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La fille du rer - 4/10

Par Aelezig

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Un film de André Téchiné (2009 - France) avec Emilie Dequenne, Catherine Deneuve, Nicolas Duvauchelle, Michel Blanc, Mathieu Demy, Ronit Elkabetz

Superficiel.

L'histoire : Jeanne vit avec sa mère, veuve, nounou, dans un joli pavillon de banlieue. Elle cherche du travail mais n'en trouve pas. Elle rencontre Franck. Il adore le roller, comme elle. C'est l'amour fou.

Mon avis : Encore un Téchiné qui me déçoit. Le sujet pourtant était intéressant : un fait divers authentique, cette gamine qui fit croire en 2004 à une agression antisémite à son encontre, inventée de toute pièce. En tous cas, c'était le pitch, annoncé partout.

Or... première surprise, pendant plus d'une heure : rien. Juste l'histoire d'une jeune chômeuse à la recherche d'un emploi, de sa maman et de l'ancien amant de celle-ci, brillant avocat, issu d'une famille juive, dont on suit aussi les membres (le fils, l'ex-femme, le petit-fils...), plus un jeune amoureux charismatique. Il faut attendre 1h15 pour voir la fameuse agression. Ensuite, il ne reste plus que 25 minutes de film, où tout est donc bâclé, survolé, avec un remplissage inconsistant (la bar-mitsvah de l'ado entre autres, des ralentis qui permettent de faire plus de pellicule...), nous laissant complètement perplexes sur l'objectif du metteur en scène.

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Comme LE clou du film est totalement noyé, perdu, dans le reste... on ne comprend plus du tout ce que voulait faire Téchiné. Il n'essaie même pas d'expliquer le comportement de la jeune femme. Il évoque une sorte de mythomanie pathologique ; or dans toute la première partie, rien ne nous laisse à penser qu'elle ait un problème de ce côté-là. Elle ment juste une fois à son amoureux en s'inventant un boulot qu'elle n'a pas. Rien de très grave ! Tout le monde fait ça de temps à autre, pour se faire mousser, ou parce que, de nos jours, dès qu'on dit qu'on est au chômage on se fait traiter de feignant. Et puis soudainement, dans le dernier quart d'heure, on voit l'avocat interroger le petit ami pour lui demander s'il connaissait le petit travers de Jeanne, et il répond "Bien sûr que je le savais ! Elle mentait tout le temps !". Ah bon ??? Moi je ne m'étais rendue compte de rien.

Téchiné part alors à fond sur cette révélation : oui, tout le monde savait qu'elle mentait ; puis se lance dans l'explication politique : il y a eu dès le début des lacunes sur l'enquête des gens de la SNCF et des policiers, qui n'ont pas procédé aux vérifications d'usage. Pourquoi ? Parce que c'était mieux, pour les médias, pour les gouvernants, de faire le buzz sur cette histoire, qui montrait une fois de plus combien les juifs étaient menacés, d'autant que les agresseurs étaient présentés par Jeanne comme "des noirs et des arabes". Complot fasciste donc, condensé en une phrase par Maître Blenstein. Ah ouais ?

Troisième piste, avec la question de l'ado à Jeanne : "Pourquoi t'as fait ça ?". Réponse : "Parce que j'avais envie qu'on m'aime". Ah ben ça alors... On n'avait jamais senti auparavant que Jeanne était malheureuse, à part sa déception amoureuse au bout de la première heure de film. Elle a une maman en or et elle dit elle-même qu'elles s'adorent. Puis elle est vénérée par son Franck. Bon, OK, il lui a menti et il est un petit voyou. Mais elle pouvait encore lui pardonner et tenter de le remettre sur le droit chemin, vu qu'il semble toujours amoureux. Non, elle se replie sur elle-même et invente cette histoire. La jeune femme qui ment ne ressemble soudain en rien à celle qu'on a vue en première partie.

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Après une heure de "mise en place", tout est survolé en une demi-heure finale qui balance trois hypothèses sans les approfondir le moins du monde.

Et puis tous ces personnages secondaires, qu'on observe à loisirs, qui se disputent, se réconclient, papotent... on croit qu'ils vont avoir une importance. Mais non, finalement, ils sont là juste pour "meubler" !

Et du côté de la vraie histoire, alors ? Et bien a priori, elle était beaucoup plus intéressante et on se demande pourquoi Téchiné ne s'en est pas inspiré véritablement. Car la jeune Marie-Léonie Leblanc était connue dès l'adolescence pour ses multiples mensonges ; ses amis témoignent ; elle voulait sans cesse se rendre intéressante et au collège on la surnommait "la mytho". Elle était même inscrite dans les registres policiers pour des inventions en tout genres... Après ses aveux, sa condamnation, on n'a plus entendu parler d'elle. Elle était a priori très soutenue par ses parents, bien décidés à en finir avec sa pathologie et lui faire suivre une psychothérapie. Marie-Léonie avait un "passé". Jeanne n'en a aucun. Téchiné pouvait aussi largement explorer le sujet des médias, l'affaire ayant provoqué un super scandale à l'époque.

Pourquoi Téchiné a-t-il donc raconté cette histoire totalement creuse ?

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Comme disait Coluche "Quand on n'a rien dire, on n'a qu'à fermer sa gueule".

Reste Emilie Dequenne, un vrai bonheur ! Ultra fraîche, ultra sensible, ultra vraie. Avec ses longs cheveux blonds et bouclés, elle est divine et ressemble à Shakira !

La majorité des critiques a beaucoup aimé. Etrange...

Le public est beaucoup plus féroce et a généralement trouvé le film très ennuyeux.


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