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Arrête de râler, c’est contagieux !

Publié le 31 mars 2017 par Desfraises
Je travaillais dans un château en Dordogne (). Je vous donne l'adresse, y a prescription, va.
Petit retour en arrière. 
J’ai parfois honni le riche ou l’imbécile, le bourgeois ou le sous-chef graveleux. J’étais probablement sous l’influence de ce collègue soupe au lait pour qui le Château ne trouvait jamais grâce à ces yeux. Rien n’allait. Tout partait à vau-l'eau. Ils verraient ce qu’ils verraient lorsqu’il les quitterait. Jamais il n’avait vu ça. La photocopieuse méritait bien un coup de pied, et il ne se privait pas pour le lui asséner. Je finissais par lui dire, me surprenant à rouspéter à mon tour contre les toiles d’araignée ornant tentures, appliques, et recoins du Château : « Arrête de râler, c’est contagieux. » J’avais vite compris ce qui l’eût contenté: un hôtel sans clients pour l’emmerder.Arrête de râler, c’est contagieux !
Une semaine plus tôt, un client VIP souhaitait utiliser une de nos salles fitness. Il avait d’ailleurs choisi le Château pour ses salles fitness. Un énervé des machines à faire souffler comme un bœuf et gonfler les biscotos. Mais après tout, chacun sa marotte. Il fallait lui en donner pour son argent. Je m’enquérais donc du passe général et lui ouvrais sa caverne d’Ali-Baba.
Donnant ensuite les consignes à l’ami soupe au lait – laisser à ce client l’accès libre à son dada – je le vois bouillir. « Non mais oh ! on leur donne de mauvaises habitudes… » Les bras m’en sont tombés. Je vous épargne la suite du dialogue où je lui explique grosso-modo que sans client, il pourrait jouer aux boules tout son soûl. Et sans salaire.
- Oh là là, y a du monde demain. Peuvent pas rester chez eux ? Fait chier.
Mais ce qui le met véritablement hors-de-lui, c’est le client anglophone qui ne parle pas français. Dans un élan de mauvaise foi assez truculent, il vitupère : « Ils ne font aucun effort. Jamais vu ça. Tu vas dans un pays, tu parles la langue, c’est la moindre des choses. » J’aimerais bien l’y voir, avec son pull mal ajusté, sa cravate peinant à atteindre sa ceinture. Partirait-il à Java qu’il parlerait le javanais ?
Un soir de juillet, un orage surprit le Château et ses résidents. La collègue réceptionniste courait avec ses seaux pour contenir bon an mal an les fuites ici et là ; elle répondait à la panique des clients par le sourire et une épatante efficacité. Elle avait terminé son service depuis une heure déjà, mais au diable l’avarice. Plus de wi-fi, plus d’Internet, plus de téléphone, plus de standard. Deux clients britanniques se présentent à la réception s’alarmant de ne pouvoir appeler leur famille au pays.
Joignant le geste à la parole, l’ami soupe au lait rétorque : « standard. téléphone. BOOM. » et tourne les talons, dévoilant des chaussettes blanches sous un pantalon de costume aux ourlets partis en grève illimitée.
Standard. téléphone. BOOM.
Illustration: William-Adolphe Bouguereau – La Soupe (1865)

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