Magazine Médias

Le merveilleux bestiaire de Dulk

Publié le 01 mars 2017 par Efflorescenceculturelle
Le merveilleux bestiaire de Dulk
Sur les murs, à partir de l'argile, sur du bois ou de la toile : Antonio Segura Donat alias Dulk met tous les supports au service de son art, souhaitant faire de chaque surface une fenêtre ouverte vers un monde coloré et peuplé d'animaux étranges.

Antonio Segura Donat est originaire de Valence en Espagne, là où il se forme à l'illustration et au design graphique mais il finalise sa maîtrise à Bruxelles en 2013. Artiste prolifique, il est au service de quelques chanteurs soucieux de posséder des pochettes artistiques aux tonalités édulcorées, mais Dulk a des ambitions beaucoup plus louables.

Entre mammifères, volatiles et même des dinosaures et monstres mythologiques, l'artiste espagnol tire cette inspiration de la nature et surtout des encyclopédies de son père quand enfant, Dulk observe des photos en noir et blanc de différentes espèces animales. Adulte, il leur donne de la couleur et pour rappeler leur fragilité face à la folie des hommes, il crée des plaies et des amputations, éléments déchirants pour ceux qui tentent de défendre nos cousins les autres animaux.

Ses œuvres sont récemment publiées dans la monographie The Dulk publiée par Ediciones Babylone. Ses dernières compositions sont imprégnées de douceur, de candeur et de magie. L'enfant que nous sommes (ou étions) doit éprouver du plaisir à imaginer ces scènes fantastiques.

En observant les détails de Last Chance et Lethargy, l'amateur d'art doit reconnaître la présence de la mort. Véritable memento mori, faisant écho aux différentes plaies et amputations des animaux, les crânes sont une manière subtile de s'adresser à l'observateur, de lui faire comprendre cette fois-ci que le sort de ce bestiaire merveilleux est lié au genre humain, que leur disparition conduit aussi à notre perte. Cependant, il ne faut pas voir cela comme une fatalité, l'espoir se cache toujours dans les détails.

Rebirther est incontestablement une référence aux œuvres de Salvador Dali. Des éléments de La Persistance de la mémoire et Les Eléphants sont dissimulés dans cette toile de 2016. Elle prête à rire, parsemée de quelques détails comme cet oiseau au bec ouvert qui peut être assimilé à l'oiseau Twitter. Il est tout de même difficile de comprendre le sens d'une telle composition. Le pachyderme cherche-t-il à annoncer une bonne nouvelle alors que ses jambes de bois sont en train de s'écrouler ? Pourquoi l'horloge anthropomorphe contemple-t-elle les évènements avec tant de lassitude?

Dulk ne s'arrête pas à la reprise des artistes contemporains mais il s'étend dans l'illustration des légendes locales. Le dragon de Wawel raconte l'histoire d'un dragon ayant dévoré des citoyens d'une ville de Pologne. Un pauvre cordonnier façonne alors une peau de chèvre remplie de sulfure à l'attention du terrible monstre cracheur de feu. Il l'avale et est aussitôt victime d'une soif sans fin qui le pousse à avaler l'eau du fleuve Vistule et cette longue absorption conduit à sa propre explosion. La composition murale de Dulk est difficile à comprendre à cause de la réinterprétation de la légende. L'artiste espagnol semble vouloir perturber les habitants de Cracovie en y ajoutant des éléments saugrenues à la scène. Avant de dévorer l'agneau, le dragon lui sert un thé ! Cependant, Dulk réussit à créer une atmosphère angoissante en faisant appel à des corbeaux qui semblent survoler dans la scène ainsi que dans la rue même. La frontière entre l'imaginaire et la réalité est vraisemblablement mince.

S'il y avait un jeu à faire, s'il y avait une manière de s'approprier l'œuvre de Dulk, il s'agirait de voyager à travers les villes internationales où l'artiste espagnol a peint ces fresques étranges. Notre mission serait d'insuffler aux espèces animales de l'espoir, celle d'un jour plus radieux. A la manière d'un fou qui parle à un arbre, cette relation mystique avec les animaux en 2D fera perdre la sévérité humaine pour s'adonner à la candeur humaine.


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Efflorescenceculturelle 4198 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazine