièce à l'art officiel des pays communistes, le réalisme-socialiste, qui jouissait d'un grand prestige notamment au sein des élites culturelles européennes et américaines. Cette lutte culturelle avait donc pour but de promouvoir les valeurs de l'individualisme et de la liberté de création à travers l'esthétique des œuvres elles-mêmes. Ces rumeurs ont finalement été confirmées par Donald Jameson, un ancien agent de la CIA dans un article du journal The Independant daté du 22 octobre 1995. Dans le même article, Tom Braden, le chef de la division des relations internationales de la CIA et ancien secrétaire exécutif du Musée d'Art Moderne de New York déclare dans une interview : « Je pense qu'il s'agissait de la plus importante division que la CIA possédait et je pense que cela a joué un rôle déterminant dans la Guerre froide. »

Il faut néanmoins se méfier de l'interprétation selon laquelle il s'agirait d'une création pure et simple de la CIA, les artistes pouvant ignorer d'où provenait l'argent qui les finançait. 

Cette volonté de la part des dirigeants américains de présenter l'abstraction new-yorkaise comme la réelle avant-garde artistique et la nouvelle référence culturelle se concrétise par un très vaste programme mis en place avec d'importants moyens financiers par la CIA. Naît de cette manière « un système inédit de consécration de l'art » et une fabrication de la valeur financière des œuvres en réseau qui implique fondations, musées, universités, mécènes et associations diverses. Des galeristes tels que Leo Castelli et les liens qu'il entretient avec la direction du MoMA jouent un rôle essentiel dans ce dispositif. Analysant cette période, l'historienne britannique Frances Stonor Saunders avance que l'expressionisme abstrait n'aurait pas été reconnu et célébré tel qu'il l'a été sans l'aide de la CIA.

On peut donc dire, de manière un peu provocatrice mais historiquement fondée, que l'expressionisme abstrait est l'art officiel des sociétés occidentales capitalistes et tend à être imposer comme l'art officiel mondial.

D'après Wikipédia


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