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L'homme occidental et son art. Art byzantin et art gothique

Par Roger Garaudy A Contre-Nuit
L'art byzantin.
Nous choisirons, comme « origine des temps » de l'art occidental, le moment où il se détache de l'art byzantin, encore fortement influencé par l'Orient. L'art byzantin, qui a régné en gros du VIe au XIIe siècle, de Byzance à Ravenne, est l'art de sociétés fortement hiérarchisées et sacralisées. Mosaïques et peintures d'églises présentent le Christ, la Vierge ou les saints, sous la forme de « grands » de ce monde. Le Christ n'est pas le Crucifié, mais le « Pantocrator » (le souverain tout-puissant). L a Vierge n'est pas la mère douloureuse mais la « Reine du monde », « en majesté» .
Le langage artistique propre à exprimer cette
« transcendance » (c'est-à-dire cette coupure avec le monde quotidien des hommes, cette supériorité par rapport à lui, sans commune mesure avec lui) est nécessairement aux antipodes du réalisme : toute particularité terrestre du geste ou de l'expression est exclue. La couleur n'est pas celle qui éclaire la réalité et l'histoire profane. Elle n'émane pas d'une source de lumière naturelle. Elle est le rayonnement propre à des êtres célestes. Elle vient du dedans d'eux-mêmes. Les fonds d'or ou d'azur sombre font surgir les figures comme des apparitions qui ne se situent pas dans un décor ou un paysage terrestres. La perspective même est hiérarchique et non géométrique : la grandeur des figures ne dépend pas de leur éloignement par rapport à nous mais de leur importance dans la hiérarchie absolue des êtres. C'est le monde vu du point de vue de Dieu.
L'art gothique.
La peinture et la sculpture
gothiques sont nées d'un changement profond de la vie des hommes. Après le rétablissement des grandes routes terrestres et maritimes de l'Europe (après l'arrêt des invasions et les Croisades), avec la renaissance d'une économie marchande et d'une civilisation urbaine, avec le brassage des hommes et des idées qu'impliquent ces échanges, les hiérarchies millénaires sont ébranlées. Il y a moins de distance entre les hommes, et moins de distance entre la terre et le ciel. L'attention se porte sur ce qui, sur la terre, est en train de changer. Dieu même paraît plus proche des hommes. En sculpture, en peinture, comme dans le théâtre des « mystères », c'est d'un Christ humanisé que l'on retrace, jusque dans le détail prosaïque, les événements de la vie qu'il a vécue parmi les hommes : aux images triomphantes succèdent les images douloureuses de la Flagellation, de la Mise en Croix, du désespoir de la Mère lors de la descente de Croix. De simples gens sont mêlés à la famille céleste, en continuité avec elle. Le langage plastique exprime cette nouvelle manière d'exister devant Dieu et les hommes : aux symétries hiératiques de l'abstraction byzantine va se substituer l'expressionnisme gothique, où l'arabesque vivante sert à souligner le geste de l'homme, où l'émotion déforme les corps ou fait grimacer les visages. L'espace n'est plus celui du ciel, mais celui de la terre où se déroule une action. Il se compartimente, comme dans le théâtre des « mystères » où chaque scène se joue dans un cadre séparé. La lumière naît de sources naturelles : le ciel, le feu d ' un foyer ou de torches. Les couleurs sont le simple vêtement des choses quotidiennes.
C'est une humanisation du divin. Roger Garaudy
Comment l'homme devint humain
Pages 302 à 305                               [ A SUIVRE SUR L'ART DE L'HOMME OCCIDENTAL] Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur TwitterPartager sur FacebookPartager sur Pinterest Libellés : Arts, Histoire, Roger Garaudy

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