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Chroniques de l’ordinaire bordelais. Épisode 226

Publié le 02 avril 2017 par Antropologia

Monsieur Printemps

  • Bonjour princesse !

Et il me gratifie d’un élégant baisemain…

La première chronique de l’ordinaire lui était consacrée, c’était en décembre 2011. Mais j’avais déjà écrit sur lui en avril 2010. Ces précisions me procurent  juste une notion du temps dont je suis dépourvue.  Peut-on encore utiliser la catégorie de sans domicile fixe pour qualifier celui qui occupe depuis plus de sept années ce bout de trottoir ? Domicile à ciel ouvert conviendrait sans doute mieux…

Depuis il y a eu des travaux, un équipement municipal a été joliment restauré. Il y en a encore. Il est installé dans un recoin mais à la vue de tous. Chaque matin, son matelas est soigneusement redressé contre un mur, des piles de vêtements bien rangés sont adossées à un autre. Une table improvisée, des étagères couvertes de livres, complètent la « chambre ». Une pancarte TROC DE LIVRES invite à des échanges insolites et on devine la complicité du bouquiniste qui tient boutique en face. Hier matin, il serrait la main aux ouvriers qui prenaient possession du chantier et lui répondaient cordialement.

Depuis quelques temps, il a étendu sa résidence : à une vingtaine de mètres, il a installé un nouveau lieu de vie, où il passe ses journées. Bifurquant avant, je pensais qu’il s’agissait de son « bureau » car je distinguais de loin un présentoir Sud-Ouest et les journaux gratuits. Il s’est en effet inventé un métier, celui de distributeur, il y a des années.

Mercredi après-midi, peu pressée par le temps, je me suis détournée pour le saluer.

  • C’est votre bureau ?

Il s’esclaffe :

  • Non ! C’est la cuisine !
  • Ah ! Et qu’est-ce qu’on mange ce soir ?
  • Je ne sais pas… On m’a demandé ce que je voulais mais j’ai perdu toutes mes gamelles…
  • Il fait meilleur, ça y est !

Il réfléchit puis :

  • Mardi, je fais 54 ans…

Un temps pensif, il reprend :

  • C’est le jour du printemps !

Il va fêter son anniversaire et a déjà prévenu les voisins, il ne veut pas déranger, cela s’arrêtera vers 21h30. Il le répète et soudain je ne sais plus si ses préoccupations sont ordinaires ou extraordinaires…

Colette Milhé



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