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Tropique de la violence de Nathacha APPANAH

Par Lecturissime

Tropique de la violence de Nathacha APPANAH

"Les mensonges et les rêves n'exitent plus. Seuls subsistent la vie et l'enfer des autres."

Marie est une jeune infirmière qui suit l'homme qu'elle aime sur l'île paradisiaque de Mayotte située dans l'océan Indien. Mais leur relation ne dure guère. Un beau jour, à l'hôpital où elle travaille, une jeune mère lui offre comme en cadeau un bébé aux yeux atypiques : l'un noir l'autre vert. La jeune mère pense que cet enfant lui portera malheur car il porte la marque des djinns, elle refuse de l'élever et le laisse ainsi à Marie qui va couver cet enfant et l'aimer comme s'il était le sien. Elle le prénomme Moïse et dans cette île où règne la misère, elle l'élève dans un monde relativement privilégié. Aussi, le jour où Moïse quittera ce monde de priviléges, il heurtera de plein fouet l'envers du décor... Mené par Bruce, jeune garçon qui règne sur le bidonville appelé Gaza, Moïse errerra avec ces enfants et adolescents livrés à eux-même, dans un monde hanté par la pauvreté et sclérosé par la drogue et la violence

Natacha Appanah s'attache ici à décrire le désoeuvrement de ces jeunes appartenant à des gangs violents. La jeune femme a vécu elle-même à Mayotte durant deux ans et avait été frappée par le nombre d'enfants errant dans les rues. Souvent ces enfants avaient été laissés à Mayotte par leurs parents clandestins renvoyés à la frontière.

"Le 101ème département, surnommé l'île aux parfums ou l'île au lagon, fait également face à une pression migratoire constante venue des Comores, de Madagascar et même de quelques pays africains. Presque 20 000 personnes ont été reconduites à la frontière en 2014 mais les kwassas kwassas continuent d'arriver tous les jours sur les côtes mahoraises. 597 embarcations ont été interceptées en 2014. On estime à 3000 le nombre des mineurs isolés qui vivent durablement dans le 101ème département de France, sans foi, ni loi." p. 112

Mayotte semble bien loin de l'image d'eldorado véhiculée par les agences touristiques !

Tropique de la violence de Nathacha APPANAH
Photo de Vincent Nguyen : MAYOTTE - Combani, le 16 octobre 2008 - La petite fille d'un couple de sans-papiers comoriens dans le quartier Kiama (Enfer) habité essentiellement par des "clandestins" comoriens dans la ville de Combani, au centre de Mayotte.@http://photojournaliste.emi-cfd.com/

"C'est Mayotte ici et toi tu dis c'est la France. Va chier ! La France c'est comme ça ? En France tu vois des enfants traîner du matin au soir comme ça, toi ? En France il y a des kwassas qui arrivent par dizaines comme ça avec des gens qui débarquent sur les plages et certains sont déjà à demi morts ? En France il y a des gens qui vivent toute leur vie dans les bois ? En France les gens mettent des grilles de fer à leurs fenêtres comme ça ? En France les gens chient et jettent leurs ordures dans les ravines comme ça ?"

- La structure est déroutante, puisque le récit commence par la fin, et que sont alors déroulés les évènements qui ont mené à cette situation, sappant toute tension dramatique.

- Plusieurs voix prennent en charge la narration dans des chapitres relativement courts, si bien que la psychologie des personnages semble peu approfondie, survolant seulement les situations. Les points de vue -quelquefois venus d'outretombe- sont comme détachés de la violence des faits évoqués.

Bilan : Un sujet fort mais un ensemble qui manque malheureusement de puissance pour moi.

Un roman qui fait partie de la première sélection du prix Goncourt, de la première sélection du Fémina, ainsi que du Médicis.

Tropique de la violence, Natacha Appanah, Gallimard, août 2016, 192 p., 17.50 euros


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