Magazine Journal intime

Ego-journal 33/

Par Deuxcentcinquanteetun @DeuxCent51
La différence est-elle une tare ou un avantage ? Dans cette société individualiste, contradictoirement, l'uniformité est la règle. La difformité, l'infirmité, le comportement inapproprié sont autant de parcelles d'êtres humains respectables mais que le groupe rejette.
Alors bien sûr, il y a les "bonnes œuvres". Il y a la médecine. Mais pourquoi oblige-t-on, sauf à le choisir, de devenir quelqu'un d'autre ? Est-ce que ce choix même est libre et non pas imposé par l'environnement ?
J'ai appris avec le temps à faire semblant, à porter un masque de normalité. Mais tragiquement, celui-ci s'effrite avec le temps et je ne peux rien y faire. Je deviens en apparence petit à petit ce que je suis. Et ce que je montre alors est considéré comme un monstre.
Faudra-t-il m'enfermer dans un zoo, un hôpital psychiatrique pour inadaptation à cette société qui d'un côté prône officiellement la recherche personnelle, le bonheur individuel, les valeurs humaines, et qui d'un autre côté prône officieusement l'égoïsme, l'asservissement et les valeurs des marchés et de la consommation ? L'officiel s'effaçant au "profit" de l'officieux.
Pourquoi être soi-même est-il interdit ? J'entends bien sûr la règle de base : sa liberté s'arrête où commence celles des autres. Mais étant d'un grand respect des lois, des principes moraux et possédant une forte empathie, cela ne devrait pas être un problème.
Que j'essaye ne serait-ce qu'un instant de montrer mon vrai visage, et je vois dans le regard de l'autre l'ennui, le profond sentiment de refus de me faire face. Les phrases banales sortent unes à unes, signifiant : mettez fin à ceci immédiatement, s'il vous plait.
Certes, ce n'est pas une absolue généralité, il y a des exceptions, rares, mais pourquoi est-ce si difficile à l'espèce humaine d'assumer ses émotions, ses rêves de perfection et d'idéaux non destructeurs ?
Dans ces moments troubles, je ne peux pas m'éviter de faire "parfois" le rapprochement. Et si ces jeunes qui prenaient une voie dangereuse, immorale et sacrificielle ne seraient-ils pas dans une situation similaire, incapable d'exprimer leur moi profond, et de ce fait cherchant l'illusion d'un idéal faussé et en fait au "profit" de l'officieux.
Pour ma part, cette incapacité à m'autoriser à être moi-même, dans le respect des autres, c'est sans doute ce qui me fait "détester" le plus cette vie. Comment vivre si ce n'est dans ses rêves, dans sa tête, totalement enfermé dans quelques centimètres cubes de matières grises et blanches, dans un corps subissant les attaques rémanentes de cet esprit en souffrance. Est-ce là la vie ? Est-ce là ma vie ?
L'amour avait été pour moi le point d'accueil de qui je suis dans cet univers si froid et indifférent. Mais cet amour, maintenant unilatéral, n'est plus qu'un tourbillon de plus dans ma tête et ne constitue plus un passage de mon monde à l'autre.
Bien sûr, il me reste l'écriture. Mais est-elle réellement un point d'accès à ce monde extérieur ? Après tout, l'auteur (si je peux me permettre de m'appeler ainsi) ne peut obliger quiconque à le lire, et encore moins à le comprendre. Comme il est dit : une fois écrite, une "œuvre" (parenthèses car je n'ai pas cette prétention) appartient à ses lecteurs. Et elle est tellement rare cette lecture (je remercie au passage les rares qui me lisent), cela me conforte dans cet état d'isolement mentale, spirituel et émotionnel, ma prison mentale. Faire semblant pour continuer de faire marcher cette machine biologique, en espérant servir "si peu" cette humanité indifférente.
Papillon provoquant peut-être un jour un raz de marée ?

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