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Quatrième grossesse et regard des autres

Publié le 13 mars 2017 par Unechambreamoi
Quatrième grossesse et regard des autres

Awkward Family Photos

  
 Pendant ma troisième grossesse, j'ai reçu énormément de réactions négatives de la part de gens plus ou moins proches, et notamment de beaucoup d'inconnus, ce qui avait le don de... m'étonner. Ca m'a endurcie, clairement. (Fort heureusement, ma famille, la plupart de mes proches, avaient tous accueilli la nouvelle avec joie... le modèle de "trois enfants" étant vu comme très normal par beaucoup de mon entourage, ouf).

Beaucoup de remarques, de commentaires, de sourcils levés (voire d'airs dégouttés). 

C'est là que j'ai compris que j'allais commencer à être un peu décalée par rapport à ce qui est promu dans la société.
 
Pour ma quatrième grossesse, j'ai l'impression, bizarrement, que la nouvelle est acceptée plus facilement. Je suis évidemment bien plus distanciée des remarques toxiques, j'ai évolué, pour me protéger (bien obligée...)
Et peut-être que je dégage, maintenant, plus d'assurance.
 En fait, pour être plus précise, il y a une vraie différence: j'ai l'impression d'être entrée dans une autre catégorie, celle très spécifique des "familles nombreuses", terme aussi péjoratif que positif selon qui l'emploie... et que l'heure n'est plus au débat. On n'est plus le cul entre deux chaises, on a déjà "basculé"... c'est irrévocable et les gens l'ont acté.
 
Les gens pensent, pour résumer, soit qu'on est des doux-dingues voire des irresponsables extrêmement agaçants... soit qu'on est des parents absolument géniaux, admirables, extrêmement résistants et j'en passe (et un peu illuminés, quelque-part, quand-même, avec une foi et un optimisme complètement à côté de la plaque, dans notre société 😅)
Dans les deux cas, ces réactions sont, à mes yeux, disproportionnées.
 Je nous trouve simplement naturels et normaux.
  De la part de certains, je reçois énormément de marques d'attention, des compliments admiratifs... des proches étaient tout émus à cette annonce, beaucoup de gens me disent que c'est beau, les grandes familles, et qu ils auraient adoré faire la même chose.
Je reçois beaucoup de témoignages de gens qui étaient quatre dans leur fratrie, et qui me disent combien ils ont aimé ça. Pas mal de parents de quatre enfants viennent me voir pour me dire comme ça les a rendus heureux, et même que "quatre, c'est vraiment mieux que trois" (sic).
Et ces gentils mots me font du bien... vraiment.
 D'autres font carrément les morts, ne prennent plus aucune nouvelle. On voit que ce choix, pour des raisons qui nous échappent, les dérange, leur fait un peu peur. Ça ne devrait pas, pourtant... cela ne va pas nous "changer"!
  D'autres encore, bien sûr, mais plus rares heureusement... continuent à faire des remarques acerbes. 
Des inconnues (à 95%, ce sont des femmes), régulièrement, m'envoient sèchement des "quel courage!" ou des "mais ils sont tous à vous?" en comptant mes enfants dans la rue, je commence même à avoir l'honneur de devoir répondre à l'épineuse et mystérieuse question "ils sont tous du même père?", et même si ces phrases m'amusent, au fond (et m'inspirent!), elles ne me font pas non-plus spécialement plaisir... et surtout, elles m'interpellent: énormément de parents, en soupirant dès qu'ils voient que certains sortent du chiffre réglementaire de "2 enfants", ne s'aperçoivent pas qu'en transmettant leur négativité par rapport à leur propre expérience, ils donnent avant tout cette impression qu'avoir eu des gosses (pour quelle raison en ont ils eus, d'ailleurs?) était une des pires choses de leur vie. Et je trouve ça... triste pour eux. 
 Je peux le comprendre, on en a tous bavé avec les nuits hachées et la fatigue des trois premières années... et on en bavera à nouveau. Oui, c'est dur, d'être parent... mais je ne vois pas l'intérêt de le balancer, sans tact, à une femme enceinte, qui s'apprête à replonger dans les couches et les tétées.
J'ai eu trois enfants, je sais ce que c'est. Je me souviens même que l'accouchement, ça pique un peu.
Je suis au courant aussi que la vie sera difficile, et même qu'on va tous mourir. Pire, qu'un jour ils seront tous ados. Et après? Trop tard pour avorter...
  Parce que si on fait ce choix de faire un bébé de plus, c'est peut-être parce qu'on est plus que lucide sur les difficultés que cela entraîne... mais aussi plus que lucide sur le bonheur fou que cela nous procure, à nous. À notre vie de famille, à nos enfants. À notre couple. C'est juste... notre envie personnelle.
 C'est notre petit choix de vie... on ne le fait ni pour faire plaisir aux gens, ni pour les choquer... 
alors, c'est vrai, il y a toujours quelque chose de difficile dans le fait que certains prennent, de manière un peu égocentrique et irrespectueuse, un air horrifié en apercevant mon ventre rond.
  Oui, pour nous, nos premiers enfants nous ont apporté bien plus de joies que d'emmerdes. Non, on ne les trouve pas insupportables. Non, on n'a pas l'impression de trimer pour rien, on a même l'impression de recevoir énormément de reconnaissance de leur part, dans leurs petits mots et sourires du quotidien.
Non, leur présence ne nous gâche pas la vie. Non, on s'en fout de ne pas sortir en boite chaque week-end. 
Oui, on aime cette idée de "sacrifice" (léger, le sacrifice, hein) qui signifie qu'on mette tout en œuvre pour que nos enfants soient aussi heureux que possible, être responsables pendant des années et des années, parfois au détriment de nos petits désirs personnels. 
Oui, on sait qu'il faudra payer leurs études. 
Non, ça ne nous dérange pas d'avoir à prévoir une voiture un peu plus grande. Non, on ne s'inquiète pas pour les déplacements en vacances. 
Non, pour nous, une grasse matinée ne fait pas le poids par rapport au bonheur d'élever un enfant, même malade toute la nuit et, parfois, il faut l'avouer, super casse-pieds. 
Non, on n'a pas spécialement envie de se débarrasser de nos gosses pour partir deux semaines en amoureux au bout du monde (même si, comme tout le monde, on a besoin de souffler)
Non, on ne se trouve pas courageux, on se trouve chanceux.

Oui, on est heureux comme ça. Comme d'autres "dingues" peuvent être heureux à grimper, à pied, une montagne comme des cons pendant des jours et des jours, juste pour le plaisir d'admirer une vue qui n'aurait pas été si époustouflante, pour prendre un plaisir qui aurait été moins intense, s'ils y étaient allés en téléphérique. Et même, comme d'autres peuvent être heureux, à leur façon, différemment... avec ou sans enfants. Tant qu'ils sentent qu'ils sont à la meilleure place possible, pour eux.

  A chacun de trouver le sens de sa vie... il n'y a ni gloire, ni mérite, ni commisération à tirer de quoi que ce soit. Pas de médaille à la fin. Et comme je l'expliquais dans le billet inaugurant cette quatrième grossesse... pas d'explications ou de justifications à trouver.
Note à moi-même
Essayer, plus tard, d'avoir des paroles aussi bienveillantes que possible avec les futures mamans, les futurs parents. 
Réussir à continuer de penser, comme aujourd'hui, que ces moments sont parmi les plus beaux de l'existence, et essayer de le communiquer à ceux, plus jeunes, qui prendront le relais. 

Ne pas devenir, en me penchant sur les futurs petits berceaux, une de ces méchantes fées, qui ont besoin de se soulager en promettant les pires difficultés aux parents émerveillés.

M'inspirer de ces gens (et ils sont nombreux!) qui n'ont pas laissé le cynisme guider leur vie. 
 Etre comme ce monsieur, qui avait "réussi" socialement, et qui était aussi père, qui m'avait dit, un jour, "être parent est la plus belle chose qui soit: comme en jardinage, on bêche, on sème, on plante, on arrose pendant longtemps... et un jour, à force de patience, tout se met à fleurir".
  Et un sourire, un mot gentil adressé aux futures mamans, ça n'engage à rien, et ça peut même... leur faire du bien.

(by the way, j'ai appris la grossesse surprise d'une de mes amies, déjà maman de deux merveilleux enfants, mais qui a connu plusieurs fois, en fin de grossesse, le deuil périnatal -et a donc vécu des épreuves terribles, ce qui ne se devine pas quand on a la chance de croiser son sourire, aujourd'hui rayonnant-, et vous ne pouvez pas savoir comme je suis heureuse pour elle)



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