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« Premier Contact », Denis Villeneuve commente trois extraits

Publié le 01 décembre 2016 par Stenograf

Pour la promotion de Premier Contact, Denis Villeneuve est passé en coup de vent à Paris. Il venait de terminer le tournage de Blade Runner 2 et pensait surtout au montage et à la post-production de cette énorme entreprise. Si bien qu’il n’avait qu’un quart d’heure à accorder pour parler de Premier Contact, de cette variation inédite sur le thème de la rencontre entre l’humanité et une espèce extra-terrestre, dominée par l’interprétation quasi-bergmanienne d’Amy Adams. Le réalisateur québécois a accepté de commenter trois extraits du film.

Le chemin jusqu’au vaisseau

« Un des challenges de Premier contact, c’est que le film décrit un processus scolaire. Comment garder un esprit ludique, une tension vivante? On a eu cette idée d’étirer les séquences qui faisaient découvrir ces créatures d’une culture différente, qui obéissent à des lois différentes – physiques, chimiques, avec aussi peu d’anthropomorphisme que possible. Au départ, le scénariste avait placé le vaisseau spatial à quelques mètres des tentes des scientifiques; je trouvais qu’il y avait un potentiel dramatique plus fort en l’éloignant d’un kilomètre. Ca me permettait de créer cette séquence où les scientifiques découvrent progressivement les êtres, comme un striptease. Mon inspiration première, ça été Les Dents de la mer, Spielberg dévoilait progressivement le requin.

Le scénario décrivait le vaisseau de manière différente, j’avais envie que le vaisseau ait quelque chose d’effrayant, qui évoque le rapport au sacré. Il fallait que ce soit monumental que ça impose un sentiment d’humilité aux humains. Pour moi un des thèmes principaux du film, c’est l’intimité avec la mort. Il y avait l’idée que le vaisseau représentait une porte qui permet le contact avec des êtres qui représentent la mort. Cette forme oblongue est venue d’une recherche: il y a dans le système solaire une masse énorme qui pourrait presque être une planète naine, qui s’appelle Haumea. C’est une forme oblongue qui circule dans le cosmos, j’ai trouvé ça effrayant.

Le premier contact entre Louise et les créatures

Je ne voulais pas que mon héroïne fasse preuve d’arrogance, d’insouciance, d’inconscience, dans ce geste d’enlever sa tenue de protection. Je voulais que ça vienne de l’intuition qu’elle est en sécurité. Qu’on voie quelqu’un qui pense qu’elle va enseigner l’anglais à des créatures, et qui en fait se repose sur une intuition, sur une forme d’apprivoisement et de reconnaissance mutuelle.  C’était une scène dangereuse pour moi, je ne voulais pas que mon personnage ait l’air suspect.

Amy Adams a été mon premier choix, c’est une actrice d’une grande profondeur. Il y a plusieurs films en même temps. Il fallait quelqu’un qui aie la capacité d’exprimer ces différents niveaux d’histoire, qui soit aussi capable de faire croire à l’existence de ces êtres. Les acteurs étaient en contact avec des marionnettes de l’autre côté d’un écran blanc, il fallait quelqu’un qui ait la générosité, l’engagement et la passion pour nous y faire croire. Ils existent parce qu’ils existent dans les yeux d’Amy. Elle a un puissant rapport au merveilleux et une maîtrise de l’art du jeu comme j’en ai rarement vue, et un perfectionnisme étonnant. J’ai été choyé, parce que le film repose entièrement sur ses épaules.

Le conflit interplanétaire

Là on revient dans la problématique de la géopolitique. Pour être sincère, c’est l’aspect qui m’intéressait le moins dans le projet. Je trouvais extraordinaire l’idée de l’intimité avec des êtres venus d’ailleurs, de l’échange du langage. J’ai fait tout pour étirer la première partie du film, la partie géopolitique est plus convenue. Elle était nécessaire pour créer la tension, c’était aussi intéressant de voir l’impact de cette visite sur la planète. Mais je voulais qu’on continue de voir cet impact à travers le regard de Louise, de cette femme en deuil.

J’aime l’ouverture du film, où ces événements ahurissants se produisent, et où on reste dans son intimité, dans ce silence, dans son manque d’appétit. Il y avait quelque chose de juste de décrire l’arrivée de cette façon intime et banale. Et pour en finir avec l’aspect géopolitique, j’ai vraiment essayé de faire en sorte que les autres pays existent. Je n’ai pas réussi comme je l’aurais voulu, mais enfin… La proposition de départ se limitait aux Etats-Unis. En tant que Canadien, j’avais envie que des vaisseaux atterrissent en Afrique, dans des pays européens qui n’étaient pas forcément la France ou le Royaume Uni. Pour moi c’était important que ces êtres qui viennent du fin fond d’une autre galaxie n’atterrissent pas au-dessus de la Maison Blanche.


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