Magazine Beaux Arts

Dietrich-Mohr : la génération oubliée

Publié le 29 décembre 2016 par Pantalaskas @chapeau_noir

Décédé le 25 décembre dernier à l’âge de quatre-vingt douze ans, le sculpteur Dietrich-Mohr appartenait à une génération oubliée, celle d’artistes qui ont connu leurs heures de gloire aux temps florissants du « 1% artistique » , idée venue du Front Populaire, mise en œuvre seulement à partir de 1951 et véritablement développée à partir des années soixante et soixante dix.

Le pont de Gratteloup

Le pont de Gratteloup installé en 1982 à Montigny-le-bretonneux

D’abord limité aux bâtiments du ministère de l’éducation nationale lors de sa création, le dispositif a été élargi et s’est imposé à la plupart des constructions publiques de l’Etat et à celles des collectivités territoriales. Avec les Ervin Patkaï, Marino Di Teana, José Subira-Puig, Robert Fachard, François Stahly, Vincent Batbedat, Marcel-Petit, Marta Pan, Marcel Van Thienen notamment, tous disparus, Dietrich-Mohr a participé à cette avancée inédite à l’époque: faire apparaître dans le paysage public quotidien les signes d’une création contemporaine. Cette aventure, tout en offrant aux sculpteurs un nouveau champ d’expression en investissant les écoles, les universités, les hôpitaux etc.., montra combien ce front pouvait se révéler agité, turbulent. Faire accepter dans des lieux non préparés à l’époque au regard du public ces propositions nouvelles ne fut pas simple. Perçues comme des corps étrangers dans un paysage jusque là vide de toute création plastique, les œuvres ont dû faire face à une résistance que leurs auteurs n’attendaient peut-être pas. Certains opposants réclamaient la disparition de ces « horreurs », estimant que l’installation de bancs publics aurait été bien préférable. D’autres, sans envisager leur destruction, laissaient à l’abandon ces pièces qui, mal entretenues, subissaient les assauts du temps. Les agressions, les tags exprimaient parfois l’agacement envers ces artistes dont la démarche n’était pas toujours expliquée. Le temps de la médiation dans l’art public n’était pas encore venu.

faisanderie de senart symposium de sculpture 1971

Faisanderie de Sénart symposium de sculpture 1971

C’est à ce moment de l’éclosion du 1%, en 1951 que le sculpteur, né à Düsseldorf en Allemagne, s’installe en France après des études aux écoles d’art décoratif de Krefeld et de Bâle et à l’école des Beaux-arts de Karlsruhe. A Paris, c’est dans l’atelier de Zadkine à la Grande Chaumière qu’il poursuit sa découverte de la sculpture. A côté de ceux qui utilisaient la pierre, le bois, Dietrich-Morh préféra recourir au métal au début pour des raisons pratiques : transporter des œuvres monumentales en pierre pour les présenter dans des salons s’avérait une tâche insurmontable. Laiton, acier inoxydable et acier Cor-ten seront ses matériaux de prédilection. Le sculpteur a joué dans toute sa recherche sur l’ouverture à la lumière des formes métalliques. Pour lui chaque pièce devait avoir un extérieur et un intérieur, permettant à cette lumière d’apporter un élément de jeu supplémentaire au travail des formes. La réflection sur le métal participait souvent à l’intégration de l’œuvre dans le paysage. Lamelles, alvéoles structuraient l’intérieur des pièces et participaient à ce dialogue intérieur/extérieur.
Dans ces assemblages soudés, c’est le vide qui devient alors le matériau de choix, mis en scène par l’articulation des pièces métalliques piégeant la lumière. Si bien que les sculptures der Dietrich-Mohr gagnaient en légèreté, comme la plume avec laquelle l’artiste dessinait ses formes sur le papier, exercice auquel il recourait fréquemment.
Quarante ans après l’investissement des espaces:publics par les heureux bénéficiaires du 1%, les œuvres sont pour la plupart toujours en place, parfois dégradées. Certaines ont disparu, d’autres ont connu des aléas stupéfiants comme cette sculpture de Marcel-Petit badigeonnée en rose à la demande de l’architecte qui avait décidé le ravalement en rose du lycée d’Epinay-sur-Seine. La génération de ces sculpteurs, au regard de la profusion des propositions artistiques contemporaines, fait quelque peu figure de génération délaissée. Seules les œuvres monumentales encore en place traduisent leur aventure personnelle et collective. Elles témoignent également d’un moment dans l’histoire agitée d’un art public soumis aux affronts du temps.

Photo  Sénart : Evry daily photo


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Pantalaskas 3071 partages Voir son profil
Voir son blog