Magazine Journal intime

Titre provisoire : l'isolement ultra connecté 15/ (chapitre 17)

Par Deuxcentcinquanteetun @DeuxCent51

Chapitre 17

Après plusieurs jours passés ainsi, attaché fermement sur cette table à recevoir des flux de plus en plus complets et "habituels", au sens correspondant à ceux dans mes souvenirs que je recevais avant mon entrée dans ce complexe de prison médicale, je me suis enfin habitué, je l'espère, à contrôler cet intrusion mentale que constitue le comguide. Je pense arriver à contrôler les flux sortants, et même à filtrer certains flux entrants pour ne pas me perturber. Mais je sens que le jour est arrivé. Le jour du test final, celui qui décidera de mon devenir.
Comment le sais-je ? Les flux ne changent plus depuis 1 journée, je n'ai plus aucune communication autre que les flux habituels. Les analystes en sont donc pour leur frais, car mes échanges sont limités. En effet, le rôle principal du comguide n'est pas que de fournir des informations, mais de communiquer avec autrui, de manière transparente et sans mensonge. Et ce ne sont pas mes rares interventions, fictives, posant des questions anodines sur telle ou telle nouvelle, qui me font engager une réelle conversation. Et cette conversation va devoir se produire. Elle sera une confrontation, ma confrontation avec ce monde idéalisé et irrespectueux de la vie privée, des pensées intimes. Sans doute l'une de mes batailles les plus difficiles, celle de la liberté.
Pour autant, je ne vois personne, je n'entends plus personne. Je suis certain que l'on continue à me surveiller. Que faut-il faire ? Anticiper cette rencontre, au risque de ne pas être prêt ? Ne rien faire et semer le doute dans leurs esprits ?
Il faut me décider. Il est logique qu'au bout d'un temps tout être humain recherche la compagnie des siens. Il ne peut rester isolé. L'humain est un être sociable, et le comguide selon eux l'aboutissement de cette quête d'union sans discordance. Il me faut m'appuyer dessus. Après tout, ils m'ont indiqué à plusieurs reprises mon intelligence, et mes notes lors de ma scolarité indiquaient bien mes capacités. Il n'est donc pas anormale que je me pose ce problème et que je leur expose, sans me dévoiler bien sûr.
Après un temps encore de réflexion, ce qui me semble être le matin me paraît le moment le plus indiqué. Prêt ou pas, il me faut sauter dans le vide. Qu'ai-je donc à perdre, si ce n'est gagner ma liberté ?
  • Cela fait maintenant plusieurs jours que je suis connecté. Mais j'ai l'impression qu'il manque quelque chose dans votre processus d'intégration. ne suis-je pas sensé communiquer avec mes semblables pour profiter pleinement de ce don enfin retrouvé ? A quoi me servirait un tel outil, si je ne peux pas me mêler avec d'autres humains, échanger philosophie, mathématiques, sciences ou de simples blagues ?
Un long silence prolonge mes questions. Pas un silence complet car le flux d'informations ne cesse de m'arriver. Météo, politique, nouvelles scientifiques, statistiques de production, ... 
  • Toutes ces informations sont certes intéressantes, mais uniquement si je peux les partager et les analyser avec d'autres... Je suis certain que vous savez ce que vous faites, je me pose juste la question s'il ne serait pas temps d'essayer une vraie intégration ?
Toujours ce silence, toujours ce flux. Ai-je commis une erreur ? Me suis-je dévoilé ? Non, je ne pense pas. Ma réaction semble légitime et raisonnée. Alors pourquoi je n'obtiens aucune réponse ?
Je décide de ne pas poursuivre et d'attendre leur réaction. D'une certaine façon, c'est selon moi une réaction normale d'un patient qui attend la réponse de ses docteurs, en les respectant. Il s'agit d'être patient, ce qui ne peut être également que le signe de l'absence d'effets secondaires liés à cette intrusion bioélectronique au sein de mes synapses. Le temps passe donc et je reste silencieux mais toujours attentifs aux nouvelles et continuant à m'entrainer à maîtriser cette immixtion.
  • Vous avez raison, et nous avions déjà planifié un exercice cet après-midi. Votre intervention nous a un peu surpris. Nous étions en train d'analyser les différents paramètres...
Est-ce que j'ai été trop présomptueux ?
  • Mais après analyse, et surtout la prise en compte de votre niveau d'intelligence, il semble finalement que vous entriez parfaitement dans les marges de nos expérimentations. C'est même une surprise qui nous intéresse car elle est porteuse d'espoir d'une réussite totale. C'est pourquoi nous maintenons cet exercice cet après-midi. Nous allons réfléchir à son format et sa difficulté, car il nous faut tenir compte de vos nouveaux paramètres.
  • (une autre voix) Je suis satisfait de vos progrès. Vous continuez à me surprendre, toujours positivement. Gardez l'espoir !
Jean ! C'est Jean le beige, j'en suis sûr ! Il est donc toujours là. Il doit d'ailleurs être pour quelque chose dans le revirement de leur analyse initiale suite à ma réaction sans doute précipitée. Il a dû insister sur mes capacités intellectuelles, mon passif scolaire. Je prends conscience qu'il a dû prendre des risques pour moi. J'espère, comme il le dit, à ne pas le décevoir. Mais je ne sais toujours pas ce qu'il veut, ce qu'il attend.
Cet après-midi ! Il faut que je me relaxe, que je sois pleinement en possession de mes moyens pour passer cet exercice. Un exercice ? Je dirais plutôt un examen, et même peut-être une forme de procès contradictoire, pourquoi pas ? Non, je ne dois pas paniquer. Lorsque je panique, je sens que les connexions neuronales sont moins contrôlées et que mon comguide reçoit des informations que je veux conserver pour moi. Il est temps d'appliquer ce que me conseillerais le poète : réfléchis, prends patience et fais toi confiance...
Cet après-midi...

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