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468ème semaine politique: les 3 formules de Hollande pour gagner en 2017

Publié le 23 avril 2016 par Juan

468ème semaine politique: les 3 formules de Hollande pour gagner en 2017

Crédits: DoZone Parody, inspiré par la campagne gouvernementale anti-discrimination.


François Hollande est loin. En voyage, Egypte puis jusqu'à Aman. Les clichés sont jolis, symboliques, artificiels comme un coup de com': Hollande salue deux pilotes à leur sortie du cockpit. Les pilotes, de retour d'une mission de bombardements en Irak, ont du attendre une vingtaine de minutes pour sortir de leur appareil. La com' avant tout. Il fallait cette image faussement prise sur le vif d'un président chef des armées au pied de l'appareil.


La communication n'a jamais été le fort du président. Sarkozy était caricatural, et outrancier; Hollande est flou, et maladroit.
Le fiasco télévisuel de François Hollande de la semaine précédente a fini par stresser jusqu'aux plus proches. Laurence Rossignol, ministre de la famille, des enfants et des femmes, s'émeut du risque d'un nouveau 21 avril. Elle appelle les frondeurs et autres critiques à se mobiliser autour du gouvernement. "Un 21 avril est possible, incontestablement". Elle fustige le faux centrisme d'Alain Juppé, cette "droite ultra-libérale." Ailleurs, Jean-Christophe Cambadélis dénonce sur tous les plateaux ce "consensus médiatico-politique" selon lequel la messe présidentielle de l'an prochain serait dite. Dans les rues, la couverture de l'Express figurant Hollande et Sarkozy barrés d'une sentence : "renoncez" leur saute aux yeux. Sur quelques places, le mouvement Nuit Debout s'entête à rassembler des débatteurs en tous genres. 
Effrayer d'un risque de victoire frontiste en 2017 ne suffit plus. La donne politique est en train de changer L'anniversaire du 21 avril 2002, qui suscite encore quelques unes médiatiques cette semaine, intéresse peu. Pour rallier l'électorat de gauche, il s'agit désormais de réveiller la gauche, en faisant peur avec la droite la plus proche, celle qui pourtant soutenait la loi El Khomri, la déchéance de nationalité, le Pacte de responsabilité, la réforme des retraites, et, bien sûr, la loi Macron.   
Le camp Hollandiste tente donc d'effrayer les centristes sur un Juppé donné victorieux que l'on dépeint désormais comme le digne héritier de Margareth Thatcher et Ronald Reagan réunis. Juppé ne serait pas le centriste que ses communicants nous décrivent. Dans les sondages, près d'un quart des électeurs de Hollande  en 2012 se déclarent pourtant séduits par le bonhomme. Contre Juppé, les attaques sont aussi personnelles. On se jette ainsi sur les confessions de ses deux aînés selon lesquels le maire de Bordeaux serait un "handicapé des rapports humains".
Pour rallier l'électorat de gauche, il s'agit aussi de "faire gauche".   
Après un quasi-quinquennat passé à "trianguler" l'adversaire, la ficelle est grosse. Le car hollandiste freine trop tard. Le mur est là. Il fallait y penser avant: avant d'applaudir l'ANI, avant de réformer les retraites comme Sarkozy; avant de lâcher 41 milliards aux employeurs et seulement 2 milliards contre la pauvreté; avant de tenter de constitutionnaliser la déchéance de nationalité; avant la loi el Khomri.
Hollande est désormais talonné voire dépassé sur sa gauche : plusieurs enquêtes d'opinion placent Jean-Luc Mélenchon au même niveau ou devant Hollande au prochain tour du Scrutin de 2017. On n'est plus dans le scenario de 2002 où les candidatures Taubira, Mamère et Chevènement avaient grignoté celle de Jospin. Cette fois-ci, le potentiel de la candidature "normale" du président sortant s'est simplement ... effondré. Si Mélenchon parvient à mobiliser paisiblement mais fermement la gauche, alors l’abstention, massive à gauche depuis 2012, sera plus faible.
"Le gavage des riches, l’appauvrissement des classes moyennes et les misères du peuple n’ont rien de fatal." Jean-Luc Mélenchon, le projet.
"Faire gauche", c'est ainsi faire sienne, à 12 mois du premier tour de l'élection présidentielle, cette merveilleuse idée d'un revenu universel minimum pour tous, c'est-à-dire aussi pour les jeunes. Mardi 19 avril, on apprend par Twitter que "le chantier" est ouvert. Il ne fallait pas plus de 140 caractères pour illustrer cette imprévision. Valls et Hollande s'inquiètent de cette persévérante jeunesse qui défile ou débat encore et toujours contre la loi travail.
Le premier ministre s'appuie sur le rapport d'un député, Christophe Sirugue, qui recommande la mise en place d'un "revenu minimum d'existence"; plusieurs scenarii sont évoqués, du toilettage à la fusion de dispositifs existants (RSA, minimum vieillesse, etc). Sur le fond, l'idée est poussée à gauche jusqu'à la droite sociale depuis des lustres. Jeudi sur France inter, Louis Gallois, ex-PDG d'Airbus, disait ainsi tout son soutien à la mesure. Les désaccords portent sur le montant et la portée. Le premier ministre défend ainsi qu'il faudrait étendre ce revenu minimum aux jeunes de 18 à 25 ans. On se souvient du fiasco du RSA jeunes porté par Martin Hirsch, alors "Haut Commissaire aux Solidarités Actives" sous Nicolas Sarkozy.
Le 29 septembre 2009, Sarkozy reprenait l'idée: "Qui peut comprendre que le travailleur de 25 ans d'une entreprise a le droit au RSA et que le même travailleur de 24 ans dans la même entreprise depuis six mois n'y aurait pas le droit ?"  A l'époque, il avait débloqué 250 millions d'euros pour l'extension du RSA aux jeunes de 18 à 25 ans. Deux ans plus tard, à peine 5000 jeunes bénéficiaient en réalité de cette aide, contre 160.000 prévus. En cause, les critères d'éligibilité: il fallait 2 ans de CDI sur les 3 dernières années pour prétendre au dispositif, en pleine période de chômage massif...
Lancer cette idée juste avant le Grand Scrutin est habile de la part de Hollande. Cela permet de cliver le débat politique avec sa droite. Car à droite, sans surprise, les furibards Wauquiez et consorts ont pu brailler leur opposition à cet "assistanat". "On propose donc de donner 250 euros à des jeunes qui ne sont pas étudiants et qui n’ont pas commencé à travailler" fustige Wauquiez aussi sec. "Ce qui me révolte, c’est qu’on est en train de faire tourner la machine à assistanat, et cela pour des étudiants et des jeunes qui n’ont même pas commencé à travailler." L'héritier du Puy-de-Dôme a la révolte aussi rapide qu'indigne.
A Marseille, les délégués CGT réélisent Philippe Martinez à leur tête sur une ligne d'opposition frontale avec les projets socio-libéraux du gouvernement. Le Figaro titre sur "la CGT dans les bras de Mélenchon". L'Obs s'inquiète: "la CGT relance la lutte des classes." Mélenchon est parti au Québec: "Ici on s’apprête à légaliser le cannabis et à voter « l’aide à mourir ». Il y a peu, on y a abrogé la déchéance de la nationalité."
"Faire gauche", c'est aussi tacler plus fermement "sa propre droite", à savoir Emmanuel Macron. 
Court-il pour François Hollande ? Il "élargit" la base électorale, expliquait-on à Solferino. Désormais, le son de cloche a changé. Macron agace, irrite, énerve le camp Hollandiste. A un quotidien belge, il confie que son son mouvement "en marche", lancé le 6 avril dernier, est destiné à nourrir un "projet présidentiel". Mardi, un journaliste attentif rapporte à Manuel Valls une interview du jeune ministre où il explique qu'il préfère "la taxation sur la succession aux impôts de type ISF" . Valls s'empourpre et le "recadre" en direct à la radio. Mercredi, Macron confie qu'il ne se sent nullement "l'obligé" de François Hollande. Il assure que son mouvement est un succès; qu'il s'appuyera sur " plusieurs milliers de 'marcheurs'", pour recueillir " cent mille expériences de vies françaises " et "dresser le bilan du pays". Rarement, ou jamais, les vrais sujets sont évoqués. Plus on s'approche du Grand Scrutin, et ses tours préliminaires, plus nos colonnes médiatiques sont encombrées de statistiques sondagières et d'analyses tactiques.
Sous les yeux ébahis et ravis de quelques éditocrates, l'évidence s'impose: Macron rejoue contre Hollande "la rupture dans la continuité" qui avait tellement réussie à Nicolas Sarkozy en 2006 contre Jacques Chirac. La machine médiatique se régale, cette guerre interne au camp social-libéral a tous les ingrédients d'un feuilleton réussi: des différences idéologiques sont minimes et n'effraient pas nos éditocrates; on insistera donc sur les écarts de génération; les différences de méthodes, les petites phrases et les gros sondages. On parlera tactique, et pas politique; "réformes", mais sans dire lesquelles.  
Macron est un cliché, la nouvelle et énième illustration de cette politique du cliché si décriée au crépuscule du sarkozysme présidentiel. Mais une certaine presse est amnésique. Et retombe pas à pas dans un piège qu'elle avait fini par dénoncer.
Il nous manque la photo de Macron, sur un cheval en Camargue, devant des journalistes parqués dans une carriole, et le compte sera bon.
Soyez patient.
Qui est dupe ?

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