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Carnet de voyage i

Par Apolline Mariotte @ApollineAM

LE LONG DE L’ADRIATIQUE

VIII

Cetinje

Nous profitons du dernier point de vue sur le fjord, nous arrêtons en warnings sur le bord de la route, posons l’appareil sur le toit de la voiture, lançons le retardateur et nous avançons prudemment au bord du gouffre ; nous nous retournons. L’instant et le lieu, tous deux suspendus, sont immortalisés.

Nous remontons à bord de Polo et Kotor disparaît avec le dernier virage. Nous passons de l’autre côté et pénétrons dans le parc national du Lovćen. Les paysages de canyon et les crêtes calcaires s’effacent.

Et maintenant, les steppes. La végétation est moins luxuriante, plus sèche. Après un long moment sans croiser personne – on dit qu’ici, il y aurait des loups – nous croisons le village de Njeguši. Nous voyons de loin les toits orange des habitations. Quelques promeneurs ont fait une halte au village pour déjeuner, sans doute de viande et de fromage fumés, spécialités de la région. De quoi les riverains peuvent-ils bien vivre ici ? De la paix qui règne certainement.

Nous passons notre chemin. Quelques temps plus tard, apparaît, au milieu de la pampa, Cetinje. L’ancienne capitale est une ville de montagne aux rues larges bordées de tilleuls et aux maisons colorées, plongée dans l’indolence. De nombreux travaux ne facilitent pas la recherche de notre hébergement. Nous garons la voiture et continuons à pieds. Notre plan ne correspond pas aux rues. La faim ne nous aide pas à nous concentrer. Par chance, après avoir quelque peu erré et demandé notre chemin, nous apercevons un petit panneau qui indique notre apartment. Il n’est pas à l’endroit que nous croyions mais peu importe, nous y voilà.

Fidèle à l’hospitalité dont nous avons fait l’expérience depuis le début de notre voyage, notre hôte nous accueille avec un verre de Schnaps. Nous nous regardons. Il est quatorze heures, nous sommes à jeun, au bord de l’hypoglycémie, nous roulons depuis le petit matin et nos tripes portent encore les stigmates de la route serpentine. Ce petit verre rempli de liquide transparent a tout d’une épreuve. L’homme nous regarde en souriant. La première gorgée nous brûle la gorge, l’œsophage et l’estomac. Pendant qu’il note les numéros de nos papiers d’identité, nous cherchons une stratégie. Sacrifier l’un de nous deux et épargner l’autre. Ou alors boire la moitié tous les deux. L’homme relève la tête. Nos verres sont vides.

Les jambes en coton, nous partons chercher la voiture pour la garer près de chez nous. Après une rapide douche, nous allons pique-niquer dans le parc qui fait face au Palais Bleu, résidence de l’héritier du trône, Danilo, fils de Nikola 1er. Il est devenu aujourd’hui la demeure du Président de la République. L’endroit est désert. Seuls deux gardes sont postés à l’entrée. On est loin des mesures de sécurité françaises.

Nous visitons le palais de Nikola Ier, seul et unique roi du Monténégro. Radenko nous raconte avec un accent prononcé mais dans un très bon français l’histoire de la famille royale, puis de l’ex-Yougoslavie – décryptant des pièces anciennes, des tableaux, des meubles – puis l’indépendance en 2006.

Les Monténégrins parlent si bien français. Et si c’était parce que l’amitié de nos pays était bien enracinée, depuis le Second Empire et Napoléon III qui défendit l’autonomie du pays face à la poussée de la Turquie ? Il semblerait même que notre lycée Louis-le-Grand ait accueilli sur ses bancs Nikola Petrović-Njegoš, neveu de l’héritier du trône.

À suivre.


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