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La Carifesta, un espace d’intégration culturelle caribéenne ?

Publié le 03 septembre 2017 par Aicasc @aica_sc

The Caribbean is an emotional federation

Derek Walcott

 

L’intégration de cette mosaïque d’états et de territoires qu’est la Caraïbe est un long processus, amorcé dès les années quarante. L’émergence de diverses commissions en marque les étapes : commission anglo-américaine des Caraïbes, conseil des recherches des Caraïbes, Conférence des Indes occidentales, commission des Caraïbes, la Carifta jusqu’au Caricom établi en 1973 à Charamagas, Trinidad sans négliger l’OECS (Organisation des états de l’Est de la Caraïbe) et l’AEC ( Association des états de la Caraïbe). La politique d’intégration bute sur les barrières linguistiques et la priorité accordée aux rapports verticaux avec les ex – puissances coloniales.

Plus encore que pour les états anglophones, la Caraïbe reste surtout, pour les départements français des Amériques, un espace culturel de rencontre qui se concrétise essentiellement lors de la Carifesta.

Qu‘est ce que la Carifesta ?

C’est le Carribbean festival of art, créé en 1972 et destiné à renforcer l’unité caribéenne. Il est en théorie accueilli tous les deux ans par un pays membre du Caricom. Un décompte rapide des treize occurrences de cette manifestation affiche l’irrégularité du festival et parfois des écarts de cinq voire dix ans entre deux rendez – vous. Si l’hôte de la Carifesta en attend la valorisation de sa culture et des retombées économiques liées à l’accueil des délégations et des touristes, il n’en doit pas moins investir lourdement pour le soutien logistique et l’encadrement.

La Carifesta, un espace d’intégration culturelle caribéenne ?

Les différentes étapes de la Carifesta

Ces dépenses entraînent quelquefois de virulentes critiques comme ce fut le cas en Haïti après la Carifesta XII. Ainsi sous le titre, Carifesta, rien qu’une hystérie de fin de règne , le Nouvelliste du 19/08/2015 n’y va pas de main morte :

« Trois cent millions de gourdes (300 000 000) sont en train d’être mobilisés pour ces festivités de la Carifesta… Oui : on recevra des délégations de pays étrangers, des touristes disent-ils. Oui : les hôtels seront remplis. Oui : la presse internationale nous fera des sourires, fera des photos et laissera couler son encre pour nous. Oui : les merveilles de la culture haïtienne seront à l’honneur. Mais, qu’en est-il de l’après-Carifesta ? Quelle est l’économie réelle de cet événement ? …Arrêter sa réflexion sur ce qui sera organisé sur les quinze  jours, sur les étals qui vont mettre en valeur la culture haïtienne, sur les « touristes » qui seront là, qui vont s’habiller en karabela, manger du lalo, du tonmtonm et qui vont danser du compas ; si on ne raisonne qu’à partir de ces données du réel, ce serait laisser dormir son intelligence. Et, pour reprendre le sublime Jacques Stephen Alexis, «lorsqu’on laisse dormir son intelligence, elle se rouille comme un clou et puis on devient méchant sans le savoir .

Trois cent millions de gourdes et après Carifesta nos artistes (peintres, sculpteurs, chanteurs, danseurs, cinéastes, musiciens, écrivains, comédiens) toujours ne jouiront d’aucune politique de protection et d’encadrement…..

Après Carifesta, alors que nous sommes le pays au sein duquel, pour reprendre Césaire, la négritude s’est mise debout pour la première fois on n’aura toujours aucun lieu de mémoire, aucun musée de l’esclavage, aucun musée rapportant la vie des aborigènes haïtiens, toujours on n’aura aucun lieu de mémoire tenant vivant à la conscience les horreurs de la première occupation américaine d’Haïti en 1915. Après Carifesta, le MUPANAH sera toujours le petit musée du coin…. voici le tableau de l’après Carifesta. On va flamber trois cent millions de gourdes pour du beurre ».

Outre le montant des crédits concentrés sur le festif éphémère plus que sur le structurant et  si l’on privilégie malgré tout l’élan des échanges culturels offert par la Carifesta, on pourrait aussi néanmoins  lui reprocher la primauté accordée au spectacle vivant au détriment des arts visuels. Ou encore, une organisation souvent défaillante car accueillir, loger, entourer un millier d’artistes et les aider à se produire relève d’équipes étoffés de professionnels.

Il semble bien que Carifesta ait aussi soulevé des polémiques à Barbade comme en Haïti et que certains artistes soient restés volontairement à l’écart des festivités.

 The Carifesta XIII Masters Exhibition: History and Infinity

La Carifesta, un espace d’intégration culturelle caribéenne ?

Carifesta XIII : opening Photo Corrie Scott

Pour cette Carifesta XIII à Barbade, l’exposition The Carifesta XIII Masters Exhibition: History and Infinity a bénéficié de l’engagement et du savoir – faire de Therese Hadchity, membre de l’Aica Caraïbe du Sud, manager de la Galerie Zemicon à Bridgetown entre 2000 et 2009. D’autres expositions plus généralistes, dont la sélection moins rigoureuse réunissait une quarantaine d’artistes, ne semblent pas avoir bénéficié des mêmes avantages scénographiques. A vrai dire, The Carifesta XIII Masters Exhibition: History and Infinity contraste absolument  avec l’ensemble de la manifestation qui se définit elle-même comme un festival populaire des traditions culturelles de la Caraïbe, danse, gastronomie, artisanat, musique, mode et trouve son point d’orgue dans un immense marché où chaque délégation vend ses productions.

The Carifesta XIII Masters Exhibition: History and Infinity présentait six plasticiens, Joscelyn Gardner (Barbade), Ernest Breleur (Martinique), Nick Whittle (Barbade), Stanley Greaves (Guyana),  Ras Ishi Butcher (Barbade), Petrona Morrison (Jamaïque), considérés comme des artistes majeurs par le commissaire et réunis autour de la thématique de l’histoire de la Caraïbe, Ernest Breleur, l’invité de Martinique a souligné l’extrême qualité de l’accueil, de l’organisation, de la scénographie. Il  adoptera d’ailleurs à l’avenir pour l’installation de Tribu perdue la solution d’accrochage d’un architecte barbadien : un grillage de carrés de quatre centimètres réalisé en câble. La configuration en nef inversée du plafond convenait par ailleurs  particulièrement à son  propos artistique, selon l’artiste.

La Carifesta, un espace d’intégration culturelle caribéenne ?

Carifesta XIII : Ernest Breleur Photo Corrie Scott

La Carifesta, un espace d’intégration culturelle caribéenne ?

Carifesta XIII : Joscelyn Gardner Photo Corrie Scott

Voir la vidéo https://vimeo.com/111986837

La Carifesta, un espace d’intégration culturelle caribéenne ?

Carifesta XIII : Petrona Morrison Photo Corrie Scott

Particulièrement sensible à la diversité des pratiques artistiques de cette exposition, il a été impressionné par  la poésie et la beauté de l’installation vidéo de Joscelyn Gardner que vous pouvez découvrir ici, par la recherche originale de Nick Whittle, par la justesse et la force des œuvres de Petrona Morisson et par la maîtrise picturale de Stanley Greaves dont cette même   série avait été exposée au CMAC scène nationale au début des années 2000.

La Carifesta, un espace d’intégration culturelle caribéenne ?

Carifesta XIII Nick Whittle

La Carifesta, un espace d’intégration culturelle caribéenne ?

Carifesta XIII Stanley Greaves Photo Corrie Scott

Toujours soucieux d’intégration caribéenne et de partage d’informations, le blog de l’Aica Caraïbe du Sud vous invite à apercevoir quelques facettes de cette exposition, en souhaitant qu’à l’avenir la Carifesta donne toute sa place aux arts visuels et privilégie la qualité des expositions à l’image de Masters Exhibition: History and Infinity.  C’est Trinidad qui reprend le flambeau et devrait recevoir la Carifesta en 2019.

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