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Le Conseiller du roi

Publié le 18 avril 2017 par Adtraviata

Le Conseiller du roi

Quatrième de couverture :

Au printemps 1950, la Belgique est au bord de la guerre civile. La population, divisée, réclame l’abdication du roi Léopold réprouvant, entre autres, son remariage pendant la guerre avec Liliane Baels, la roturière promue princesse de Réthy. De son côté, au fond des Ardennes, Henry Gansberg Van der Noot, le conseiller du roi, tente de négocier cette crise et se lance dans une relation sentimentale avec Aline, une jeune fille du village, de 30 ans sa cadette. Aline… Liliane… De part et d’autre la colère populaire monte et échappe à tout contrôle.

J’ai l’impression d’avoir enchaîné des titres souvent très belges durant ce mois, soitpar le contenu soit par la situation géographique, et ce roman d’Armel Job ne fera pas exception à la « règle » : nous sommes en 1950, cinq ans après la fin de la guerre ; en mai 1940, l’armée belge a capitulé au bout de dix-huit jours de combat, le roi Léopold a refusé de suivre le gouvernement belge en exil et a été retenu prisonnier au château de Laeken par les Allemands, qui le transfèreront en Allemagne à la fin de la guerre. Au début, les Belges se sentent proches de leur roi qui vit en captivité comme eux. Pourquoi Léopold ne rejoint-il pas son pays dès 1945 ? Parce que les Belges sont divisés : ils reprochent finalement au roi d’avoir cédé devant les Allemands et surtout, d’avoir épousé en secret Liliane Baels, qu’il fera princesse de Réthy, en 1941 (il était veuf de la très aimée reine Astrid, morte en 1935 dans un tragique accident de voiture, laissant de jeunes enfants ; on a dit que Léopold avait d’abord épousé religieusement Liliane alors que le mariage civil prime, comme pour tout citoyen, et ce mariage a un effet désastreux sur une population qui souffre). Finalement c’est un référendum qui décide du retour du roi, mais il montre une profonde division entre les Wallons qui sont contre et les Flamands partisans du retour du roi (aujourd’hui ce serait sans doute le contraire…). Les émeutes vont jusqu’à faire quatre morts et Léopold préfère abdiquer en faveur du très jeune prince Baudouin. Voilà le contexte historique de ce Conseiller du roi, personnage et roman évidemment fictifs (quoique le vrai roi est entouré de moult conseillers en tous genres…)

Armel Job s’amuse à présenter son personnage principal sous un jour peu favorable : Henri Gansberg van der Noot (rien de moins…) n’aime pas tirer, il n’emmène même pas de munitions et il se retrouve en mauvaise posture dans une chasse ardennaise. Il tombe amoureux de la fille du garde-chasse qui vient à son secours et en fait rapidement sa maîtresse, il l’installe dans sa maison de campagne à Barzée, d’autant que la jeune femme est tombée enceinte. C’est évidemment à Barzée que « monsieur le conseiller » mène discrètement des négociations pour le roi. Les malveillances contre Aline se concentrent sur la maison… Le soir où celle-ci accouche, un « accident » cause la mort d’un jeune homme sur la propriété. Vont alors s’enchaîner coups de main, mensonges, dissimulations pour ne pas ébruiter l’accident. Mais le conseiller est mangé par le remords tandis que son entourage, femme légitime, maîtresse, gouvernante, jardinier et autres couvrent sans vergogne le secret.

C’est un roman diabolique, constitué des pièces d’un puzzle qu’Armel Job emboîte avec un certain machiavélisme au fil des révélations qu’il distille avec jubilation (je me permets de reprendre l’expression d’Argali dans son billet sur Tu ne jugeras point). La culpabilité, la vérité et le mensonge, les relations à l’intérieur d’un village, la place des femmes, mères, épouses, maîtresses, voilà des thèmes qui ne sont pas inconnus d’Armel Job mais à chaque fois, il redistribue les cartes dans des romans différents par leur contexte. J’ai aimé celui de ce roman, ce que l’on a appelé en 1950 « la question royale ». L’auteur observe ses personnages avec finesse et humanité (ah la « confrérie des irréfutables »… les anciens prisonniers de guerre qui ont travaillé en Allemagne) sans oublier cette touche d’ironie élégante qui est sa marque de fabrique. J’en redemande !

« Un matin, ils se sont retrouvés sur le quai de la gare qu’ils avaient quitté cinq ans plus tôt. Personne ne les attendait. On les avait libérés au hasard des avancées. Ils n’avaient pu donner de nouvelles. Les voilà dans la cour de leur maison. La femme, les bras dans la lessive, la main à la bêche, dans la cuisine, le jardin, le fournil, a entendu un pas, s’est étonnée que le chien n’aboie pas. Mon Dieu, ce vieillard maigre… Ils s’embrassent,mais leur coeur est navré. Leurs larmes coulent comme au seuil d’une chambre mortuaire. La femme a appelé un enfant. Il se terrait dans l’escalier. Il les regardait à travers les barreaux. Elle doit le pousser contre l’inconnu. Il ne sait que les baisers de femme. L’amour mal rasé de l’homme lui écorche les joues. » (p. 78-79)

« De septembre à la fin d’octobre, Lambert et Aline se retrouvèrent aussi souvent qu’ils le purent à la faveur du Troisième Homme, de La Chute de Berlin, de Jour de fête et surtout de Riz amer que le critique en soutane dut voir trois fois avant de jeter l’anathème sur les cuisses de Silvana Mangano. Pendant ce temps, l’amour de Lambert et d’Aline se resserrait en travelling avant et atteignait le fondu enchaîné. » (p. 204)

Armel JOB, Le Conseiller du roi, Espace Nord, 2012 (Robert Laffont, 2003)

Rendez-vous Armel Job aujourd’hui en ce mois belge.

Le Conseiller du roi


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