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Un géant à Jérusalem

Publié le 01 octobre 2016 par Sylvainrakotoarison

" J'a été extrêmement chanceux d'avoir rencontré de nombreuses fois cette personnalité exceptionnelle. Et à chaque fois, j'ai admiré son courage, son patriotisme, sa sagesse, sa vision et ses qualités. " (Vladimir Poutine, le 28 septembre 2016).
Un géant à Jérusalem
Apôtre de la paix, récompensé par le Prix Nobel de la Paix en 1994, Shimon Peres, qui vient de disparaître, a réussi le tour de force de poursuivre son encouragement à la paix même après sa mort. En effet, son enterrement à Jérusalem ce vendredi 30 septembre 2016 a été l'occasion d'un rassemblement d'une centaine de grands responsables des pays du monde entier. Ce qui reste un événement très rare en Israël, le dernier date d'il y a plus de vingt ans lors de l'assassinat du Premier Ministre Yitzhak Rabin.
Parmi les invités étrangers très nombreux, on peut citer le Président français François Hollande et son prédécesseur Nicolas Sarkozy (qui ont fait le trajet dans le même avion), le Président américain Barack Obama, son prédécesseur Bill Clinton et le Secrétaire d'État américain John Kerry, le roi d'Espagne Felipe IV, le Prince Charles, le Président allemand Joaquim Gauck, le Président ivoirien Alassane Ouattara, le Premier Ministre canadien Justin Trudeau, et ses prédécesseurs Jean Chrétien et Stephen Harper, etc.
Ils ont été accueillis par le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou et par le Président de l'État d'Israël, Reuven Rivlin, qui a carrément demandé pardon à Shimon Peres de l'avoir tant contesté de son vivant.
Un géant à Jérusalem
L'invité le plus médiatique fut le Président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui a serré la main de Benyamin Netanyahou. On sait que la paix, la seule paix possible, ne peut être négociée que par ces deux responsables politiques, et une tentative de rencontre avait échoué en été dernier après une initiative diplomatique... de la Russie.
Au cours de cette poignée de main, Mahmoud Abbas a dit que cela faisait longtemps qu'il ne l'avait pas rencontré. C'est vrai qu'à part quelques croisements furtifs, comme le 30 novembre 2015 au Bourget à l'occasion de la COP21, ou encore le 11 janvier 2015 à Paris lors de la manifestation pour soutenir la France après les attentats contre "Charlie-Hebdo", ils n'ont plus beaucoup entretenu de relations. Ils s'étaient réunis le 14 septembre 2010 à Washington à l'initiative de la Secrétaire d'État de l'époque, Hillary Clinton, et les rumeurs de nouvelles rencontres étaient régulièrement émises. Les discussions pour trouver une paix durable attendent toujours d'être amorcées.
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C'est ce qu'a essayé d'expliquer Bill Clinton lors de la cérémonie d'hommage. Shimon Peres n'était pas naïf de vouloir la paix parce qu'il disait que cela ne servirait à rien à Israël de multiplier les victoires militaires tant que la paix n'était pas établie avec ses voisins arabes. Benyamin Netanyahou, qui fut son opposant politique récurrent (notamment en 1996), lui, estime que la paix ne peut passer que par la sécurité d'Israël.
C'est toujours le problème de la poule et de l'œuf : un jour, il faut bien faire un premier pas, un premier geste de réconciliation, pour rompre le cercle vicieux de la violence. Ce n'est pas facile. Cela s'est fait en Afrique du Sud pour sortir de l'apartheid. Cela s'est fait aussi entre la France et l'Allemagne mais il a fallu trois guerres dont deux mondiales. Shimon Peres a tenté de l'esquisser avec les Accords d'Oslo.
Un géant à Jérusalem
Répondant à Mahmoud Abbas, Benyamin Netanyahou l'a remercié de sa présence. C'est là qu'on mesure toute la capacité d'unité nationale qui règne en Israël malgré un pays divisé politiquement en mosaïque de dizaines de partis. Dans l'esprit de Benyamin Netanyahou, Shimon Peres, tout adversaire politique qu'il était, faisait partie des siens, au point de dire à la Terre entière qu'il l'aimait. Une déclaration d'amour quasiment impossible à imaginer en France. L'allocution télévisée du Président Jacques Chirac le 8 janvier 1996, lors de la mort de son prédécesseur François Mitterrand qu'il admirait secrètement, fut sans doute le maximum possible en France pour ce genre d'hommage.
Peut-être que les Israéliens, qui n'ont jamais donné par eux-mêmes, par les urnes, le pouvoir à Shimon Peres, se rendent-ils compte aujourd'hui qu'il était effectivement un géant, reconnu comme tel par tous les pays. Barack Obama l'a d'ailleurs comparé carrément à un autre géant de l'humanité, Nelson Mandela. Partout, des messages de sympathie ont été transmis à la famille et au pays, du Président russe Vladimir Poutine (voir en début d'article) jusqu'au Président chinois Xi Jinping qui a parlé de lui comme d'un vieil ami de la Chine.
Un géant à Jérusalem
En fait, depuis qu'il avait quitté la politique active (c'est-à-dire, un poste ministériel) pour un poste honorifique, les Israéliens l'avaient enfin apprécié : " La meilleure façon d'apprendre à nager est de le faire à contre-courant. Sans craindre la solitude, la controverse, l'impopularité. J'ai été attaqué toute ma vie, conspué, sans que cela influe jamais sur mon comportement. Et me voilà aujourd'hui Président d'Israël, doté de taux de popularité stupéfiant ! N'est-ce pas à méditer ? " (septembre 2009).
Le 30 septembre 2016, Shimon Peres a été enterré sur le Mont Herzl, l'équivalent du Panthéon français à Jérusalem, et sa tombe est placée juste entre deux autres Premiers Ministres israéliens, Yitzhak Rabin et Yitzhak Shamir. Le premier fut son rival pendant vingt ans au sein du Parti travailliste, à la personnalité très différente (Shimon Peres était diplomate et loquace, Yitzhal Rabin cassant et silencieux), et le second fut son adversaire politique du Likoud avec qui il aménagea une "cohabitation" (à l'israélienne) à la suite des élections législatives du 23 juillet 1984. L'infatigable travailleur (qui trouvait que les vacances étaient une perte de temps) va se reposer.
" La démocratie ne consiste pas à s'engager à ce que tous soient égaux, mais à ce que chacun puisse être différent, tout en étant traité également. Elle n'est plus la revendication de la libre expression, mais de l'auto-expression pour ne pas sombrer dans le trou noir de la globalité. Nous devons le comprendre et laisser la jeunesse bâtir un monde différent. " (Shimon Peres, 11 mars 2013).
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (01 er octobre 2016)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Un géant à Jérusalem.
Shimon Peres.
Israël est une démocratie.
Yitzhak Rabin.
Le Président Peres.
Ariel Sharon.
Ehud Olmert.
Benyamin Netanyahou.
Yasser Arafat.
Un géant à Jérusalem
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160930-shimon-peres-C.html


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