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14-18, Albert Londres : «la maison de Dieu jetée en pâture aux flammes allemandes»

Par Pmalgachie @pmalgachie
14-18, Albert Londres : «la maison de Dieu jetée en pâture aux flammes allemandes» Un nouveau crime La cathédrale de Saint-Quentin entièrement détruite
(De l’envoyé spécial du Petit Journal.) Front français, 16 août. Hier, ils ont exécuté celle de Saint-Quentin, ils ont incendié la cathédrale sans tour. On allait la voir quelquefois à deux ou trois kilomètres. C’était, à cette distance, une grosse maison ; elle surplombait de sa masse imposante la ville où l’on ne peut pas encore entrer. Des bois d’Haumont, l’esprit reporté sur son passé avec intensité, on la regardait dans le ciel ; elle était complète, c’était la cathédrale. Ils l’ont flambée cette nuit. Un peu avant une heure du matin, un coin de grand paysage lunaire des tranchées s’éclaira, c’était Saint-Quentin. À la lueur qui était haute, on vit que c’était bien davantage, c’était la maison de Dieu jetée en pâture aux flammes allemandes. Elle brûla toute la nuit. De leurs tranchées, de leurs postes de guetteurs, de leur route de ravitaillement, nos soldats, l’insulte au cœur, virent se consumer la torche nationale. Elle ne subissait pas son supplice en silence ; par moment des explosions s’entendaient. Ils avaient savamment préparé son bûcher : un foyer d’incendie en allumait un autre. Les saligauds l’eurent tout entière. Ce matin nous la vîmes fumer. Elle ne flambait plus, elle n’avait plus assez de forces pour cela : elle était morte. La mort l’avait tellement changée que nous ne la reconnûmes pas. Nous avions son cadavre là, devant nous, et nous la cherchions encore. C’était elle. Son toit s’est effondré sur ses dalles, elle est scalpée. Sa longue arrête qui tranchait le ciel a disparu. En une nuit elle a perdu ses siècles. Nous ne la quittions pas des yeux. Nos mains qui tenaient nos jumelles tremblaient, son cadavre paraissait tout écorché et l’ennemi se promenait devant. Sur la droite, par la deuxième échancrure d’une chaîne de montagne, tragiquement les tours de celle de Laon contemplaient cela.

Le Petit Journal

, 17 août 1917.
Aux Editions de la Bibliothèque malgache, la collection Bibliothèque 1914-1918, qui accueillera le moment venu les articles d'Albert Londres sur la Grande Guerre, rassemble des textes de cette période. 21 titres sont parus, dont voici les couvertures des plus récents:

14-18, Albert Londres : «la maison de Dieu jetée en pâture aux flammes allemandes»
Dans la même collection
Jean Giraudoux Lectures pour une ombre
Edith Wharton Voyages au front de Dunkerque à Belfort
Georges Ohnet Journal d’un bourgeois de Paris pendant la guerre de 1914. Intégrale ou tous les fascicules (de 1 à 17) en autant de volumes
Isabelle Rimbaud Dans les remous de la bataille

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