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Max | Le Tigre

Publié le 17 août 2018 par Aragon

bengaltiger-erlingfiallos.jpgÉtant enfant j’avais un Panthéon rempli de héros qui me nourrissaient : Médard Chouart des Groseilliers, Étienne Brûlé, Charles Nungesser, Daniel Boone, Jacqueline Cochran, Alexandra David Neel, etc. et... Jim Corbett l'indien d'Inde, le chasseur de tigres mangeurs d'hommes. Très tôt, dans ma vie de lecteur, j’ai dévoré les récits de ce dernier dans de vieilles éditions du Reader’s Digest.

Fascinante et terriblement inquiétante cette Inde profonde et mystérieuse, Uttarakhand, Kumaon, ces tigres du Bengale qui soudainement se mettaient à attaquer les hommes au lieu de continuer à prélever leur nourriture sur le biotope naturel. Des tigres malades pour des raisons diverses (blessures, dents cassées, etc.) qui attaquaient l'homme, proie infiniment plus simple à vaincre qu'un buffle ou un gaur en bonne santé...

J’ai souvent pensé à la vie des habitants de ces régions, ces paysans -  parias பறையன் - qui devaient aller obligatoirement à leurs travaux des champs malgré les terribles et lugubres feulements nocturnes qui ne devaient pas les encourager à franchir dès l’aube la porte de leurs masures, entrer dans la jungle au bout de laquelle se trouvaient les champs fertiles, vitaux, indispensables…

Depuis presque deux ans je suis un de ces paysans. Le cancer du pancréas est un tigre malade. Un vrai, un énorme tigre du Bengale, un mangeur de femmes et d’hommes. Il vient de dévorer récemment les paysans Joël Robuchon, Aretha, après avoir bouffé tout crus Jobs, Nougaro, Pavarotti, tant d'autres célébrités, nombre infini d'inconnus... Pour le moment j’ai pu aller et revenir de mes champs. Les mânes de Jim Corbett veillent sur moi. J’ai beau avoir de belles récoltes dans mon champ, j’ai beau avoir une maison sûre aux murs et toit bien construits, j’ai beau avoir amour, espoir, énergie, ventre rassasié et médecine, il y a un tigre mangeur d’hommes dans la jungle toute proche, j'entends son feulement horrible toutes les nuits.

Heureusement, son ombre n'est pas aussi grande que celle de Corbett. J'ai Big Jim avec moi, en moi ; je peux transformer le cri mortel en un enthousiaste Tiger Rag.

Merci à la vie d'accrocher sur le pelage de feu de ce puissant tigre des notes éblouissantes, merci à la vie pour cette leçon de vie, de compréhension, le cancer n'étant sûrement que les mots précis d'une langue inconnue (feulement si l'on veut) adressés au malade, devant être décodés par ce dernier...


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