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Annee le corbusier

Publié le 23 septembre 2015 par Aelezig

Article de Marie-France - Juin 2015

Après deux livres polémiques sur le pape du modernisme* et la mise en couleur de la collection LC chez Cassina, le centre Georges Pompidou dévoile, dans une exceptionnelle exposition, la dimension humaniste de l'oeuvre de l'architecte.

Les réalisations de Le Corbusier laissent bouche bée et les accusations le qualifiant de "fasciste", sans voix. Deux ouvrages descendent l'inventeur de la notion d'espace indicible en mettant le doigt sur ses affinités avec Pétain durant la Seconde Guerre mondiale, ou en s'appuyant, dans Un Corbusier, de François Chaslin, sur des extraits de lettres écrites à sa mère. Si aucun historien ne s'est encore penché sur la vie de ce génie du XXe siècle, ses inconditionnels reconnaissent le rapport trouble que le mégalomane (il a écrit son Oeuvre complète** à quarante ans) a toujours entretenu avec le pouvoir. Tour à tour proche des gouvernements soviétique (lors d'un voyage triomphal en 1928), américain (il espérait créer le bâtiment de l'ONU) et français (Eugène Claudius-Petit, le résistant qui dirige le ministère de la Reconstruction, lui commande la Cité Radieuse de Marseille), Le Corbusier était un opportuniste au coeur en béton armé.

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Cinquante ans après sa disparition, l'exposition Mesures de l'homme*** à Beaubourg, déploie trois cents oeuvres inédites (dessins, peintures, maquettes, films, photos...) sur le parcours millimétré de l'urbaniste et architecte visionnaire, théoricien de la modernité, peintre et sculpteur qui parlait de lui à la troisième personne dans ses écrits boulimiques. "La matrice théorique qui fonde son oeuvre s'inspire dès 1910 des recherches des psycho-physiciens et scientifiques allemands sur la perception du corps. A la même époque, il est en stage dans l'agence berlinoise de Peter Behrens aux côtés de Mies Van Der Rohe et Walter Gropius" explique Frédéric Migayrou****, l'un des deux commissaires de l'exposition. "Enfin, sous l'influence de l'école d'Hellereau, une cité-jardin située près de Dresde, en Allemagne, où son frère Albert Jeanneret suit les cours du compositeur et pédagogue Jacques-Dalcroze, Le Corbusier mesure l'importance de la rythmique." Des références que le Jurassien suisse, nationalisé français en 1930 et Parisien d'adoption, prend soin d'effacer pour faire sienne cette esthétique scientifique, à l'origine de son architecture à échelle humaine.

Charles-Edouard Jeanneret-Gris - son vrai nom - finit par concevoir, en 1994, le fameux Modulor lié à la physiologie du corps et à la perception de l'espace. Un système de proportions idéales où la silhouette d'un corps humain moyen mesure 183 cm ou 226 cm le bras levé. Le créateur insatiable et moderniste passe sa vie à dessiner, peindre et sculpter ce corps métrique mais vivant. Lors de ses voyages initiatiques à travers le monde, il prend des notes et croque à l'envi sa perception d'un objet architectural qu'il symbolise par un cube, ce "cristal de la perception". Dans ses dessins exposés à Beaubourg, il y a toujours le corps. Avec le peintre Amédée Ozenfant, il fonde en 1918 le mouvement puriste, qui s'oppose au cubisme, et la revue L'esprit nouveau, où il écrit pour la première fois sous son pseudonyme. Les corps ne sont plus métriques mais vivants. Puis tout devient acoustique. L'architecte dessine et peint des oreilles qu'il fait transformer en sculptures par l'ébéniste-sculpteur Joseph Savina pour démontrer l'harmonie des proportions. Fasciné par les cellules des Chartreux durant toute sa vie, le père de la chapelle Notre-Dame-du-Haut, à Ronchamp, se noie le 27 août 1965 (à 78 ans) au pied de sa réalisation ultime, le Cabanon. Construit sur un rocher, à Roquebrune-Cap-Martin, ce "château de 3,66 m par 3,66 m" résume son oeuvre : vivre dans "un espace minimum et minimal" fondé sur la simple physiologie du corps.

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* Le Corbusier, un fascisme français par Xavier de Jarcy (éd. Albin Michel) et Un Corbusier, de François Chaslin (éd. Seuil, Fictions & Cie)

** Oeuvre complète, 1910-1929, publiée par Willy Boesiger et Oscar Stonorov (éd. Girsberger, Zürich 1930)

*** Jusqu'au 3 août au Centre Pompidou à Paris

**** Directeur adjoint du musée national d'art moderne, conservateur en chef du département architecture


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