Magazine Journal intime

Ego-Journal 32/

Par Deuxcentcinquanteetun @DeuxCent51
Ma peur la plus tenace est la perte de mes émotions, ne devenir qu'un robot, un de ces êtres sans conscience.
M'imaginer ne pouvant plus ni ressentir et encore moins exalter mes passions serait sans doute le pire de mes cauchemars. A la limite, être impotent au point de ne pouvoir plus bouger ni m'exprimer, mais pourtant ressentir et vivre intérieurement serait sans doute moins grave que de rentrer dans cette normalité, cette rationalisation de l'individu vers quoi nous pousse notre société.
Ne plus pouvoir exprimer qui je suis, ce que je ressens, être une coquille vide où seule l'horloge serait mon maître, est en effet une probabilité dans les dérives potentielles de ma raison affolée. Pour me protéger, pour être "comme les autres", pour ne pas être différent, pour ne plus souffrir, pour ne plus me poser des questions, s'en remettre à une mécanique implacable et hors de contrôle comme l'est une horloge où les secondes, les minutes, les heures et les jours défilent, donnant un semblant de rythme et de mouvement à une vie qui ne serait plus.
Cette horloge pourrait se retrouver dans différentes configurations, au propre comme au figuré, dérivant de différentes contraintes :
  • les transports
  • les rendez-vous
  • le travail
  • l'administration
  • les relations sociales
  • les obligations citoyennes
  • les contraintes de la vie quotidienne
Cette clepsydre ne cesserait d'égrener les parcelles de ma vie réelle, me conduisant à renoncer à toute reconnaissance de mon existence profonde, mes fondations qui font de moi qui je suis. Je ne serais plus qu'une mécanique parmi tant d'autres, n'osant se poser la moindre question sur qui ils sont, pourquoi sont-ils, que deviendront-ils. L'avenir n'aura plus aucun sens, si ce n'est attendre l'aiguille d'avancer d'un cran de plus. Chacun de mes actes, chacune de mes pensées ne seront rythmés que par ce tic-tac industriel, sociétal, sans aucune considération de ma propre existence.
En bref, ma peur est ma propre déshumanisation, alors que l'ensemble constitué de mon cœur, mon âme et ma déontologie sont le ciment de mon être et de mon existence, la seule réalité que je peux accepter.
Je ne peux me résoudre à cette extrémité. Je l'avais déjà tentée par le passé, avant la fusion avec ma muse, refusant toute possibilité d'expression de mes sentiments, plus froid qu'une pierre, plus rationnel qu'un calculateur, plus démontrable qu'un théorème. Cela a faille me conduire à une forme de folie, schizophrénie, où ma personnalité réelle était étouffée pour ne laisser place qu'à un tas de muscles et d'os, de viscères et d'organes, dont les rôles sont prédéfinis et ma fonction elle-aussi actée et sans ambiguïté. 
J'ai eu la chance de croiser ma fée, mon âme sœur, qui m'a permis de retrouver une forme d'équilibre entre les deux. J'ai ainsi pu renforcer les deux faces, la rationalité et l'irrationnel, en transformant cette pièce en une force qui m'a portée bien au-delà de ce que je pouvais espérer. Sans doute ais-je trop surestimé cette chance, la croyant immortelle et indestructible, tentant de m'ouvrir à sa propre écoute mais de manière insuffisante, même si j'ai tenté de bien des façons, maladroites, incomprises, de le faire.
Aujourd'hui, de retour à mon passé présent, je ne voudrais pas refaire les mêmes erreurs. Je sais que plus jamais cette chance ne se représentera. Il convient donc que je trouve un équilibre, pour le moment inconnu, ni dans sa forme, ni dans son fond, ignorant même le moment où celui-ci sera indispensable. Je sens la clepsydre à nouveau s'écouler, mon temps disparaissant sans contrôle, et risquant de me condamner à ne suivre que cette illusion d'une vie régulée par un automate.

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