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Jean-Marie Le Pen, symbole de la vieille politique

Publié le 24 juin 2017 par Sylvainrakotoarison

" Monsieur Le Pen n'est pas le chef d'une fraction de Français apeurés qui comptent sur lui pour ne plus payer d'impôt. Il est leur émanation, quelque chose comme leur mauvaise odeur, exaltée par les temps difficiles où nous sommes. Quand elle parfume l'écran, ils jubilent. Quand on se bouche le nez, ils ricanent. Non mais ! Ils sont chez eux ! Ils ne vont tout de même pas se gêner ! Ah ! malheur à ceux qui remuent le fond d'une nation... " (Françoise Giroud, "Le Nouvel Observateur", le 26 octobre 1985).
Jean-Marie Le Pen, symbole de la vieille politique
Il y a un côté pitoyable avec Jean-Marie Le Pen. Voici un homme politique chevronné, un des analystes les plus avisés de la vie politique, élu député à 27 ans, le 2 janvier 1956 (sa petite-fille Marion a fait mieux que lui plus tard), qui a construit un mouvement, le Front national, à partir du 5 octobre 1972, à l'origine mis à sa tête car il présentait mieux que les autres chefs des groupuscules extrémistes qu'on voulait unifier, qui a imaginé le thème jackpot de la PME familiale avec l'immigration au début des années 1980 ! Et son écho s'est amplifié à fur et à mesure que les partis traditionnels s'enlisaient dans la gestion comptable et sans âme de la crise économique. Un joujou impeccable, fort de son capital sans cesse valorisé, qu'il a légué à 82 ans à sa troisième fille, Marine, le 16 janvier 2011, et le voici dépossédé par cette dernière qui ne veut plus le maintenir en PME mais en faire une véritable multinationale.
La guerre entre le père et la fille a eu lieu au printemps 2015, à l'occasion d'un mot de trop sur Pétain dans "Rivarol" (le 9 avril 2015). Aujourd'hui, la justice a statué étrangement : son exclusion du Front national (du 20 août 2015) a été validée (le 17 novembre 2016) mais il reste toujours président d'honneur du FN, poste créé le 16 janvier 2011 et intégré aux statuts mêmes du parti ! Résultat, Jean-Marie Le Pen a considéré qu'en qualité de président d'honneur, il était habilité à participer à la réunion du bureau politique du FN qui a eu lieu le matin du 20 juin 2017 à son nouveau siège de Nanterre. À cette date, Jean-Marie Le Pen fêtait d'ailleurs son 89 e anniversaire, et on se dit que seule la mort pourrait apaiser cette famille si "féroce" contre son patriarche.
Car l'enjeu n'est évidemment pas familial. Ou, disons, presque pas. Jean-Marie Le Pen aimerait mettre à la présidence du FN sa petite-fille Marion Maréchal-Le Pen, benjamine de l'Assemblée Nationale élue le 17 juin 2012 mais qui a renoncé à poursuivre sa carrière politique le 9 mai 2017, probablement en raison des dissensions avec sa tante Marine.
Jean-Marie Le Pen, symbole de la vieille politique
Le problème n'est pas familial mais concerne la ligne politique. Marine Le Pen a adopté la stratégie de Florian Philippot (seul cadre important du FN à ne pas avoir été élu le 18 juin 2017), ce qui revient à faire du macronisme extrémiste là où Emmanuel Macron faisait du macronisme centriste. À savoir, le "ni droite ni gauche" qu'on pourrait compléter par : "tous ceux en colère avec moi", une stratégie concurrencée maintenant à gauche par Jean-Luc Mélenchon.
Jean-Marie Le Pen avait incarné l'aile droitiste du FN, la véritable extrême droite (à l'origine très hétéroclite) qui pouvait imaginer un jour s'allier avec la droite dure de la droite dite classique, sachant qu'aujourd'hui, le FN bute sur sa non-autosuffisance électorale.
Ce 20 juin 2017, Jean-Marie Le Pen était venu donc, avec huissier, faire constater que sa fille lui interdisait d'être présent au bureau politique du FN. Un bureau politique dont il a réclamé la démission en raison de l'échec du parti à l'élection présidentielle et aux élections législatives de cette année.
Papy Menhir ne manque pas d'air. C'est vrai que son grand âge a autant de quoi impressionner que sa jeunesse le 2 janvier 1956 lorsqu'il avait été élu sur une liste poujadiste (face à la liste du communiste Roger Garaudy et à la liste de droite du député des concierges parisiens Édouard Frédéric-Dupont). Et c'est vrai aussi que tout ce qui peut mettre des bâtons dans les roues d'une Marine Le Pen aussi vide de fond que ne l'a montré sa campagne présidentielle n'est pas pour déplaire à certains.
Mais quand même ! C'est l'hôpital qui se moque de la charité.
Car Marine Le Pen a fait nettement mieux que son père : être capable de réunir 10 638 475 voix au second tour de l'élection présidentielle du 7 mai 2017, soit 33,90%, face à Emmanuel Macron, c'est un score historique, près du double de celui de son père le 5 mai 2002 (5 525 032 voix, soit 17,79%).
Et l'autre score historique, c'est d'avoir fait élire 8 députés FN. Pas 35 comme en 1986, élus à la proportionnelle, seulement 8, certes, mais au scrutin majoritaire à deux tours. Et c'est bien plus important que quatre fois les 2 députés FN élus le 17 juin 2012, car ces 8 députés ont été élu en duels de second tour, c'est-à-dire, en ayant atteint (parfois très largement) le seuil de 50% des suffrages exprimés (c'est historique), alors qu'en 2012, aucun des deux n'avait obtenu 50%, ils avaient bénéficié de la majorité relative grâce à des triangulaires. Seuls des députés comme Yann Piat ou Jacques Bompard (réélu le 18 juin 2017) avaient eu l'approbation d'une majorité absolue d'électeurs, mais ils n'ont pas gardé leur étiquette FN très longtemps au cours de leur mandat.
C'est vrai que le seuil de 35% n'a pas été atteint au niveau national (à l'élection présidentielle) alors que celui de 45% était à l'horizon. Mais un tiers des électeurs qui se sont exprimés, c'est déjà énorme pour une élection présidentielle. C'est une erreur majeure de parler de plafond de verre, ou alors, c'est un plafond volant, montant à chaque élection.
Jean-Marie Le Pen, symbole de la vieille politique
Pire si l'on prend aussi en compte les abstentionnistes et ceux qui ont voté blanc ou nul. Certes, ils ne voulaient pas forcément de Marine Le Pen, mais on peut quand même dire clairement que le 7 mai 2017, près de 27 millions de Français (exactement 26 825 565) n'avaient pas terriblement peur de l'élection de Marine Le Pen à l'Élysée, soit parce qu'ils ont voté pour elle, soit parce qu'ils n'ont pas voulu choisir son concurrent de duel. Cela fait quand même 56,4% des inscrits, c'est énorme !
On peut comparer avec Jean-Marie Le Pen : le 5 mai 2002, c'était un raz-de-marée pour Jacques Chirac, 82,21% des exprimés ont voté pour lui (25 537 956 voix), un score de république bananière. Il n'y avait que 15 millions et demi de Français (exactement 15 653 213) qui n'étaient pas effrayés par la perspective de l'élection de Jean-Marie Le Pen, soit seulement 38,0% des inscrits.
L'apport de Marine Le Pen, cela a été d'inverser cette tendance électorale de la peur : c'est le grand résultat d'un terme que je n'apprécie pas beaucoup, la "dédiabolisation", terme qui laisserait entendre qu'on aurait "diabolisé" injustement le FN auparavant, ce qui est inexact politiquement.
Une étude avait montré en mai 2017 qu'une centaine des candidats FN aux élections législatives de juin 2017 avaient tenu ou transféré des propos particulièrement douteux, parfois racistes, sur les réseaux sociaux. Il n'y a pas "diabolisation" à le dire, c'est juste un constat, comme c'est également un constat que la ligne politique de Marine Le Pen n'en est pas une : elle n'est que clientélisme et démagogie, puisant à droite, à gauche, ou dans la poche du Parlement Européen, les argumentations en fonction des auditoires (au point de s'emmêler les pédales sur l'euro, sur l'économie, sur l'Europe...).
Il y a un air de nostalgie, de futur antérieur mélancolique, de voir un vieillard de 89 ans vitupérer sa fille pour avoir perdu alors qu'elle fait mieux que lui. Dernier sursaut d'une énergie phénoménale qui a angoissé la vie politique française depuis près de trente-cinq ans. La famille Le Pen est bien un repaire de vieilles ficelles, une resucée de vieilles recettes typiques de "l'ancien monde", du monde d'avant-Macron, du monde d'avant renouvellement. Les débats à l'Assemblée Nationale renforceront nécessairement ce fossé entre cette vieille musique et l'élan constructif de cette jeune garde des députés renouvelés.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (24 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu
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Mathématiques militantes.
Jean-Marie Le Pen, symbole de la vieille politique
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170620-jean-marie-le-pen.html
http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-marie-le-pen-symbole-de-la-194424
http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/06/24/35413323.html


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